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L’étrange histoire du rat à crête, empoisonneur d’Afrique de l’Est…

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Un rongeur maudit sème la terreur dans la savane ! Il affronte sans peur ses prédateurs et les morts suspectes s'enchaînent sur son passage. Heureusement, une équipe d'intrépides scientifiques de l'université d'Oxford vient de prendre en flagrant délit d'empoisonnement le terrible rat à crête d'Afrique de l'Est.

Le rat à crête, ou hamster d’Imhause est le dernier de la sous-famille des Lophiomyinae. Il n’a pas l’air si terrible et un chacal ou un chien errant y donnerait volontiers un coup de dent. Il aurait tort… © Kevin Deacon, Wikipedia, CC-by-sa-3.0

D'habitude, les petits animaux s'enfuient devant un prédateur. Seuls ceux qui sont sûr d'eux, venimeux ou bien armés, vont à l'affrontement. Or c'est le cas du rat à crête (Lophiomys imhausi), un petit rongeur d'Afrique de l'Est qui n'a pourtant pas de quoi faire peur. À première vue en tout cas...

Car étonnamment, ce gros hamster sème la mort sur son passage. Les chiens errants du Kenya qui osent lui donner un coup de dent tombent malades ou ne s'en relèvent pas. Tout fait penser à un empoisonnement, mais jusqu'ici, pas de preuves. Alors pour connaître l'arme du crime, Fritz Vollrath et son équipe de biologistes ont décidé d'observer en détail le comportement de défense peu courant de l'animal.

Quand il est attaqué, le rat à crête se tord sur lui-même, mâchonne et oint sa pelisse de salive. Pourtant le corps de l'animal ne produit pas naturellement de toxine. Les chercheurs sont tombés des nues quand ils ont découvert d'où venait le poison : le rongeur, comme une sorcière de contes de fées, le concocte !

Il ramasse puis mâchonne furieusement l'écorce d'un arbuste, Acokanthera schimperi, dont le nom vernaculaire signifie « arbre à flèches empoisonnées ». Pas de doute sur l'emploi que les chasseurs d'Afrique de l'Est faisaient, eux aussi, de ce buisson : ils enduisaient leurs flèches d'une décoction de cette plante pour aller chasser l'éléphant et le gros gibier. L'écorce de l'arbrisseau renferme en effet un poison puissant, l'ouabaïne, qui conduit rapidement à l'arrêt cardiaque. 

Lorsqu’il est attaqué, le rat à crête crache sur sa fourrure la salive qu’il a empoisonnée en rongeant spécialement l’écorce d’un arbrisseau. © Margaret-Kinnaird

Un rat kamikaze

Mais ce qu'implique cette découverte publiée dans le journal Proceedings of the Royal Society B est autrement extraordinaire. S'il ne s'agit pas d'un empoisonnement occasionnel mais bien d'une technique de défense, l'animal doit se faire mordre pour intoxiquer son agresseur. Et évidemment survivre à l'attaque...

En étudiant l'anatomie de la bête, les chercheurs en ont eu confirmation : le rat à crête est bâti pour être mordu ! Une peau très épaisse, renforcée sur le dos lui sert de bouclier. Sa fourrure dense est constituée de poils particuliers, dont l'enveloppe externe poreuse entourant de petites fibres centrales agit comme une mèche, diffusant le poison dans la gueule de l'agresseur.

Et bien sûr, l'animal a dû développer une immunité à l'ouabaïne pour ne pas s'empoisonner lui-même. Au final, ce stratagème peut paraître risqué, mais il a fonctionné puisque l'espèce est encore là. Il rappelle étonnamment celui utilisé par un serpent d'Asie qui récupère le poison produit par des crapauds faisant partie de ses proies coutumières.

Ces exemples montrent que l'évolution, sans dessein, n'hésite pas à emprunter toutes les voies à sa disposition (même les plus saugrenues) du moment qu'elles sont efficaces.