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Faune de Burgess : une énigme séculaire sans doute résolue !

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Aysheaia du Burgess, probablement un onychophore (ou péripate), un groupe proche des arthropodes. Crédit : Smithsonian NMNH

Comment s'est fossilisée l'extraordinaire faune de Burgess, dont les empreintes de parties molles se sont conservées pendant plus de 500 millions d'années ? Une équipe de paléontologues s'est penchée sur cette vieille énigme de la paléontologie. Les soupçons d'un enfouissement brutal se confirment.

Découverts en 1909 par le paléontologue Charles Doolittle Walcott, les schistes du Burgess sont des roches sédimentaires formées de particules d'argile et de limon déposées le long d'un récif il y a environ 505 millions d'années, c'est-à-dire juste après la fameuse explosion Cambrienne. La couche de schistes est encastrée dans une paroi des Montagnes Rocheuses dans le Yoho National Park, sur la pente occidentale du mont Stephen au Canada.

Ces schistes sont devenus célèbres car ils contiennent des fossiles extraordinairement bien conservés d'animaux vivant à cette époque et qui nous semblent aujourd'hui très étranges. Ces fossiles sont particulièrement remarquables car on y voit les empreintes des parties molles des animaux de l'époque, et en 3D, ce qui rarissime.

Le site du Burgess découvert par Walcott. Cliquez pour agrandir. Crédit : Burgess foundation

La taphonomie est la branche de la paléontologie qui s'occupe des conditions de formation d'un fossile. Elle cherche à comprendre le processus de fossilisation lui-même. C'est sur la taphonomie des schistes du Burgess que porte l'article publié dans le Journal of the Geological Society par Sarah Gabbott et Jan Zalasiewicz, de l'Université de Leicester et Desmond Collins du Royal Ontario Museum.

Le problème consistait à déterminer la nature des processus qui avaient permis de transmettre jusqu'à nous les empreintes des parties molles d'animaux aussi bizarres que :

Hallucigenia. Cliquez sur l'image pour agrandir. Crédit : Mary Parrish / The Smithsonian Institution
 
Opabinia. Cliquez sur l'image pour agrandir. Crédit : Mary Parrish / The Smithsonian Institution

 Ou, moins étrange :

Pikaia. Cliquez sur l'image pour agrandir. Crédit : Mary Parrish / The Smithsonian Institution

Décomposition ralentie par manque d'oxygène

Les chercheurs ont analysé les schistes millimètre par millimètre et concluent que ces roches sédimentaires ne se sont pas formées lentement mais à la suite d'une série de brusques coulées de boue enfouissant rapidement les animaux qui vivaient à la base du récif. La boue s'infiltra dans les organes et grâce à des couches fines de sédiment, ils se séparèrent du corps dans différents micro-niveaux. C'est pour cela qu'une certaine structure tridimensionnelle fut conservée, même lors de fortes compressions des boues. De plus, en isolant brusquement les parties molles de l'oxygène contenu dans l'eau, cet enfouissement rapide a ralenti leur décomposition. Voilà pourquoi, aujourd'hui, les scientifiques peuvent y étudier à loisir plus de 65.000 spécimens appartenant à 120 espèces.