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Sonars militaires contre baleines : un dialogue de sourds

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Les émissions des sonars à basses fréquences utilisées par l'Armée américaine peuvent provoquer la surdité temporaire des mammifères marins, les désorienter et même entraîner leur mort. Les autorités, empêtrées dans un procès, font la sourde oreille...

Baleine à bosse. Source : gouvernement des Etats-Unis

L'origine du problème vient de la constatation de plusieurs groupes scientifiques et d'organisations écologiques. Depuis plusieurs années en effet, des échouages de baleines se sont produits alors que des exercices militaires étaient en cours, les cétacés venant mourir sur les plages en présentant divers symptômes communs tels des saignements par les oreilles et des hémorragies cervicales.

Michel André, directeur du Laboratoire d'Applications Bioacoustiques (LAB) de l'Université Polytechnique de Catalogne (UPC), s'est récemment déclaré convaincu que ces échouages en masse de cachalots et baleines seraient bien dus à leur exposition à des sources sonores artificielles.

En mars 2007, le Conseil pour la défense des ressources naturelles (NRDC), représenté par maître Richard Kendall, a déposé devant la Cour suprême des Etats-Unis, la plus haute juridiction du pays, une plainte afin de faire restreindre l'usage du sonar durant les exercices militaires. En effet, 14 sessions d'exercices ont été programmées entre février 2007 et janvier 2009, dont huit ont déjà été menées à terme.

« Situation d'urgence », mais pas pour les cétacés

Peu après le dépôt de cette requête, un tribunal californien en confirmait la pertinence en déclarant que l'usage de ce sonar représentait avec quasi-certitude un « danger irréparable » pour l'environnement. Et en janvier dernier, la même autorité émettait une injonction contraignant les militaires à réduire le niveau d'émission, et à stopper le sonar lorsqu'un mammifère marin est détecté dans un rayon de 2 kilomètres.

Injonction à laquelle a immédiatement réagi le président Bush en personne, signant personnellement un ordre d'exemption au motif qu'une « situation d'urgence » permet d'outrepasser une décision judiciaire en matière d'environnement, et que, quoi qu'il en soit, seul le pouvoir exécutif est habilité à déterminer les modalités d'un exercice militaire.

Comme on pouvait le prévoir le NRDC réagissait immédiatement en déposant une requête en appel, laquelle cour saisissait à nouveau le premier tribunal qui, très logiquement, confirmait sa position originale en déclarant n'avoir pas outrepassé ses pouvoirs en délivrant cette injonction, d'autant que la Navy n'avait jamais fait la preuve que la restriction de l'usage de son sonar l'aurait empêché de mener ses entraînements à leur terme.

Nouvelle intervention devant la Cour Suprême le mercredi 8 octobre de la part de maître Gregory Carre, avocat du gouvernement, qui dans sa volonté de balayer d'un revers de main les arguments du NRDC en qualifiant ceux-ci de « fondamentalement imparfaits » car ne tenant pas compte de l'intérêt public. Mais Gregory Carre reconnaît cependant qu'une étude préliminaire effectuée par l'US Navy avait démontré que le sonar pouvait perturber 170.000 mammifères marins et entraîner une surdité temporaire chez 8.000 baleines.

Richard Kendall, de son côté, n'a pas manqué de rappeler aux juges que pour un mammifère marin tel une baleine ou un dauphin, l'émission d'un sonar du type employé pouvait équivaloir au bruit d'un réacteur situé dans cette même pièce (le tribunal), multiplié par 2000.

Jusqu'à présent, la Cour Suprême n'a émis aucun jugement définitif, et des mois de négociations seront sans doute encore nécessaires avant d'obtenir un résultat qui satisfasse tous les intérêts en jeu, y compris ceux des cétacés... La Navy reste fermement sur sa position, et refuse - du moins actuellement - de concéder quoi que ce soit à la protection des espèces marines.