Des scientifiques ont posé des capteurs sur des éléphants de mer afin de mieux comprendre les canicules marines, malheureusement, de plus en plus fréquentes. Leur étude révèle de précieuses informations pour expliquer les tenants du « blob », ce phénomène survenu au large de l'océan Pacifique entre 2013 et 2015.


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    Vous connaissez sans doute le « blob », cette cellule géante dotée d'une incroyable capacité d'apprentissage qui fascine la communauté scientifique depuis plusieurs années. Mais le mot « blob » renvoie à un autre phénomène scientifique tout aussi impressionnant : la canicule observée au large de l'océan Pacifique Nord entre 2013 et 2015, qui a eu des conséquences dramatiques sur la faune qui peuple ces zones océaniqueszones océaniques

    « Au cours de l'été 2015, deux ans après l'apparition du Blob, seulement 166 baleines à bosse sont revenues dans la baie des Glaciers en Alaska, soit une baisse de 30 % par rapport à 2013. Tous les baleineaux à bosse vus dans la baie des Glaciers cette année-là ont disparu plus tard et sont présumés morts. Et les corps de 28 baleines à bosse et de 17 rorquals communsrorquals communs se sont échoués sur des plages en Alaska et en Colombie-Britannique au Canada », explique un article paru dans la revue Science en janvier 2019. 

    Une canicule marine désigne un réchauffement anormal et prolongé des eaux. Le « blob » de 2013-2015 représente la plus longue et la plus intense recensée à ce jour. Pour mieux comprendre les tenants de cet événement climatique hors-norme, une équipe de chercheurs américains de l'université de Californie à Santa Cruz (UCSC) a décidé de recourir à des éléphants de mer pour explorer les fonds sous-marinssous-marins de cette zone.

    Les éléphants de mer voyagent dans tout l'océan Pacifique Nord lors des migrations pour rechercher de la nourriture. Ils peuvent plonger à de grandes profondeurs. Les capteurs portés par ces animaux suivent leurs déplacements, enregistrent la température et la salinité, des données océanographiques précieuses. © Galyna Andrushko, Adobe Stock
    Les éléphants de mer voyagent dans tout l'océan Pacifique Nord lors des migrations pour rechercher de la nourriture. Ils peuvent plonger à de grandes profondeurs. Les capteurs portés par ces animaux suivent leurs déplacements, enregistrent la température et la salinité, des données océanographiques précieuses. © Galyna Andrushko, Adobe Stock

    Les éléphants de mer, plongeurs hors pair

    Publiée dans la revue Journal of Geophysical Research: Oceans, l'étude a été réalisée à partir de capteurscapteurs enregistrant la profondeur, la température et la salinitésalinité de l'eau, afin de suivre les migrations des éléphants de mer de près de 10.000 km à travers le Pacifique. Cette espèceespèce sous-marine de la famille des phoques n'a pas été choisie au hasard : elle est capable de plonger à plus de 100 mètres de profondeur ! 

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    Dossier : Les éléphants de mer devenus océanographes

    « Les éléphants de mer collectent des données à des endroits différents de ceux des plateformes océanographiques existantes », précise dans un communiqué Christopher Edwards, professeur de sciences océaniques à l'UCSC, qui a dirigé la recherche. 

    La canicule marine deviendra-t-elle la norme ? 

    Les données collectées grâce aux capteurs placés sur les éléphants de mer pendant le Blob ont révélé que les températures anormalement chaudes s'étendaient à 1.000 mètres sous la surface. Le réchauffement sous la surface a persisté en 2017, bien après que les températures de surface soient revenues à la normale, note l'étude. 

    D'après les chercheurs, ces anomaliesanomalies de températures sont si profondes qu'il est peu probable qu'elles soient dues à un mélange depuis la surface. L'une des hypothèses envisagées est que les eaux exceptionnellement chaudes ont été transportées vers le nord depuis le sud. En effet, les changements à la surface pourraient avoir modifié transitoirement les courants plus profonds pour attirer les eaux du sud vers le nord.

    Ce phénomène climatique s'avère d'autant plus préoccupant que les vaguesvagues de chaleurchaleur marines risquent de devenir de plus en plus fréquentes, à mesure que la Planète se réchauffe, alertent les auteurs de la recherche. « Tout comme pour les vagues de chaleur terrestres, nous avons constaté au cours de la dernière décennie une augmentation spectaculaire de la fréquence et de l'ampleur des vagues de chaleur marines. Plus nous recueillerons d'informations, plus nous serons en mesure de comprendre ce qui se passe et de relever les défis », concluent ces derniers.