Santé

Vers des antidépresseurs efficaces en à peine deux heures

ActualitéClassé sous :médecine , dépression , Antidépresseur

Par Janlou Chaput, Futura

Alors que les traitements classiques de la dépression manifestent leur efficacité au bout de quelques semaines, de nouvelles molécules, nommées AZD6765 et GLYX-13, pourraient bientôt envahir le marché car elles obtiennent les mêmes effets en deux heures à peine...

La principale voie d'action des antidépresseurs est celle de la sérotonine, qu'on qualifie souvent d'hormone de l'humeur. Ils ne sont pas les seuls : d'autres agissent sur les enzymes appelées monoamines oxydases, quand la nouvelle génération, constituée de molécules comme AZD6567 et GLYX-13, interfère avec la voie glutaminergique. © Dnf-style, StockFreeImages.com

Est-ce la fin annoncée des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) ? Le Prozac et ses cousins, bien qu'ayant fait leurs preuves, sont longs à agir : quelques semaines, voire quelques mois chez certains patients dépressifs. Des délais trop importants pour certains qui, dans leur désespoir, choisissent le suicide.

Il existe bien une molécule capable de traiter la dépression très rapidement : la kétamine. Si les symptômes diminuent de manière significative pour 52 % des patients en 1 h 30 mn à peine, les effets secondaires associés, notamment des hallucinations en plus de vertiges et de nausées, la rendent peu pratique à utiliser.

Mais les chercheurs travaillent toujours pour développer de nouveaux médicaments qui exploiteraient la même voie, celle des récepteurs NMDA, tout en limitant les effets secondaires. Deux études américaines totalement indépendantes montrent des premiers résultats tout à fait rassurants.

AZD6765 : moins d’effets secondaires que la kétamine

Dans une première étude parue dans Biological Psychiatry, les scientifiques des National Institutes of Health (États-Unis) ont étudié l'effet d'une molécule, nommée AZD6765, sur la dépression. Comme la kétamine, elle inhibe la voie du glutamate, l'un des principaux neurotransmetteurs du cerveau, en prenant sa place au niveau des récepteurs NMDA.

Cependant, l'affinité du nouvel antidépresseur est un peu moins forte que son modèle. Cela se répercute sur les résultats. Cet essai clinique a été mené sur 22 patients dépressifs qui avaient testé en moyenne sept autres thérapies, toutes inefficaces. Chez 32 % d'entre eux, les symptômes ont reculé de 50 %, et ce 1 h 20 mn après l'injection par intraveineuse, contre 15 % pour le placébo. Malheureusement, cet effet bénéfique ne dure pas : de 30 minutes à 2 jours selon les individus.

La dépression ne peut se traiter avec un ou deux médicaments, car certains patients sont insensibles à certaines thérapies mais pas à d'autres. Il est donc important de varier la gamme de produits disponibles pour que chacun puisse enfin y trouver une solution adaptée. © Ragesoss, Flickr, cc by sa 2.0

Dans le même contexte, la kétamine a des effets positifs auprès de 52 % des personnes, sur une durée de 7 jours. On note aussi une amélioration au niveau des effets secondaires : malgré quelques vertiges, nausées ou maux de tête, ceux-ci sont bien plus supportables dans le cas d'AZD6765. Les auteurs vont maintenant tenter de voir s'ils ne peuvent pas augmenter la durée d'action de l'antidépresseur pour en faire un candidat crédible pour débarquer sur le marché.

GLYX-13, un antidépresseur avec un temps d’avance sur ses rivaux

En revanche, la concurrence risque d'être rude. Car du côté de la Northwestern University d'Evanston (Illinois, États-Unis), les conclusions sont également intéressantes. Là encore, il s'agit de cibler les récepteurs NMDA, cette fois avec une molécule appelée GLYX-13.

Dans cette étude publiée dans Neuropsychopharmacology, le médicament a été testé auprès de 116 personnes dépressives qui avaient testé d'autres traitements sans succès. Deux heures après l'administration par intraveineuse, les effets bénéfiques de GLYX-13 se faisaient déjà sentir sur les patients, dans des proportions significativement plus importantes qu'avec le placébo. Un jour après, ils étaient toujours évidents et s'estompaient en moyenne aux alentours de 7 jours. Les effets secondaires sont restés faibles à modérés, et surtout comparables à ce qui a pu être observé avec le placébo.

Multiplier les pistes contre la dépression

Le mécanisme d'action reste encore méconnu. Dans un article consacré à GLYX-13 dans la revue New Scientist, Gerard Sanacora, de l'école de médecine de Yale, y va de son hypothèse. La dépression aurait tendance à diminuer l'activité du cortex cérébral. Pour lui, le médicament serait en mesure d'inverser le processus, annihilant les effets neurobiologiques de la maladie.

Les essais cliniques et les investigations se poursuivent des deux côtés afin d'obtenir les résultats suffisants pour autoriser ces deux molécules à circuler sur le marché. Face à la dépression, il est important de proposer différentes solutions car il n'y aucun traitement efficace chez tous les patients.