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Quand les rats préfèrent, par empathie, partager leur chocolat...

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Quand il s'agit d'aider son prochain, les rats ne quittent pas le navire. Par simple empathie, un rat délivre son congénère de la cage dans laquelle il est enfermé, jusqu'à préférer partager du chocolat avec le prisonnier libéré !

Les rats, mammifères de la famille des muridés, sont capables d'avoir de l'empathie pour leurs congénères. &copy ressaure, Flickr, cc by nc sa 2.0

L'empathie, qui désigne la capacité à comprendre les émotions ressenties par un autre individu, peut mener à des comportements prosociaux (acte intentionnel et bénéfique pour autrui) mais seulement chez les primates, pensaient les scientifiques. Toutefois, de nouvelles expériences menées par un groupe de chercheurs de l'université de Chicago suggèrent que ce sentiment est également présent chez les rats.

Ces scientifiques ont exposé leurs cobayes à différents tests. Un rongeur était enfermé dans une minicage de plexiglas, à l'intérieur de laquelle il avait à peine la place de se retourner. Impossible d'ouvrir cette cage de l'intérieur, mais, de l'extérieur, l'ouverture est à la portée de n'importe quel rat.

Ensuite, un autre individu était placé dans l'espace autour de la cage. Après quelques jours et plusieurs essais, le rat libre finissait par comprendre comment le mécanisme fonctionnait et libérait son congénère.

S'agit-il d'un jeu pour le libérateur ? Afin de s'assurer que non, des essais témoins ont été réalisés, avec une cage vide ou comportant un objet. Dans les deux cas, le cobaye n'essayait même pas d'ouvrir la cage. Est-il possible que le rat délivre son compagnon dans le but de faire cesser sa complainte ? Non, selon les chercheurs, puisque trop peu de cris d'alarme ont été enregistrés lors des tests.


Le rat apprend à ouvrir la porte : en 5 jours, il réussit pour la première fois (« first opening ») ; au bout de 12, c'est un expert (« last opening »). © Ben-Ami Bartal et al. 2011, Science

Le rat agit par empathie

Le rat délivre-t-il son congénère pour la joie que les retrouvailles procurent ? Les vidéos indiquent en effet que les deux individus ont l'air heureux de se retrouver. Mais cette hypothèse a été écartée suite à une expérience au cours de laquelle le prisonnier, une fois libéré, était dirigé vers un compartiment isolé de son sauveur. Il semblait donc bien s'agir d'empathie.

Les scientifiques sont allés plus loin en cherchant à savoir jusqu'à quel point cette empathie pouvait s'exprimer. Ils ont imaginé une nouvelle expérience avec deux cages : l'une contenant un rongeur enfermé, l'autre avec du chocolat. Les résultats, publiés dans Science, montrent que le libérateur ouvre les deux cages, suivant un ordre aléatoire, et le chocolat est ensuite partagé !

Il est donc prêt à partager du chocolat, un de ses aliments préférés, avec un congénère vis-à-vis duquel il éprouve de l'empathie. En outre, cela montre que manger du chocolat et libérer un congénère a la même valeur aux yeux du rat libre.

Si de tels comportements sociaux et altruistes ont déjà été observés chez d'autres animaux - l'exemple le plus connu est sans doute celui des abeilles qui sont prêtes à mourir pour sauver leur colonie - et pour des raisons bien précises, il est en revanche difficile de comprendre l'intérêt du rongeur au cours de ces expériences. Peut-être une simple sensation de bien-être ? Une étude des mécanismes neuronaux permettrait de répondre à cette question.