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Du kérosène à base d'eau de mer fait voler un avion !

Aux États-Unis, des chimistes font voler un modèle réduit d'avion alimenté par un carburant élaboré avec de l’eau de mer (et de l'énergie). D'apparence et d'odeur similaires à celles d’un kérosène conventionnel, il apparaît directement consommable par les moteurs d'avion et de navire.

Une réplique radiocommandée d'un P-51 Mustang, avion de chasse de la North American Aviation utilisé lors de la seconde guerre mondiale, a pris son envol, son réservoir empli de kérosène à base d'eau de mer. © Gregory Pickett, US Navy Une réplique radiocommandée d'un P-51 Mustang, avion de chasse de la North American Aviation utilisé lors de la seconde guerre mondiale, a pris son envol, son réservoir empli de kérosène à base d'eau de mer. © Gregory Pickett, US Navy

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Ce n'est pas la transformation de l'eau en vin, mais de l'eau de mer en kérosène qu'a réussie une équipe de scientifiques du Naval Research Laboratory (NRL) de Washington. Le procédé consiste en une électrolyse de l'eau de mer, contenant naturellement du dioxyde de carbone (CO2) dissous et des molécules d'eau (H2O), pour en récupérer du CO2 et du dihydrogène (H2), les ingrédients potentiels d'hydrocarbures que sont l'essence, le gazole et le kérosène. Selon la réaction de Fischer-Tropsch, les molécules interagissent ensuite pour donner un produit analogue au précieux distillat utilisé en navigation aérienne et maritime.

« Pour la première fois, nous avons mis au point une technologie pour capturer de façon simultanée le CO2 et le dihydrogène contenus dans l'eau de mer et à en faire un carburant liquide », se réjouit Heather Willauer, chercheuse au NRL, auprès de l'AFP. « C'est une percée importante. »

La transformation d'eau de mer en kérosène pourrait coûter à terme six dollars par gallon, soit environ un euro par litre.
La transformation d'eau de mer en kérosène pourrait coûter à terme six dollars par gallon, soit environ un euro par litre. © Jessica Tozer

Une technologie pour un carburant moins polluant

Laurent Forti, ingénieur à la direction scientifique de l’Institut français du pétrole et des énergies renouvelables (IFP Énergies nouvelles), temporise dans un article de La Croix. « Comme il y a beaucoup moins de carbone que de dihydrogène dans l’eau de mer, cela doit poser des problèmes techniques pour que la réaction chimique s’effectue dans les meilleures conditions et ait un bon rendement. » Si l'on sait faire de même en France et en Allemagne, « l’originalité tient dans l’assemblage de plusieurs briques technologiques », reconnaît-il.

Après neuf années de travail, Heather Willauer et ses collègues veulent améliorer le rendement en augmentant les quantités de dihydrogène et de CO2 capturés (elle avoisine actuellement 60 % pour le CO2). Le procédé de fabrication doit être amélioré sur d'autres aspects, notamment viser une nette réduction de la quantité d'énergie requise. Ce kérosène à eau n'est donc pas une source d'énergie primaire, il faut le fabriquer...

S'il s'industrialise, il pourrait devenir dans l'armée et dans le civil une intéressante alternative au pétrole traditionnel, pour des raisons économiques et politiques, garantissant au pays producteur, comme les États-Unis, une autonomie d'énergie à coût fixe et à partir d'une ressource renouvelable.

En ce qui concerne les bénéfices environnementaux pour la fabrication, le procédé peut se passer d'additifs chimiques et autres polluants potentiels, indiquent les auteurs de l'expérience. Des approvisionnements à partir de bases terrestres verront le jour avant que les navires états-uniens puissent produire leur propre carburant à bord, d'ici dix ans.


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