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Le Gulf Stream ne ralentit pas, malgré les radars

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Traqué par des balises et des satellites, le Gulf Stream ne peut plus cacher ses variations de vitesse. Selon les travaux d'un océanographe de la Nasa, le Gulf Stream, ce courant qui réchauffe l'Europe, ne ralentit pas. N'en déplaise à certains films hollywoodiens, une légère accélération est même enregistrée.

Cette visualisation des températures de surface de l’Atlantique nord permet de distinguer très nettement le Gulf Stream en rouge. © Bob Evans, Peter Minnett et al. / Modis

Le scénario catastrophe du Jour d'après, où une glaciation subite frappe l'hémisphère nord, n'est pas pour aujourd'hui. C'est grâce à une nouvelle technique de mesure, mêlant satellites et balises scientifiques, que l'océanographe Josh Willis du Jet Propulsion Laboratory de la Nasa est en mesure d'affirmer qu'il n'y a pas eu de ralentissement significatif depuis 2002. En se basant uniquement sur les observations satellite, il semblerait même que ce courant marin ait accéléré de 20% depuis 1993.

« Le changement que l'on observe dans la force de la plongée des eaux fait probablement partie d'un cycle naturel, déclare Josh Willis. La légère accélération depuis 1993 coïncide avec les oscillations décennales naturelles de la température de l'Atlantique. »

Le Gulf Stream fait partie de la circulation thermohaline mondiale, le fameux tapis roulant, qui convoie la chaleur des tropiques jusqu'aux pôles. Dans l'Atlantique nord, ce courant est la branche chaude du tapis roulant. Il transfert sa chaleur, accumulée au niveau des tropiques, aux masses d'air en dessus de l'Europe, contribuant à réchauffer le climat régional. Refroidi et enrichi des eaux arctiques plus froides et plus salées, donc plus lourdes, ce courant plonge au fond de l'océan et repart vers l'Antarctique.

Cliquer pour agrandir. Schéma de la circulation thermohaline mondiale. Le Gulf Stream est le courant chaud de l’Atlantique nord. Il se refroidit et se charge en sel au niveau de la calotte polaire puis plonge. L’ensemble constitue un tapis roulant planétaire qui distribue la chaleur captée par les océans. © Nasa / JPL

Le moteur de cette circulation thermohaline est la différence de densité, donc de température et de salinité, des masses d'eau. Il a donc été proposé qu'une fonte accrue des glaciers, suite au réchauffement climatique, puisse ralentir le Gulf Stream en diminuant la salinité des eaux polaires. « Les eaux chaudes et douces sont plus légères et plongent moins rapidement que les eaux froides et salées » rappelle Josh Willis. Un tel ralentissement aurait des conséquences sur le climat européen, qui se refroidirait.

Un courant surveillé sur place et dans l’espace

Jusqu'à présent, la vitesse de ce courant marin était mesurée par des navires océanographiques et un système de balises ancrées sur les fonds océaniques aux moyennes latitudes. Dans un article paru dans Geophysical Research Letters, Josh Willis explique comment il a combiné les données issues des télémètres des satellites d'observation de la température de surface des océans avec celles du système de bouées Argo pour calculer la vitesse du courant entre New York et le Portugal.

En remontant jusqu'à 2002, date d'installation des bouées Argo, puis 1993 pour les seules observations satellites, Josh Willis a réalisé la plus longue mesure des variations du Gulf Stream, ainsi que la première pour les hautes latitudes. Il a ainsi pu démontrer que la vitesse du Gulf Stream s'est maintenue jusqu'en 2009.

« Personne n'avait imaginé que cette circulation à si grande échelle puisse être capturée par ces systèmes d'observation planétaires, souligne Josh Willis. Leur précision stupéfiante nous permet de détecter des changements océaniques subtils qui pourraient avoir de forts impacts sur le climat » conclut-il.