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Les chauves-souris, réservoirs jusque-là méconnus de la grippe A

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Le virus de la grippe A a été détecté chez trois chauves-souris d'Amérique centrale. Si l'on sait que ces mammifères volants sont le réservoir de nombreux virus, on ignorait qu'ils pouvaient également véhiculer la grippe. Cependant, la souche virale, ancestrale, n'est pas transmissible à l'Homme et les risques de contamination semblent, au moins pour l'instant, écartés.

Les chauves-souris appartiennent à l'ordre des chiroptères. Ces animaux sont remarquables à plus d'un titre. Seuls mammifères volants, ils sont aussi, à l'instar des cétacés, capables d'écholocation. © David J. Thomas, Flickr, cc by nc 2.0

La découverte n'était pas vraiment prévue. Des chercheurs viennent de détecter la présence d'une souche de virus de la grippe A, jusqu'alors inconnue, chez trois chauves-souris. Si on savait que ce type de virus pouvait infecter différentes espèces animales (oiseaux, cochon, cheval, phoque, baleine... et l'Homme bien sûr), on n'avait jamais retrouvé la trace de grippe chez ces mammifères volants.

Et ce n'était pas l'objectif de la recherche publiée dans les Pnas. Des scientifiques des Centres de prévention et de contrôle des maladies (CDC), aux États-Unis, ont effectué en 2009 et 2010 des prélèvements sur 316 chauves-souris, appartenant à 21 espèces, vivant dans huit lieux différents du Guatemala afin d'étudier le virus de la rage. Une fois leur mission menée au bout, ils ont décidé de profiter des échantillons à disposition pour vérifier la présence d'autres virus.  

Ils sont alors tombés sur une nouvelle souche virale de grippe A, chez trois individus de l'espèce Sturnira lilium, la chauve-souris à épaules jaunes commune, qui vivaient dans deux régions distinctes. Ce virus - classé dans le groupe des H17 - comporte une molécule de neuraminidase (enzyme présente à la surface des virus de la grippe, le N qui permet de nommer les grippes) plus ancienne que celles retrouvées dans les autres grippes A et B, qui infectent les animaux.

Le virus de la grippe appartient à la famille des orthomyxoviridés. Ils causent la grippe A chez l'Homme, un certain nombre de mammifères (dont les chauves-souris) et les oiseaux. La grippe B se retrouve dans l'espèce humaine et chez le phoque. Enfin, l'Homme peut également attraper la grippe C, tout comme le porc. © Sanofi Pasteur, Flickr, cc by nc nd 2.0

Une grippe pas (encore) dangereuse pour l’Homme

Sous cette forme, le virus n'est absolument pas dangereux pour l'Homme (rien ne dit d'ailleurs qu'il l'est pour les chauves-souris dont on ignore si elles ont présenté les symptômes de la maladie). Cependant, ce virus serait potentiellement capable de se mélanger avec une souche virale pathogène chez l'Homme, et la combinaison des deux pourrait découler sur une nouvelle forme capable d'infecter l'Homme. Pour cela, il faudrait que les deux types de virus soient présents en même temps dans un même animal et se recombinent. Les scientifiques ignorent encore si cette hypothèse est envisageable dans le milieu naturel.

Les chauves-souris sont connues pour jouer le rôle de réservoir de certains virus terribles pour l'espèce humaine. On leur doit la fièvre hémorragique Ébola, ou sa cousine, moins mortelle, due au virus de Marburg. Parmi d'autres.

Cela s'explique assez facilement. Les chiroptères représentent le deuxième groupe de mammifères le plus important, comprenant 1.200 espèces, derrière les rongeurs. Sociaux, migrateurs et habitant sous la plupart des latitudes, les chiroptères constituent un très bon vecteur pour colporter diverses maladies.

Les chercheurs souhaitent désormais créer l'inventaire des virus identifiés dans les différentes espèces de chauve-souris à travers le monde pour déterminer plus précisément le potentiel de transmission de maladies aux autres mammifères, dont l'Homme.