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Des saules au secours des barrages hydroélectriques

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Les coupes de bois et le pâturage des troupeaux au XIXème siècle sont à l'origine de l'érosion des sols dans certaines zones montagneuses.

Paysage de bassin versant érodé dans la région de Digne © Photo Freddy Rey - Cemagref

C'est le cas sur le bassin versant de la Durance dans les Alpes du Sud. Lors d'orages violents, l'eau ruisselle alors sur les pentes et forme des ravines. Comme rien ne retient plus le sol sur les pentes et au fond des ravines, l'eau se charge en sédiments qu'elle charrie vers les cours d'eau. Ceux-ci deviennent alors trop chargés en matière solide. Toute cette matière s'accumule lorsque l'écoulement ralentit. C'est en particulier le cas au niveau des retenues des barrages hydroélectriques, où les gestionnaires sont confrontés à l'envasement des retenues d'eau, ainsi qu'au niveau de l'Étang de Berre qui accumule tous les ans près de 100.000 tonnes de sédiments. )

Un «barrage végétal» après installation des boutures... © Photo Freddy Rey - Cemagref

Pour lutter contre ce phénomène, les chercheurs du Cemagref à Grenoble ont cherché à utiliser au mieux l'effet de la végétation pour piéger et retenir ces sédiments à l'amont des cours d'eau. Des études ont donc été menées sur des placettes de 500 m² et sur des ravines de moins de 1 hectare pour connaître l'efficacité des barrières végétales naturelles. Elles ont mis en évidence que si 20% de la zone érodée était recouverte de végétaux et si ces végétaux sont situés à l'aval de cette zone, les sédiments étaient efficacement piégés. Les scientifiques ont alors cherché à imiter ces processus naturels. Ils ont mis au point des ouvrages végétaux pouvant jouer cet « effet barrière ». C'est le saule qui a recueilli les faveurs des chercheurs. Plusieurs raisons à cela : la possibilité de le bouturer, sa reprise rapide et un développement racinaire important. Des placettes, un peu comme des marches d'escaliers très espacées, sont mises en place au fond des ravines. Elles reçoivent ensuite les boutures de saules. Une fois ce processus expérimental mis en place sur quelques ravines, les chercheurs ont voulu connaître leur efficacité.

Le«barrage végétal» après installation des boutures... et reprise de la végétation © Photo Freddy Rey - Cemagref

Résultat : les barrages végétaux artificiels sont aussi efficaces que les barrières végétales naturelles. Sans compter que d'autres espèces profitent du support ainsi créé pour coloniser le milieu, comme la bauche, une plante herbacée ou encore une espèce buissonnante, la bugrane, augmentant ainsi encore l'efficacité de la barrière végétale.

L'étape suivante a donc été d'étendre ces techniques à l'échelle de grands bassins versants pour permettre la rétention durable des sédiments et réduire ainsi la charge solide dans les cours d'eau. Pour ne pas alourdir les coûts d'un telle opération, les chercheurs n'ont pas agi de façon systématique en végétalisant toutes les ravines. Ils ont commencé par identifier les bassins versants prioritaires en fonction des enjeux socio-économiques. Ensuite, pour chaque bassin, ils ont déterminé sur quelles ravines porter leurs efforts en fonction de l'érodabilité des terrains et de la présence de végétation naturelle. Ils ont ainsi pu définir des zones d'intervention optimales.

Ces chantiers de revégétalisation à l'échelle du bassin versant de la Durance devraient permettre d'éviter durablement l'envasement des barrages hydroélectriques et de l'Étang de Berre, sans compter leur impact sur l'écologie et le paysage. A charge pour les scientifiques de résoudre encore certains problèmes comme la mauvaise reprise des saules sur certaines placettes.

Les derniers été secs et caniculaires n'ont en effet pas facilité leur tâche et les chercheurs tentent de perfectionner les ouvrages, en particulier pour fournir aux saules un approvisionnement en eau suffisant tout au long de l'année, pour permettre une colonisation durable du milieu par ces végétaux.