La surfusion, qui abaisse la température d'un foie de rat au-dessous de son point de congélation sans qu'il se solidifie, serait plus efficace et pratique que d'autres méthodes comme celle de maintien en vie de l'organe par son approvisionnement constant en sang et oxygène. © Wally Reeves, Korkut Uygun, Martin Yarmush, Harvard University

Santé

La surfusion, un espoir pour faciliter les greffes d'organes

ActualitéClassé sous :médecine , greffe de foie , transplantation d'organe

Une nouvelle technique basée sur la surfusion allonge considérablement la durée de conservation possible d'un foie de rat avant sa transplantation. Des résultats qui, s'ils s'appliquaient à l'espèce humaine, pourraient faciliter la logistique du don et de la greffe d'organes, et augmenter le nombre de receveurs.

Tripler la durée de préservation d'un foie de rat avant sa greffe est la performance réalisée par une équipe de la faculté de médecine de l'université Harvard, à Boston, aux États-Unis. Pour obtenir un tel résultat, publié dans le journal Nature Medicine, les chercheurs ont recouru à une technique de surfusion (supercooling en anglais) qui consiste à congeler l'organe sans le solidifier. Pour ce faire, le foie est imprégné de composés antigels non toxiques qui permettent de refroidir ses cellules à -6 °C sans qu'elles ne gèlent.

Ainsi, des foies de rat ont pu être conservés jusqu'à 4 jours au lieu de 24 heures habituellement. En outre, 100 % et 60 % des rats ont survécu trois mois après avoir reçu un foie prélevé respectivement 3 et 4 jours avant la greffe. En revanche, aucun foie n'était viable après trois jours de conservation par les méthodes traditionnelles.

Si elle est prometteuse, la technique de surfusion se révèle plus complexe que les pratiques courantes. En effet, elle ne fonctionnerait pas sans maintenir l'organe vivant, au moyen de fluides nutritifs. Ils sont prodigués au greffon par une machine sur une durée d'une heure avant sa surfusion, puis trois heures après son réchauffement. Pour autant, les auteurs de l'étude s'attendent à ce que les bénéfices de leur procédé dépassent largement sa complexité.

En France, près de 19.000 personnes étaient en attente d'une greffe en 2013. L'âge moyen du donneur était de 56 ans, celui du receveur, de 50,6 ans. Le premier prélèvement de foie sur un donneur décédé après arrêt cardiaque a eu lieu en 2010. En 2012, 85 personnes ont pu être greffées grâce à un donneur décédé après arrêt cardiaque. © Werner Vermaak, Wikimedia Commons, cc by sa 2.0

La surfusion est actuellement testée sur des foies humains

Chez l'Homme, le délai actuel entre le prélèvement de l'organe sur le donneur et son implantation sur le receveur n'excède généralement pas une douzaine d'heures. Allonger cette durée permettrait de transplanter des patients situés à des distances de leur donneur supérieures aux limites géographiques actuelles et de laisser plus de temps aux équipes médicales pour préparer le receveur à la greffe, estiment les chercheurs.

La méthode pourrait être adaptée à d'autres organes tels que les reins, le cœur et les poumons, moyennant « de légères modifications » annonce Bote Bruinsma, ingénieur médical à la faculté de médecine de l'université Harvard et co-auteur de l'article scientifique.

Avant qu'elle ne soit applicable à l'Homme, davantage de recherche est nécessaire. « La différence la plus importante est la taille du foie », explique Bote Bruinsma. Les foies humains pèsent en moyenne 2 kg et peuvent donc être plus difficiles à soumettre à la surfusion que le foie d'un rat d'environ 9 grammes. Pour adapter la technique, Bote Bruinsma et ses collègues testent actuellement la surfusion sur des foies humains rejetés à la transplantation et donnés à la science.

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