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Le plus vieil arbre fossile du monde vient de parler

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Le plus vieil arbre fossile du monde vient enfin d'être identifié par les chercheurs. Et ce que nous raconte ce véritable Adam végétal venu du fond des âges, à une époque où les dinosaures n'existaient pas encore, se révèle passionnant.

Wattieza fossile (reconstitution)

Mais avant, plantons le décor, car il vaut le détour. Il y a un peu moins de 400 millions d'années, la terre était recouverte de végétaux. Mais ceux-ci, essentiellement cantonnés le long des bandes littorales, restaient de petite taille et ressemblaient à de petits joncs dressés de 5 cm de haut surmontés par une fourche à deux branches. Nommées les Cooksonia, ces plantes primitives, que l'on découvre à l'état de fossiles en Irlande, sont les premières à avoir fabriqué la lignine, un assemblage de petits vaisseaux empilés permettant d'aspirer l'eau nourricière et de la conduire au sommet. Cette lignine, c'est ce que nous appelons maintenant le bois... Fait remarquable, elles semblent être apparues seulement 10 millions d'années après la conquête du sol par les algues vertes, une évolution explosive !

Après avoir envahi et tapissé complètement toutes les zones meubles et humides, ces plantes, qui utilisaient la photosynthèse comme leurs ancêtres les algues vertes, sont entrées en compétition pour capter la lumière du Soleil avec le plus d'efficacité possible. Et pour cela une seule solution: gagner en hauteur, grimper au-dessus de ses voisines. Elles se sont donc mises à empiler de plus en plus de vaisseaux, puis à les juxtaposer en des faisceaux de vaisseaux. Puis en faisceaux de faisceaux de vaisseaux. Et ainsi naquirent les arbres. Il y a 380 millions d'années, ceux-ci sont apparus, représentés par trois grandes lignées, et peut-être d'autres, disparues dans les oubliettes de la préhistoire...

Il y a d'abord la lignée des prêles. Nommées calamites, elles formaient des forêts primaires où leur tronc culminait à plus de 30 mètres de haut, et ont atteint l'apogée de leur évolution à l'âge du Carbonifère. On la retrouve encore à notre époque sous deux formes très différentes. La première, c'est le charbon, puisque ce combustible fossile en est majoritairement constitué. Et la seconde, c'est... la prêle des champs, qui ressemble à une mauvaise herbe et qui ne sont que des calamites ayant régressé.

On trouve ensuite les lycopodes, qui ressemblaient à des palmiers. Ce qu'il en reste aujourd'hui nous paraît presque anecdotique, ce sont les sélaginelles, une petite plante au cycle de développement très lent et qui atteint quelques centimètres de hauteur... Elles se sont répandues dans le monde entier où certaines de ses 700 différentes espèces sont considérées quelquefois comme décoratives, quelquefois comme un envahisseur dont on n'arrive pas à se débarrasser.

On arrive enfin à la lignée des fougères, dont il reste les fougères arborescentes, et qui aujourd'hui encore peuvent atteindre 15 mètres de haut. Véritables fossiles vivants, très décoratives et d'aspect presque animal, elles sont aujourd'hui appréciées en horticulture.

C'est cette dernière lignée qui nous intéresse. En 1869, à Gilboa, dans l'État de New York, un torrent rendu furieux par une inondation est arrivé à éroder complètement ses berges et provoquer un effondrement, dégageant ainsi des fossiles végétaux que l'on a d'abord estimés à 350 millions d'années. Des fouilles ont ensuite permis de déterminer que ces vestiges appartenaient à une forêt s'étendant sur plusieurs centaines d'hectares, située en zone lagunaire et parcourue de tout un réseau de cours d'eau. Mais seules des souches très endommagées s'étaient fossilisés, et les données restaient donc fragmentaires. Surtout, aucun "portrait" de ces ancêtres végétaux ne pouvait être réalisé.

Mais aujourd'hui, deux chercheurs du Muséum de l'État de New York, Linda VanAller Hernick et Frank Mannolini, ont découvert sur le même site deux autres fossiles, cette fois un tronc et une cîme. Ceux-ci ont été identifiés comme appartenant à la grande famille des fougères arborescentes, précisément du genre Wattieza, qui se reproduisent à l'aide de spores et pouvaient atteindre 9 mètres de haut, et sont datés à 385 millions d'années. Cette découverte est très importante, car elle permet de nommer avec certitude l'espèce qui apparaît aujourd'hui comme le plus ancien arbre fossilisé existant. En effet, si les scientifiques savaient qu'ils se trouvaient là devant la plus ancienne forêt au monde, ils ignoraient encore de quelles espèces elle était composée (certains botanistes pensaient à tort avoir reconnu des Lycopodes).

Jusqu'à présent le record était détenu par l'Archaeopteris, un arbre qui croissait durant le Dévonien (359 - 385 millions d'années) et qui ressemblait davantage aux conifères actuels. Les Wattieza mis au jour paraissent plus primitifs, ses branches moins développées et ses capacités de photosynthèse semblent limitées aux extrémités de ses rameaux.