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Les astronautes français plaident pour les vols habités

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Autour de la ministre de la Recherche, Valérie Pécresse, quatre astronautes ont discuté de la place de l'homme dans l'espace. Du besoin d'exploration au risque d'une perte de compétences, les arguments classiques ont été répétés avec force.

Jean-François Clervoy à côté de la maquette de la fusée Ariane V. © Futura-Sciences

« Donnez-moi de bons arguments de la présence de l'Homme dans l'espace » a demandé, en substance, Valérie Pécresse, à un aréopage d'astronautes réunis autour d'elle pour un dîner. Il y avait là Jean-Loup Chrétien, Jean-François Clervoy, Claudie et Jean-Pierre Haigneré et Léopold Eyharts. Rapportée par Le Figaro, la discussion ressemble à un plaidoyer.

Le dossier est connu et les éléments du débat ont depuis longtemps été exposés. Moins coûteux, les systèmes automatiques réalisent des missions de plus en plus complexes, comme en témoignent les opérations menées sur Mars, en orbite terrestre ou dans le système solaire. Des sondes ont prélevé de la matière cométaire et les progrès de la robotique semblent continuellement repousser les limites de ce qu'il est possible de faire avec une machine. Un être humain, lui, pèse lourd, consomme de l'eau (un matériau au poids élevé) et impose des équipements de « support vie », selon l'expression consacrée mais aussi des systèmes de sécurité multiples voire doublés ou triplés. Alors à quoi bon ?

Face à la ministre, Jean-François Clervoy s'est chargé de porter le premier argument, celui auquel on n'échappe pas : aller dans l'espace est pour l'espèce humaine une sorte de destin, liée à sa nature même. L'Homme est un explorateur né. Il résume : « l'exploration n'est pas une solution à un problème ». En d'autres termes, la présence humaine dans l'espace ne se justifie pas seulement par des missions qu'un robot ne peut pas remplir. Pour clore l'exposé sur ce point, Jean-Loup Chrétien a affirmé que « si les gouvernements ne le font plus, c'est le privé qui s'en chargera comme cela s'est déjà passé pour l'aéronautique ».

Pour Jean-Pierre Haigneré, l'enjeu est d'engager dès à présent des programmes suffisamment ambitieux pour entretenir les compétences de l'Europe en matière spatiale. © Futura-Sciences

Quels projets pour les ingénieurs de demain ?

Les avancées techniques que l'on peut attendre de l'envoi d'hommes dans l'espace constituent une pièce classique à verser au dossier. Claudie Haigneré, qui fut ministre de la recherche, a développé l'argument devant celle qui occupe ce poste aujourd'hui : « la présence humaine oblige les ingénieurs à aller jusqu'au bout de l'excellence ». Son mari, Jean-Pierre Haigneré, pose le problème en termes plus crus, rappelant que les projets du cargo ATV et du laboratoire Columbus, lancés récemment, ont commencé il y a vingt ans. Sur quoi, demande l'astronaute, vont travailler nos ingénieurs demain ? La question n'est pas anecdotique. Alors que d'autres pays s'impliquent dans cette aventure, les spécialistes qui auraient pu travailler en Europe seront tentés par l'exil. « Cette perte de compétences est risquée car nous pourrions également ne plus être en mesure de répondre aux défis globaux » affirme-t-il.

Quelle qu'en soit la réponse, le débat est actuellement utile. L'Esa est en pleine phase de recrutement d'astronautes et, au mois de novembre, les 17 pays membres de l'agence européenne devront plancher, lors d'une conférence à La Haye, sur les projets spatiaux à venir et, notamment, sur l'envoi dans l'espace, pour l'instant sous-traités à la Nasa et aux Russes. Après l'arrêt des navettes spatiales, l'expédition d'hommes en orbite sera réservée à la Russie et à la Chine, en attendant l'Inde.