Tech

Web sémantique : y aura-t-il une application phare ?

ActualitéClassé sous :Internet , web sémantique , Alex Iskold

En analysant plus subtilement les demandes des internautes, moteurs de recherches et autres logiciels de requêtes ouvrent des perspectives nouvelles. Mais les grandes évolutions sont à venir. Il faut surtout qu'apparaissent des outils vraiment pratiques. Et cela commence à être le cas...

Web sémantique : y aura-t-il une application phare ?

Quelle sera l'application phare du web sémantique ? C'est la question que se pose Alex Iskold dans Read/Write Web, alors que le web sémantique, dit-il, « approche de la maturité ». Cette maturité peut d'ailleurs se jauger à l'aune des premières applications publiques, comme les 10, « à surveiller » selon le Read/Write Web. Parmi elles figurent des applications sémantiques en versions bêta ou déjà disponibles, comme :

Reste que les utilisateurs ne seront pas sensibles à la technicité des langages RDF ou OWL, prévient Alex Iskold, mais bien à des applications concrètes qui sauront répondre à leurs besoins.

Dans la jungle des « applications qui tuent » (killer app), Alex Iskold écarte rapidement la compréhension du langage naturel, qui, tout en demeurant le Saint Graal du web sémantique, ne sera pas accessible demain. Il écarte également le fait que le web sémantique puisse demain permettre aux ordinateurs de résoudre des problèmes complexes, comme trouver un lieu de vacances qui vous corresponde, car comprendre ce type d'information nécessite un processus complexe (Où avez-vous déjà été ? Avec qui comptez-vous partir ? Qu'aimez-vous faire ? Quel est votre budget ?...), qui demande de multiples itérations et de la mémoire et pas seulement un profil couplé à des champs de données.

Selon Alex Iskold, les objectifs atteignables à court et moyen terme reposent sur les bases de données de connaissances sémantisées, à la Freebase ou à la Twine. Le premier construisant un Wikipédia sémantisé, le second permettant de construire ses propres bases de données sémantisées. Pour comprendre la différence, il suffit de comparer deux mêmes entrées. Ainsi, si on prend la fiche d'Amy Winehouse (Freebase, Wikipédia), Freebase sait qu'elle est une chanteuse de soul et de jazz et connaît d'autres chanteurs de soul et de jazz. Pour Wikipédia, la soul et le jazz ne sont que d'autres pages, dont seul un lecteur humain peut savoir qu'elles traitent de musique. Freebase peut potentiellement répondre à une question permettant de lister les chanteurs de joul ou de jazz là où Wikipédia ne le peut pas (sauf si le travail est fait à la main, comme c'est actuellement le cas).

Reste qu'il n'est pas sûr que les gens saisissent la différence ou que la différence soit suffisamment perceptible pour que la bascule soit envisageable. Wikipédia risque de garder, pour longtemps, ses avantages sur Freebase. Pour Twine, qui est un outil de gestion personnelle de connaissance, il est possible qu'il ait le potentiel pour battre les sites de signets collaboratifs à la Deli.icio.us, mais là encore, reste à en trouver la forme.

Comprendre ce que veulent les gens

Parce que la compréhension du langage naturel n'est pas pour demain, il est difficile d'imaginer que la recherche, telle que promise par Hakia ou Powerset, soit l'application phare du web sémantique, argumente Iskold. Les premières comparaisons effectuées entre un moteur sémantique et un moteur traditionnel ne montrent pas de différences majeures dans les résultats. Bien qu'elles soient parfois impressionnantes, les différences ne permettent pas d'annoncer l'arrivée d'un nouveau paradigme pour les moteurs de recherche sémantiques.

Pour Alex Iskold, l'application la plus prometteuse du web sémantique risque bien d'être les shortcuts, c'est-à-dire des raccourcis qui activent des liens complexes. Ce premier pas vers l'information liquide qui permet simplement de transformer un mot en hypermots. Comme c'est le cas des solutions proposées par Hyperwords, ClearForest, SnapShots, Adaptive Blue (la société d'Alex Iskold), les Shortcuts de Yahoo! ou In-text search de Lingospot. Leur point commun est que ces technologies s'appuient sur la sémantique du contenu pour délivrer une information additionnelle. Pour Snap ou AdaptiveBlue, la sémantique est définie par l'URL, c'est-à-dire qu'avec ces outils, l'interface s'adapte à la nature du contenu d'un document lié. Pour Yahoo! ou Lingospot, la sémantique est définie par l'analyse textuelle : selon les mots employés, les liens sont transformés. Selon le contenu que vous liez ou dont vous parlez, l'applicatif s'adapte et affiche une couverture de livre pour un bouquin, un bouton play pour une musique...

On voit bien en tout cas que c'est dans ce genre de services qu'aujourd'hui les propositions sont les plus riches, argumente Iskold. Bien qu'elles soient formidables pour les utilisateurs, Alex Iskold n'en fait pas pour autant des « applications qui tuent », car elles ressemblent trop à de la publicité contextuelle pour des fonctionnalités et services. Yahoo! Shortcuts revient finalement à ajouter des applications et des contenus estampillés Yahoo!, ciblés à un contenu. AdaptiveBlue revient à faciliter la connexion entre un produit et les cybermarchands.

« Nous sommes toujours en train d'attendre l'application qui tue du web sémantique, quelque chose qui pourrait être suffisamment viral pour transformer le sémantique en objet marketing, conclut Alex Iskold. (...) Espérons que la prochaine génération de ces technologies, en conjonction avec la personnalisation, saura délivrer une alternative intéressante. »

Décidément, que ce soit dans le web sémantique ou ailleurs, on a toujours autant de mal à prédire la killer app.

Cela vous intéressera aussi