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La danse des bousiers est un mécanisme d'orientation

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Les bousiers sont connus pour danser sur des pelotes fécales une fois leur confection achevée. Ils ne vénèrent pas le soleil : ils prennent leur cap ! Des expériences révèlent qu'ils utilisent le soleil comme point de repère pour leurs déplacements. 

Les bousiers appartenant à l'espèce Scarabaeus sacer étaient vénérés dans l'Égypte ancienne. Isl étaients associé à Khépri, le dieu du Soleil levant. © Dewet, Wikimedia common, CC by-sa 2.0

Les bousiers sont des scarabées coprophages dont certaines espèces ont été vénérées dans l'Égypte ancienne. Ils utilisent leurs pattes avant et leurs mandibules pour transformer des morceaux de bouses en pelotes. Celles-ci sont ensuite poussées à reculons par l'insecte en direction d'un abri.

La confection et le déplacement des pelotes coûtent du temps et de l'énergie. Les scarabées doivent limiter ces deux paramètres au maximum pour ne pas risquer de se faire voler. C'est pourquoi ils choisissent le plus court chemin pour aller cacher leurs biens : la ligne droite.

Le déplacement d'une boule fécale est toujours précédé d'un étrange rituel. Les bousiers diurnes montent sur leurs pelotes et exécutent une danse en tournant sur eux-mêmes. Ce phénomène vient d'être expliqué par une équipe menée par Emily Baird de l'université de Lund en Suède.


La danse des bousiers serait un mécanisme d'orientation. Les scarabées repèrent la position du soleil. Ils vont l'utiliser durant leurs déplacements pour maintenir ou retrouver le cap. © LundVisionGroup

Les bousiers dansent pour garder le cap

Même si ça y ressemble, ils ne vénèrent pas le soleil ! Ils l'utilisent simplement pour choisir et maintenir un cap quoi qu'il puisse arriver. Ces résultats, qui s'appuient sur plusieurs expériences présentées ci-dessous, ont été publiés dans la revue Plos One.

Durant les observations, 61 % des coléoptères (Scarabaeus nigroaeneus) ont exécuté une danse (une rotation de minimum 90°) d'environ 6 secondes à la fin de la confection de leurs pelotes. Ce comportement a toujours précédé un déplacement exécuté en ligne droite.

Pour comprendre le phénomène, des couloirs d'études ont été placés sur le trajet de ces coléoptères. Durant le premier test, la sortie de l'un d'eux a été obstruée. Tous les scarabées bloqués ont entamé une danse environ 4 secondes après leur immobilisation. D'autres expériences ont causé une perte du contrôle du mouvement de la boule. En réaction, 50 % des insectes ont pivoté sur la pelote avant de repartir dans la bonne direction.

Suite à un imprévu, les bousiers semblent être capables de vérifier leur cap. Pour les chercheurs, cela signifierait que la danse des bousiers est bien un mécanisme d'orientation.


Suite à la rotation du couloir, la majorité des bousiers se sont rendu compte que leur position par rapport au soleil avait changé. Après avoir vérifié cette donnée, ils ont rectifié leurs déplacements. © LundVisionGroup

Le soleil comme repère

Lors de la rotation de 180° des couloirs (un demi-tour), la majorité des scarabées a perçu la manœuvre. Environ 95 % d'entre eux ont changé de direction pour reprendre le cap initial, après être montés sur leur pelote. En revanche, seuls 14 % d'entre eux ont réagi lorsque la position du soleil était masquée, et aucun n'a changé de chemin. Le soleil jouerait un rôle important.

Pour vérifier cette hypothèse, les chercheurs ont terminé leurs manipulations en modifiant la position apparente de l'astre solaire grâce à des miroirs. Environ 59 % des insectes ont réagi à ces changements en dansant et 79 % d'entre eux ont changé de direction.

Ainsi, la danse des bousiers serait bien un mécanisme d’orientation basé sur la position du soleil. Ce type de comportement avait déjà été décrit auparavant chez des fourmis et des amphipodes.