Le cannabis, ou marijuana, provient de la plante Cannabis sativa. Certains usages thérapeutiques sont avérés, d'autres à l’étude. © tainar, Fotolia

Santé

Cannabis : 10 usages thérapeutiques avérés ou à l'étude

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En France, un médicament à base de cannabis est autorisé (le Marinol, ou dronabinol). Il est prescrit contre des troubles de l'appétit et pour limiter les effets secondaires des chimiothérapies. Zoom sur les vertus médicales du cannabis, alors que sa légalisation fait toujours débat dans plusieurs pays.

  • Le cannabis contient différentes molécules psychoactives comme le THC, le cannabidiol, le cannabinol...
  • Le cannabis thérapeutique ou médical est autorisé dans de plus en plus de pays.
  • Les propriétés antidouleur du cannabis ont été démontrées, ainsi que sa capacité à stimuler l'appétit ou à réduire les effets secondaires liés aux chimiothérapies.

Interview : le cannabis, une substance anticancérigène ?  En France, la question du cannabis reste sensible puisque, selon les estimations, plus de 4 millions de personnes âgées de 12 à 75 ans en auraient déjà consommé. Ce stupéfiant fait l’objet de nombreuses études aux conclusions contradictoires. Futura est parti à la rencontre de Paul Hofman, directeur du laboratoire de pathologie de Nice et chercheur pionnier dans la détection du cancer du poumon, pour en savoir plus sur cette substance. 

De nombreuses études se sont penchées sur l'efficacité du cannabis thérapeutique et de ses composés, dont le THC. Voici 10 bénéfices du cannabis souvent évoqués dans la littérature scientifique ; notons que tous n'ont pas été formellement démontrés chez l'Homme.

1. Le cannabis préviendrait les crises d’épilepsie

Une étude de 2003 sur des rats a montré que le cannabis pouvait prévenir les crises d'épilepsie. Des composés du cannabis seraient anti-convulsifs.

2. Le cannabis stimule l’appétit

En France, le dronabinol est un médicament autorisé pour lutter contre les anorexies liées au Sida. Le dronabinol contient du delta-9-tétrahydrocannabinol (THC), un psychotrope du cannabis. La molécule se fixe sur un récepteur cannabinoïde, ce qui augmente l'appétit.

3. Du cannabis contre les effets secondaires des chimiothérapies

Le même médicament (le dronabinol) est prescrit en France pour limiter des effets secondaires des traitements anticancers, à savoir les nausées et vomissements liés aux chimiothérapies. Le THC diminue les vomissements en se liant aux récepteurs cannabinoïdes de type CB1.

Le cannabinol (CBN) est une molécule psychoactive présente dans le cannabis, tout comme le THC ou le cannabidiol (CBD). © lyricsai, Fotolia

4. Le cannabis serait utile contre la dépression

D'après une étude de 2015 de l'université de Buffalo, des composés présents dans le cannabis pourraient aider à stabiliser l'humeur et lutter contre la dépression. Mais des travaux sont nécessaires pour confirmer ces résultats chez l'Homme.

5. Du cannabis pour lutter contre les douleurs chroniques

En janvier 2017, l'académie nationale de sciences, d'ingénierie et de médecine des États-Unis a publié un rapport sur les utilisations thérapeutiques du cannabis. Pour les auteurs, il existe des preuves substantielles de l'efficacité du cannabis médical pour traiter les douleurs chroniques de l'adulte.

6. Du cannabis contre les tremblements de la maladie de Parkinson

Une recherche israélienne a montré que le cannabis réduit la douleur et les tremblements de patients souffrant de la maladie de Parkinson. Ruth Djaldetti, de l'université de Tel Aviv, a expliqué dans Medpage Today : « Je recommanderais l'utilisation de la marijuana à mes patients en dernier recours, si rien d'autre ne fonctionnait pour eux ou s'ils avaient de la douleur ».

7. Le cannabis limiterait la progression de la maladie d’Alzheimer

Une étude de l'institut de recherche Scripps a suggéré que le cannabis réduisait la progression de la maladie d'Alzheimer. En effet, le THC, présent dans le cannabis, limiterait la formation des plaques amyloïdes dans le cerveau en inhibant une enzyme responsable de leur formation. Ces plaques amyloïdes sont liées aux symptômes des patients et à la destruction de neurones.

L’Allemagne a légalisé le cannabis médical en janvier 2017. © gabe9000c, Fotolia

8. Le cannabis, efficace contre les douleurs de la sclérose en plaques ?

Le cannabis soulagerait les douleurs liées à la sclérose en plaques (SEP). Une recherche parue en 2012 a étudié 30 patients qui souffraient de contractions musculaires douloureuses liées à la SEP. Alors que ces personnes ne répondaient pas à d'autres traitements, leur douleur a été soulagée avec du cannabis. Le cannabis réduirait la spasticité musculaire dans la SEP.

9. Le cannabis serait utile contre le glaucome

Le cannabis permettrait de réduire la pression intraoculaire dans les cas de glaucome. Dans un petit essai clinique, deux heures après l'administration de composés du cannabis par voie buccale, la pression intraoculaire avait baissé.

10. Le cannabis aurait des propriétés anticancers

Le cannabidiol (CBD) limiterait la progression du cancer en inhibant l'expression du gène Id-1 dans des cellules du cancer du sein. Après un traitement au cannabidiol, ces cellules cancéreuses semblaient moins agressives (recherche parue en 2007).

Pour en savoir plus

Du cannabis thérapeutique à New York

Article de l'AFP - New York paru le 8 janvier 2016

Depuis hier, jeudi 7 janvier 2016, des patients peuvent se procurer du cannabis à usage médical dans l'État de New York. Un centre de production a même été implanté dans le quartier du Queens.

Vu de l'extérieur, ce n'est qu'un entrepôt aux murs fatigués, dont les entrées ont été obstruées à l'aide de parpaings de béton et les fenêtres par des panneaux en bois. Pas d'agent de sécurité ni de policier en vue. Au milieu d'autres entrepôts, sous une autoroute aérienne, ce bâtiment situé dans le quartier du Queens, à New York, abrite pourtant 23.000 mètres carrés dédiés à la culture du cannabis. Il est loué par Bloomfield Industries, l'une des cinq sociétés autorisées à cultiver la marijuana à des fins thérapeutiques dans l'État de New York, et la seule implantée dans « Big Apple ». Les autres ont établi leurs sites de production dans des lieux moins onéreux et surtout moins exposés, dans le nord de l'État.

Des cultures légales existent déjà à Denver (Colorado, centre) ou San Francisco (Californie, ouest), mais il s'agit d'une première aux États-Unis pour une ville de plus d'un million d'habitants. « Nous estimions que nous pourrions constituer la meilleure équipe d'horticulteurs, de scientifiques, de pharmaciens, si nous installions notre site à New York », explique un porte-parole de Bloomfield, qui loue cet espace jusqu'ici vacant et y emploie une centaine de personnes.

Bien que le Parlement de New York ait adopté le texte il y a 18 mois, Bloomfield et les quatre autres sociétés choisies n'ont été officiellement désignées que fin juillet. Elles ont depuis mis les bouchées doubles pour être en mesure de proposer leurs produits à la vente dans les temps.

Jeudi, les 20 dispensaires prévus dans l'État ne seront pas tous ouverts. Le démarrage devrait de toute façon être progressif car les patients ne peuvent s'inscrire que depuis le 23 décembre. Seules sont éligibles les personnes atteintes de maladies graves, notamment le cancer, Parkinson, la sclérose en plaques et certaines formes d'épilepsie. Elles ne pourront pas acheter du cannabis à fumer mais uniquement des produits transformés, essentiellement des pilules, des huiles ou des gouttes.

Ce bâtiment, dans le quartier du Queens, est loué par Bloomfield Industries, une des cinq sociétés autorisées à cultiver la marijuana à des fins thérapeutiques dans l'État de New York. © Kena Betancur, AFP photo

Un traitement à la charge du patient

Selon Nicholas Vita, directeur général de Columbia Care, une autre société retenue, entre 0,5 % et 1,5 % de la population de l'État de New York pourrait être éligible, soit entre 100.000 et 300.000 personnes. Le docteur Stephen Dahmer, responsable médical de Vireo Health (autre laboratoire autorisé) pour l'État de New York, incite à la prudence quant aux prévisions. Il cite l'exemple du Minnesota, où Vireo est présent et où la consommation a été moindre qu'anticipé.

Aucune des trois sociétés contactées par l'AFP n'a communiqué ses tarifs mais il devrait en coûter au moins 200 dollars (184 euros au cours actuel) par mois et par malade, selon une source proche du dossier. La somme sera à la charge intégrale du patient car aucun assureur de santé américain ne prend en charge ce traitement. Nicholas Vita assure que des remises seront accordées à des patients qui ne disposeraient pas des ressources suffisantes pour acquérir ces produits.

Vingt ans après la légalisation du cannabis à usage thérapeutique par la Californie, 23 États et la capitale fédérale Washington ont franchi le pas. « Les choses bougent dans la bonne direction », estime Stephen Dahmer, tout en observant : « Il y a toujours beaucoup de tabous autour du cannabis ».

Le cannabis et ses produits dérivés ne sont pas soumis au contrôle de l'Agence américaine des médicaments et de l'alimentation (FDA) et les études scientifiques concluantes manquent. « Beaucoup [d'études, NDLR] concernaient jusqu'ici les addictions ou les conséquences négatives [de la consommation, NDLR], mais nous commençons à voir davantage d'études sur les effets positifs », se félicite Stephen Dahmer. Selon un sondage réalisé en mai par l'institut Harris, 81 % des Américains se disent favorables à la légalisation de la marijuana à usage médical.