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Un nouveau courant marin découvert au nord-est de l’Islande

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Par Jean-Emmanuel Rattinacannou, Futura

Un nouveau courant marin vient d'être identifié entre l'Islande et le Groenland. Froid et profond, il déverse de l'eau polaire dans l'Atlantique nord et participe ainsi à la grande boucle qui permet les échanges de chaleur entre tropiques et Arctique. Une nouvelle expédition vient de partir pour en identifier la source et comprendre en quoi le réchauffement climatique peut affecter son cours.

Lors des missions en mer au large de l'Islande, les scientifiques doivent réaliser régulièrement des mesures et des prélèvements d'eau. Parfois dans des conditions de météo difficiles... © WHOI

À une époque où le moindre mètre carré de la planète est scruté en permanence par des satellites, où des modèles prévoient en détail l'arrivée d'un tsunami japonais sur les côtes antarctiques 14.000 km plus loin, il semble presque étonnant de pouvoir encore découvrir de nouvelles choses. Pourtant, les abysses restent suffisamment mystérieux pour livrer un cadeau digne des explorations des siècles passés : un nouveau courant marin.

La circulation générale de l’eau dans l'océan est tout de même assez bien documentée. Elle permet un transfert de chaleur de l'équateur vers les pôles en surface, avec dans l'Atlantique des courants comme le Gulf Stream. Pour que l'apport d'eau chaude se poursuive et maintienne un climat doux en Europe de l'Ouest, il faut une contrepartie : la seconde moitié de la boucle, en profondeur, rend aux zones tropicales de l'eau froide et salée, très dense, qui coule en flux puissants au fond de l'océan.

Une vue schématique des courants marins de la zone atlantique nord. Tous ne sont pas à la même profondeur, d'où des superpositions. La couleur reflète la température de l'eau, avec : en rouge et orange, la dérive nord-atlantique, prolongement du Gulf Stream ; en bleu, le courant est-groenlandais passant par le détroit du Danemark, parallèle au nouveau courant nord-islandais en rose. L'eau profonde nord-atlantique arrivant en partie de la mer de Norvège est figurée en tirets violets. © Curry and Mauritzen

C'est un de ces « fleuves » abyssaux qui a été découvert par une équipe internationale d'océanographes, à partir des mesures effectuées à bord du navire de recherche Knorr, lors d'une expédition en 2008 au large de l'Islande. Les résultats viennent d'être publiés dans le journal Nature geosciences.

Jusqu'à présent, la théorie de la circulation thermohaline n'identifiait qu'un seul courant froid dans le détroit du Danemark : le Courant est groenlandais (EGC), coulant le long des côtes orientales du Groenland. Mais à partir de multiples analyses de température, de salinité et de vitesse, les chercheurs ont pu comprendre et modéliser ce qui se passe sous l'eau à ce niveau.

Vue en coupe NO-SE d'une partie du détroit du Danemark. Le NIJ, en jaune, est adossé à la côte islandaise (en gris). En abscisses, la distance en km le long de l'axe de mesures, dont les stations sont indiquées en haut (triangles). En ordonnées, la profondeur en m. L'échelle de couleur figure la vitesse de déplacement vers l'équateur, en cm/s (négative en bleu). © WHOI

Et ils se sont aperçus que le long des côtes islandaises du détroit, il fallait compter avec le North Icelandic Jet (NIJ), ou courant nord-islandais. D'après les chercheurs, il assurerait la moitié du transport d'eau vers le sud dans le détroit, dont quasiment toute l'eau la plus dense. Exutoire d'une partie de l'eau polaire profonde dans l'Atlantique, il jouerait ainsi un rôle de premier plan dans la fameuse circulation thermohaline, qui contrôle en partie le climat de l'Atlantique nord.

À la recherche de la source du NIJ

Restent deux énigmes : celle de la localisation de sa source et celle de sa réaction dans un contexte de réchauffement climatique. Une nouvelle expédition sur le Knorr est partie lundi 22 août pour répondre à ces questions. Elle installera pour la première fois une ligne d'instruments de mesure sur toute la largeur du détroit. Ancrés au fond et automatiques, ils collecteront pendant un an des données sur toute la tranche d'eau, nécessaires à quantifier le flux d'eau et à bien le différencier de l'EGC.

Après le mouillage de ces bouées, le bateau ira à la recherche de la source du NIJ, supposée au nord de l'Islande. Il s'agit d'identifier la zone de formation d'eau profonde où l'eau de mer, très froide et enrichie en sel par la formation de la banquise, est si dense qu'elle plonge en profondeur pour former le courant.

Le parfum des grandes expéditions historiques flotte sur cette mission... Et le détroit du Danemark, avec deux courants majeurs sur moins de 300 km de large, devient un point clé tant pour l'océanographie que pour la climatologie.

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