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Les vols zéro G pour tous : l'avis du médecin

Frank Lehot, instructeur lors des vols publics de découverte de l'apesanteur, explique à Futura-Sciences les risques, minimes, associés à ces vols paraboliques. Dès l’âge de 18 ans, les joies de l’apesanteur sont accessibles au plus grand nombre.

L’Airbus A300 Zéro-G, ici présenté au salon du Bourget en 2009, sera vraisemblablement remplacé fin 2014 par un un autre Airbus. © R. Decourt L’Airbus A300 Zéro-G, ici présenté au salon du Bourget en 2009, sera vraisemblablement remplacé fin 2014 par un un autre Airbus. © R. Decourt

Les vols zéro G pour tous : l'avis du médecin - 4 Photos

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Voilà quelques jours, la société Novespace a annoncé l'ouverture au public des vols en apesanteur à bord de son avion. À partir du 15 mars prochain, pour la somme de 5.980 euros, il sera possible de monter à bord de l’Airbus A300 Zéro-G, à l’aéroport de Bordeaux-Mérignac ou bien à Paris-Le Bourget. S’ensuivra un vol de 2 h 30 au-dessus du golfe de Gascogne, au cours duquel une série de paraboles d’un peu plus de 20 s chacune offriront environ 5 mn d'apesanteur.

Ces vols, accessibles pour la première fois en Europe à un public non-professionnel, sont commercialisés sous le nom de « Air Zero G » par la société Avico, premier courtier aérien français, qui a mis en ligne un site Internet.

Mais tout le monde peut-il voler en apesanteur et flotter librement dans l'air sans aucun risque, et quid des aspects médicaux du vol parabolique ? C’est ce que nous explique Frank Lehot, médecin et instructeur à bord de l’Airbus A300 Zéro-G, également auteur de Voler en apesanteur (éditions Vuibert).

Le livre expliquant le déroulement d'un vol « zéro G », comment il est réalisé par les pilotes, ce que ressentent les participants, ce que l'on peut faire lorsque l'on flotte librement et quels sont les effets sur l'organisme. L'ouvrage de Frank Lehot détaille également l'historique de ces vols (qui se pratiquent depuis des décennies) et livre des explications simples sur les principes physiques de cette apesanteur, ou impesanteur. © Vuibert
Le livre expliquant le déroulement d'un vol « zéro G », comment il est réalisé par les pilotes, ce que ressentent les participants, ce que l'on peut faire lorsque l'on flotte librement et quels sont les effets sur l'organisme. L'ouvrage de Frank Lehot détaille également l'historique de ces vols (qui se pratiquent depuis des décennies) et livre des explications simples sur les principes physiques de cette apesanteur, ou impesanteur. © Vuibert

Autorisation du médecin traitant pour voler sur l'A300 Zéro-G

Pour voler à bord de l’A300 Zéro-G, chaque passager devra obtenir un certificat d’aptitude auprès de son médecin traitant. Cependant, la société Novespace s’est voulue réaliste et « n’a pas, pour un passager qui effectue un vol de découverte de l’apesanteur, les mêmes exigences d’aptitude médicale que celles de personnes voulant piloter un avion de tourisme (aptitude médicale de classe 2) ».

Le vol en apesanteur n’est « pas une expérience violente », explique Frank Lehot. Lors d’un vol de deux heures, l’apesanteur n’a « pas vraiment de conséquences néfastes sur l’organisme ». Si on pratiquait une échographie cardiaque, « on verrait que le cœur se dilate un peu, que le sang se redistribue dans la partie supérieure du corps, que le volume des mollets se réduit un peu ». Mais cela n’est pas véritablement ressenti par les passagers.

Découverte de l’apesanteur à bord de l'A300 Zéro-G

Il y a néanmoins deux petits risques : pendant les « phases d’hypergravité, quand l’avion cabre au début de chaque parabole », on ressent « deux fois le poids de son corps », et il est « impératif de garder la tête fixe pendant ces manœuvres ». Si la tête bouge, « un conflit d’information au niveau de l'oreille interne est susceptible de se produire ».

On peut subir une sorte de mal de mer que l’on nomme mal des transports, mais qui ne survient pas pendant les phases d’apesanteur. Les personnes sujettes au mal de mer ou qui ont tendance à avoir des vertiges lorsqu’elles montent sur un manège sont « plus exposées à ce risque que d’autres personnes », et cela peut être « rédhibitoire pour effectuer un vol en apesanteur  ».

Figures de style à bord de l’Airbus A300 Zéro-G de Novespace. Lors d’un vol de deux heures, l’apesanteur n’a pas vraiment de conséquences néfastes pour l’organisme. © Cosmao
Figures de style à bord de l’Airbus A300 Zéro-G de Novespace. Lors d’un vol de deux heures, l’apesanteur n’a pas vraiment de conséquences néfastes pour l’organisme. © Cosmao

Le deuxième risque concerne « les chocs entre les passagers », qui se matérialisent par des coups de pieds involontaires, voire « des chutes sur le plancher de l’avion » plus ou moins violentes à la fin de chaque parabole. Les personnes qui souffrent de problèmes osseux et rhumatologiques sérieux ne devraient pas participer à ces vols.

Cela dit, ces risques « ne doivent pas être exagérés ». Depuis que Novespace pratique cette activité, « aucun accident n’est à déplorer », et sur 40 personnes par vol, statistiquement, « deux passagers au maximum se sentent malades ».

Profiter pleinement de l'apesanteur pendant le vol parabolique

Pour prévenir ces risques à bord de l’avion pendant les paraboles, les 40 passagers seront divisés en 4 équipes de 10 personnes surveillées par un instructeur et un personnel de sécurité. Les groupes sont « pris en charge et accompagnés tout au long de leur journée » par le même instructeur de bord, nous explique Frank Lehot.

Pendant le vol, « nous avons une fonction de surveillance », de façon à éviter les chutes et à corriger la position des gens. Pour le rendre le vol aussi attrayant que possible, « les instructeurs de bord suggèrent des activités à faire pendant les paraboles ». L’idée est que chaque passager profite pleinement de son expérience en apesanteur et qu’il évite de « perdre son temps à trouver ses marques », car chaque parabole ne dure que 22 secondes.

Pendant ce temps, ils se verront proposer de manipuler des objets, d’observer le comportement d’une sphère d’eau formée en apesanteur, de s’essayer à voler à plusieurs en formation, voire de « voler comme Superman ou tout simplement se détendre et flotter sans rien faire ».

Novespace veut réinvestir dans l’achat d’un nouvel avion

Quant au prix du billet, il couvre les frais de fonctionnement de l’utilisation de l’Airbus A300 Zéro-G. Si les vols en apesanteur des chercheurs et des scientifiques organisés par Novespace sont « financés par des fonds publics à travers le Cnes », les vols proposés au public ne sont absolument pas subventionnés, d’où le montant de 5.980 euros.

Le cockpit de l'Airbus A300 Zéro-G de Novespace. Un nouvel avion doit entrer en service à l'horizon 2014. © R. Decourt
Le cockpit de l'Airbus A300 Zéro-G de Novespace. Un nouvel avion doit entrer en service à l'horizon 2014. © R. Decourt

Comme nous l’explique Jean-François Clervoy, directeur de Novespace et astronaute de l’Agence spatiale européenne, « les bénéfices seront intégralement réinvestis dans l'achat du futur avion et les programmes de recherche qui s'y dérouleront ». Pour son futur avion, Novespace souhaite pouvoir fournir au moins « les mêmes services qu'avec l'avion actuel », avec une même surface et le même volume de la zone expérimentale, l’alimentation électrique des expériences, l'évacuation vers l'extérieur d'émanations gazeuses éventuelles des expériences et, bien évidemment, les mêmes « qualité et durée des paraboles ».

Mise en service du nouvel avion à l'automne 2014

« Nous visons donc en priorité un avion de même gabarit que l'A300 actuel, comme un A310 ou un A300-600 », précise Jean-François Clervoy. D’autres options sont également considérées, « toujours dans la famille d'avions Airbus ». Ce sera un avion d’occasion : « Novespace n’a aucun intérêt particulier d’acquérir un avion neuf ».

Plusieurs avions d'occasion pouvant convenir ont été identifiés, et Novespace souhaiterait en faire l'acquisition courant 2013 afin qu'il soit opérationnel avant fin 2014. L’arrêt de l’actuel Airbus Zéro-G est planifié fin juillet 2014, et « la mise en service du nouvel avion [est prévue] au cours de l'automne de cette même année », détaille Jean-François Clervoy.


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