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Les biocarburants pour avions viendront-ils de l’aquaculture ?

Depuis plusieurs années, constructeurs d'avions et compagnies aériennes étudient la possibilité de produire des carburants à partir de la biomasse. Le tarissement des ressources fossiles et l'augmentation des prix poussent dans cette voie. Mais la compétition avec les cultures vivrières et l'occupation des sols constituent de gros inconvénients. L'aquaculture est-elle une solution ? Dans les Émirats arabes unis, on veut produire dans le désert du biocarburant à partir de la salicorne, avec l'aide de quelques crevettes...

Un champ de salicorne, une plante halophile, dans une expérimentation en Erythrée. Cette expérience a toutefois dû être arrêtée du fait des troubles dans ce pays. © The Seawater Foundation

Un champ de salicorne, une plante halophile, dans une expérimentation en Erythrée. Cette expérience a toutefois dû être arrêtée du fait des troubles dans ce pays. © The Seawater Foundation

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Tout comme l’automobile, l’aviation est confrontée au double problème des réserves de pétrole et de l’émission de dioxyde de carbone. Cependant, certaines alternatives qui se mettent en place pour le secteur automobile ne sont pas transposables, pour des questions de quantité d'énergie par rapport à la masse.

Pour l'aviation, les biocarburants en revanche, comme le biogaz, seraient une solution, comme en témoignent les expériences réalisées. Des avions ont déjà volé avec des carburants issus de la biomasse et on songe à différentes sources, notamment une plante terrestre, le jatropha, ou encore les microalgues (le phytoplancton). Mais la production de ces biocarburants se heurte à trois problèmes du point de vue du développement durable :

  • elle entre en compétition avec la production alimentaire pour les ressources en eau douce et en terres arables ;
  • elle peut, comme toute agriculture intensive, être source de pollutions ;
  • son bilan carbone peut être élevé à cause de l’utilisation d’énergie pour la production d’engrais ou le travail du sol.

L’aquaculture intégrée pourrait pourtant produire du biocarburant pour avion en résolvant une partie de ces problèmes. Le Masdar Institute, avec l’appui de l’Arabie Saoudite, de Boeing, d’Etihad Airways (compagnie aérienne émiratie) et d’UOP Honeywell, va développer à Abou Dhabi une ferme aquacole qui utilisera de l’eau de mer pour cultiver de la salicorne.

Selon John Perkins, Doyen du Masdar Institute, « ce projet démontrera pour la première fois la viabilité économique de l’utilisation de l’aquaculture intégrée pour fournir du biocarburant pour l’aviation, ce qui est conforme avec les objectifs d’Abou Dhabi d’atteindre 7 % d’énergie renouvelable d’ici 2020 ».

La salicorne (Salicornia sp.) est une plante halophyte, c'est-à-dire qu’elle se développe en milieu salin. Ses graines riches en huile peuvent être transformées, grâce à la technologie d’UOP Honeywell, en biocarburant.

Un plant de salicorne, les pieds dans l’eau salée. © M. Buschmann CC by-sa
Un plant de salicorne, les pieds dans l’eau salée. © M. Buschmann CC by-sa

Un désert, de l’eau de mer, des crevettes et des avions…

Le projet porte sur une ferme aquacole de démonstration de 2 kilomètres carrés. Située dans le désert, donc en dehors des terres arables, elle sera alimentée en eau de mer par un canal. Cette eau se déversera d’abord dans des bassins aquacoles d’élevage de poissons ou de crevettes. À la sortie de ces bassins, l’eau est chargée en matières organiques (excréments) et pose, en général, un problème de pollution.

Dans cette ferme, cette eau enrichie fertilise des champs de salicorne. En aval de ces champs, l’eau encore faiblement chargée en matières organiques et plus salée, mêlée d’eau du canal, alimente une mangrove qui termine de la dépolluer, capte le CO2 et produit, avec ses feuilles, une partie de l’alimentation des élevages aquacoles.

Les champs de salicorne sont exploités comme des champs de riz. Toutefois, la forte quantité de sel de cette plante pose un problème pour la mécanisation de son exploitation. Les graines sont pressées et converties en biocarburant pour avion et biocarburant conventionnel dont une partie peut alimenter une centrale électrique. Le rendement de cette aquaculture intégrée est équivalent à celui de la culture du soja mais ne représente qu’un huitième de celle du palmier à huile.

Cette intégration des productions (c'est cela l'aquaculture intégrée) fournit donc de la nourriture (poissons, crevettes) et du biocarburant, sans eau douce ni terre arable et avec peu d’intrants (fertilisants, nourriture) et d’extrants (pollutions). De ce fait, le bilan carbone de ce biocarburant, qui doit encore être évalué par le Masdar Institute, ainsi que son empreinte environnementale, sont améliorés.

« Le paradigme de l’approvisionnement énergétique change. Pour satisfaire la demande mondiale d’énergie croissante, nous devons identifier des solutions régionales de production de biocarburant qui ne sont pas seulement durables, mais qui peuvent aussi régénérer les écosystèmes qui les produisent » affirme Jennifer Holmgren, vice-présidente de Renewable Energy & Chemicals chez UOP Honeywell.

Dans la lignée de Masdar City, la cité zéro émission d’Abou Dhabi dont dépend le Masdar Institute, ce projet montre les investissements des puissances pétrolières et de l’aviation dans l’après-pétrole. Associé à d’autres projets comme les oasis artificielles et la désalinisation solaire, cette ferme aquacole pourrait être un outil de développement local (production d’eau douce, de nourriture, d’énergie), de lutte contre la désertification et de restauration des écosystèmes (mangrove, forêt).


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