Un trou noir supermassif qui pourrait finalement être un trou de ver. Une formidable et fulgurante période d’activité. Les révélations concernant le centre de la Voie lactée ne cessent de tomber. Et aujourd’hui, des chercheurs nous en offrent une image étonnante, faisant apparaître une structure en forme de gigantesque sucre d’orge.


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    Une structure de 190 années-lumière, constituée de longs et minces filaments de gaz ionisés. Comme un gigantesque sucresucre d'orgeorge cosmique. C'est ce que montre une incroyable image du centre de la Voie lactée. Une image prise par le Goddard-IRAM Superconducting 2-Millimeter Observer, Gismo, pour les intimes, un instrument conçu par la Nasa (États-Unis) et installé sur le radiotélescope de 30 mètres de Pico Veleta (Espagne).

    Gismo fait le lien entre différents types d'émissions

    « Gismo nous permet d'explorer la galaxie dans la zone de transition entre l'infrarouge et les longueurs d’onde radio plus élevées », explique Johannes Staguhn, astronomeastronome à l'université Johns Hopkins (États-Unis). « Chaque portion du spectrespectre est dominée par différents types d'émissionsémissions. Gismo nous dévoile le lien qui existe entre elles. »

    Aujourd'hui, Gismo révèle donc cette structure en forme de sucre d'orge, connue des astronomes sous le nom d'arc radio, au cœur de la zone moléculaire centrale de la Voie lactéeVoie lactée sous un jour nouveau - sous la plus courte longueur d'ondelongueur d'onde à laquelle elle a été observée. Selon les chercheurs, ces filaments délimitent une large bulle produite par un évènement énergétique au centre de notre Galaxie, à quelque 27.000 années-lumière de notre Terre.

    Les arcs rouges ailleurs dans l’image révèlent la présence d’autres filaments de gaz ionisés. © <em>Nasa's Goddard Space Flight Center</em>
    Les arcs rouges ailleurs dans l’image révèlent la présence d’autres filaments de gaz ionisés. © Nasa's Goddard Space Flight Center

    Une image composite riche en enseignements

    « Nous avons été véritablement surpris de détecter l'arc radio dans les données de Gismo », raconte Richard Arendt, chercheur à l'université du Maryland (États-Unis). « Son émission provient d'électronsélectrons à grande vitessevitesse qui évoluent en spirale dans un champ magnétiquechamp magnétique, un processus appelé émission synchrotron. Une autre caractéristique que Gismo montre, appelée la faucille - « the sickle » sur la photo -, est associée à la formation d'étoilesétoiles et peut être la source de ces électrons à grande vitesse. »

    Pour construire cette image, les astronomes ont d'abord utilisé des données de Gismo, présentées en vert. Des données acquises entre avril et novembre 2012. Ils ont aussi compté sur des observations d'archive du satellite Herschel pour modéliser la lueur de la poussière froide dans l'infrarouge lointain avant de les soustraire aux données de Gismo. Ils ont ensuite ajouté, en bleu, des observations infrarouges (850 micromètresmicromètres) du télescopetélescope James Clerk Maxwell (Hawaï). Et enfin, en rouge, des images radio (19,5 cm) d'archive du National Science Foundation's Karl G. Jansky Very Large Array (États-Unis).

    En bleu sur l'image, se dévoile ainsi la poussière froide des nuagesnuages moléculaires où la formation d'étoiles en est encore à ses balbutiements. Les traits jaunes qui constituent le manche du sucre d'orge - nommés « arches » sur l'image - et le nuage moléculaire Sagittarius B1 trahissent la présence de gaz ionisés et d'usines à étoiles bien développées. Les parties rouges ou orange correspondent à des régions où se produisent les émissions synchrotron, dans l'arc radio, mais aussi notamment du côté de Sagittarius A, la zone qui héberge le trou noir supermassif au centre de la Voie lactée.