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Une exoplanète habitable autour de Proxima du Centaure ? Cherchez-là...

Actuellement, l’exoplanète habitable connue la plus proche de la Terre est à environ 14 années-lumière. Plus près de nous, l'étoile Proxima du Centaure pourrait en posséder également une ou plusieurs mais, pour l’instant, les indices sont encore trop faibles. Une nouvelle campagne de recherche va ainsi être menée entre janvier et avril 2016 et, fait plus rare, le grand public pourra suivre pas à pas la progression de l’enquête. Une initiative de culture scientifique qui vise à témoigner de la passion et la persévérance habitant les chercheurs à travers toutes leurs démarches.


En l’espace d’une vingtaine d’années, de nombreuses exoplanètes ont été découvertes. Les scientifiques de l’Eso (European southern observatory ou Observatoire européen austral) utilisent diverses techniques afin de les mettre en évidence. Les explications dans cet épisode d’Esocast.

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Avec Mars, planète rouge située à seulement quelques dizaines de millions de kilomètres de la Terre, Proxima du Centaure (aussi appelée Alpha Centauri C, Proxima Centauri ou Proxima) est sans aucun doute l’une des destinations préférées d’Homo Sapiens dans de nombreux récits de science-fiction, d’exploration ou de relations avec des formes de vie extraterrestre. La raison est simple : 4,2 années-lumière seulement nous séparent de l’étoile la plus proche de notre Système solaire, une naine rouge dans le système triple Alpha du Centaure (Alpha Centauri A et B sont à 4,3 années-lumière). Bien entendu, la question de savoir si nous sommes seuls dans l’univers et, plus encore, si nous avons des voisins « à la porte d’à côté » ne taraude pas uniquement les auteurs de science-fiction. Nombre d’astronomes et exobiologistes s’interrogent à ce sujet depuis longtemps et tentent de déterminer si oui ou non cette petite étoile voisine – bien que proche, Proxima n’est pas visible à l’œil nu – possède une ou plusieurs planètes, dont une qui pourrait être une rocheuse dans la zone habitable (région d’une étoile où pourrait exister de l’eau à l’état liquide). Pas très loin de là, Alpha du Centaure B est soupçonnée d’être entourée d’une superterre.

Des recherches pour débusquer des exoplanètes autour de Proxima du Centaure ont déjà été entreprises, suggérant la présence d’un petit compagnon. Avec le concours du télescope spatial Hubble, en employant la méthode de microlentille gravitationnelle, une étude a été menée en octobre 2014 et sera renouvelée en février prochain à la faveur du passage d’une étoile (lire à ce sujet : « Hubble découvrira-t-il une exoterre autour de Proxima du Centaure ? »).

Position de Proxima du Centaure (Pale Red Dot, en anglais sur l'image) sur la voûte céleste. Cette image a été prise le 19 janvier 2016 à l’observatoire de La Silla (Chili). Vivez en direct les observations de cette étoile voisine sur Twitter et le blog Palereddot.org. © Eso, Pale Red Dot
Position de Proxima du Centaure (Pale Red Dot, en anglais sur l'image) sur la voûte céleste. Cette image a été prise le 19 janvier 2016 à l’observatoire de La Silla (Chili). Vivez en direct les observations de cette étoile voisine sur Twitter et le blog Palereddot.org. © Eso, Pale Red Dot

Partager l’excitation de la recherche avec le public

Parallèlement, une campagne de grande envergure s’est ouverte le 15 janvier 2016 et, puisque nous sommes (presque) tous intrigués par cette question de voisinage, les scientifiques membres de ce programme ont choisi de partager quasiment en temps réel le fruit de leurs recherches avec le grand public. Plus précisément, il s’agit de le convier dans les coulisses de cette enquête afin de montrer les étapes préliminaires à l’obtention de ce « fruit » : le résultat publié dans une revue scientifique.

Entre janvier et avril 2016, l’équipe internationale, coordonnée par Guillem Anglada-Escude, bénéficiera des performances du fameux « chasseur d’exoplanètes » Harps (High Accuracy Radial velocity Planet Searcher), greffé sur le télescope de 3,6 mètres de diamètre de l’observatoire de La Silla, au Chili, et aussi d’une petite armée de télescopes robotisés répartis dans le monde entier. Alors que Harps traque, au moyen de la méthode de vitesse radiale, les moindres oscillations de la naine rouge, d’autres télescopes comme Bootes (Burst Optical Observer and Transient Exploring System) et le LCOGT (Las Cumbres Observatory Global Telescope Network) sont en charge de surveiller chaque nuit les changements de luminosité de cet astre voisin. Il s’agit en effet de ne pas prendre des éruptions et des tempêtes stellaires pour des indices d’une ou plusieurs planètes en orbite. En effet, ce type d’étoiles, récurrent dans la Galaxie, n'en est pas avare – ce qui, par ailleurs, n’est pas sans poser problème pour les mondes habitables qui graviteraient autour…

Naturellement les données collectées seront disséquées au cours des mois suivants par les chercheurs et, enfin, leurs conclusions transmises à des comités de lecture dans l’antichambre de revues scientifiques, en attendant leurs publications. « Nous voulons partager l’enthousiasme de la recherche avec le public et montrer comment la science fonctionne en coulisse : les essais, les erreurs et les efforts continus qui sont nécessaires pour les découvertes dont les gens entendent parler en temps normal dans les journaux, explique dans le communiqué Guillem Anglada-Escude. De cette façon, nous espérons encourager plus de monde vers les sujets de STEM [sciences, technologies, ingénierie, mathématiques, NDLR] et de science en général ». Le chercheur prévient qu’il est possible que les investigations ne donnent rien et qu’à terme, ils rentrent bredouilles de cette chasse, néanmoins « le fait que nous puissions chercher de tels objets si petits avec une précision si extrême est tout simplement ahurissant ».

Un « point rouge pâle »

Un blog a été ouvert pour rendre compte des observations et aussi expliquer la démarche scientifique, évoquer les exoplanètes, leurs étoiles hôtes et les perspectives dans ce domaine (projets, instruments, télescopes en chantier…). Sur les réseaux sociaux, notamment Twitter, on peut d’ores et déjà suivre la progression du projet et les observations sur le compte @pale_reddot et le hashtag #PaleRedDot.

La campagne a été baptisée « Pale Red Dot » (point rouge pâle, en français) en écho au célèbre « Pale Blue Dot » (point bleu pâle), surnom donné à la Terre apparaissant sur le portrait de famille réalisé par Voyager 1 en 1990 après avoir dépassé Neptune. Distante aujourd’hui de 20,1 milliards de km (134 UA, 37 heures-lumière) de son berceau, notre biosphère, la sonde poursuit son destin interstellaire. Dans quelque 40.000 ans, elle devrait passer à 1,6 année-lumière de l’étoile AC+79 3888 situées au sein de la constellation de la Girafe. Si nous entreprenions dès aujourd’hui un voyage vers Proxima à l’actuelle vitesse de croisière de la sonde (près de 60.000 km/h), nous n’arriverions à destination que dans environ 76.000 ans… On ne sait pas encore ce qui nous y attend.

Dans le cadre de la campagne Pale Red Dot, une équipe internationale d’astronomes espère débusquer une ou plusieurs planètes (voire une exoterre ou une superterre potentiellement habitable) autour de l'étoile Proxima du Centaure, notre plus proche voisine. © Eso, Pale Red Dot Dans le cadre de la campagne Pale Red Dot, une équipe internationale d’astronomes espère débusquer une ou plusieurs planètes (voire une exoterre ou une superterre potentiellement habitable) autour de l'étoile Proxima du Centaure, notre plus proche voisine. © Eso, Pale Red Dot

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