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La vue des serpents serait obstruée par un réseau de vaisseaux sanguins

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L'écaille transparente qui protège l'œil des serpents abriterait un réseau de vaisseaux sanguins. Le constat est tout à fait surprenant puisque les capillaires peuvent obstruer la vue de l'animal. Une étude révèle que les serpents seraient toutefois capables de réguler l'afflux sanguin s'ils se sentent menacés...

Les Coluber flagellum vivent dans le nord du Mexique et dans le sud des États-Unis. Ils sont inoffensifs et, comme tous les serpents, n’ont pas de paupières. L’espèce dispose de pupilles rondes, mais certaines ont les pupilles verticales (typiques des espèces nocturnes), ou plus rarement horizontales. © Kevin van Doorn

Le clin d'œil d'un serpent ne pourra jamais être observé car ce reptile ne dispose pas de paupière. La plupart des reptiles en ont trois, mais les serpents et les geckos ont décidé d'évoluer différemment. Les paupières permettent pourtant de protéger le globe oculaire des projections de poussières, de réduire l'afflux de lumière et de réhydrater la cornée. Chez les serpents, seule une écaille transparente protège leurs yeux. Si elle est translucide, elle est semble-t-il couverte de vaisseaux sanguins.

La vascularisation de cette écaille avait déjà été remarquée et commentée brièvement lors de précédents travaux, dont les plus récents dateraient des années 1970. Pourtant une telle observation est étrange, puisque les vaisseaux sanguins pourraient bien obstruer la vue des serpents. Le doctorant Kevin van Doorn commençait sa thèse (dont la problématique était l'étude de la capacité de focalisation des serpents) lorsqu'il a redécouvert ce véritable réseau sanguin caché dans l'écaille transparente. Il s'est alors interrogé de l'effet que pouvaient avoir ces vaisseaux sanguins sur la vue du serpent, l'empêchaient-ils réellement de voir correctement ?

Ne trouvant que peu de réponses dans la littérature, Kevin van Doorn a réalisé sa propre expérience, en étudiant les yeux du Coluber flagellum. Ce serpent est non-venimeux, on le rencontre couramment dans le sud des États-Unis ou dans le nord du Mexique. Afin de déterminer les effets de ces capillaires sanguins sur sa vision, Kevin van Doorn a placé un individu dans une petite boîte de verre Perspex, dans laquelle il semble se sentir suffisamment à l'aise pour courber l'échine et se laisser observer.

Le plus grand Coluber flagellum observé mesurait 259 cm, mais la taille des mâles varie généralement entre 163 et 235 cm. © Fjguyote, Wikipédia, cc by sa 3.0

Contraction des vaisseaux sanguins : une réponse nerveuse ?

Le biologiste a d'abord fixé une caméra à une lampe éclairant l'œil de l'animal puis s'est caché durant une demi-heure. Le dispositif vidéo a enregistré la dilatation et la contraction des capillaires, processus qui permettent ou empêchent l'afflux sanguin dans l'écaille protectrice de l'œil. Les résultats, publiés dans le Journal of Experimental Biology, révèlent que le temps de contraction dure en moyenne 115 secondes, puis les vaisseaux se dilatent et laissent l'afflux sanguin réoxygéner l'œil.

Une demi-heure plus tard, le doctorant a réapparu un peu brutalement, ce qui a provoqué chez le serpent une réaction. Le reptile a dû percevoir cette intrusion comme une menace. Durant les huit minutes suivantes, il a réduit le temps de dilation des vaisseaux, passant de 57 à 33,5 secondes. Lorsque Kevin van Doorn a quitté une seconde fois les lieux, le serpent est revenu à son rythme normal de contraction.

Les serpents n'utilisent que très peu la vue pour chasser leurs proies. Ils ont une mauvaise vue, et sont souvent incapables de détecter une proie lorsqu'elle est immobile. Ils ont de puissants détecteurs infrarouges, les fossettes sensorielles et repèrent donc plutôt la chaleur que leur proie dégage. Ainsi, on ne peut dire si le Coluber flagellum a volontairement réduit son afflux sanguin à l'arrivée du doctorant, ou s'il s'agit plutôt d'une réponse à l'activation de son système nerveux sympathique. Quoi qu'il en soit, il est certain que cette réaction permet au serpent de mieux voir, et donc peut-être de mieux discerner la menace que le doctorant représentait.

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