Santé

En chiffres : les effets thérapeutiques et délétères du cannabis

ActualitéClassé sous :médecine , Santé , hygiène de vie

-

Originaire d'Asie, le cannabis est depuis toujours dans les mains de l'Homme. Il ne cesse d'étonner par son large panel d'utilisation, que ce soit dans l'habitat, la marine ou le monde de la mode. Sa dépénalisation fait toujours l'objet de controverses au regard des effets psychotropes du végétal qui, selon le type de consommation et les derniers résultats scientifiques, s'avèrent bons ou mauvais pour la santé. La relation tissée entre la plante et le genre humain n'est pas près de s'achever.

Le cannabis est cultivé de longue date pour ses propriétés thérapeutiques, antalgiques notamment. Ses effets secondaires sont cependant néfastes : dépendance, baisse des réflexes, défaillances sexuelles, altération du cerveau... © Transmitdistort, deviantart.com, cc by sa 3.0

8.000 ans avant Jésus-Christ.

Le cannabis serait l'une des premières plantes domestiquées par l'Homme. Les premières traces archéologiques de son utilisation remonteraient au Néolithique, soit environ 8.000 ans avant Jésus-Christ. Pour preuve, des restes de pots en céramique décorés de fibres spiralées retrouvées sur un site datant de cette période à Xianrendong dans le Jiangxi, une province du sud-est de la Chine.

Une seule espèce de cannabis ?

Sélections, hybridations, bouturages... Diverses techniques de culture permettent d'obtenir des lignées de plants destinés à des usages très variés tels que les matériaux de construction, le textile, le cordage pour bateau, de l'huile alimentaire et, bien sûr, des psychotropes. Ainsi, si le genre Cannabis contient une seule et même espèce, à savoir Cannabis sativa, pour certains spécialistes, il en existe plusieurs variétés, tandis que la majorité voit plutôt des sous-espècessativa, indica et ruderalis, respectivement dénommées Cannabis sativa L., Cannabis sativa subsp. indica et Cannabis sativa subsp. spontanea.

10 bienfaits médicinaux reconnus de la plante

Au XIXe siècle, la plante est importée dans les officines occidentales où elle devient rapidement populaire pour soigner l'asthme, les règles douloureuses ou les maux de tête avant d'être remplacée par l'aspirine. D'autres vertus médicinales furent depuis attribuées à la plante, notamment pour le traitement des spasmes musculaires dus à une sclérose en plaques ou à une épilepsie. L'espèce végétale permet aussi de soulager des douleurs chroniques dans certaines pathologies neurologiques. Le cannabis stimulerait aussi l'appétit et préviendrait des nausées et des vomissements chez les personnes atteintes d'un cancer. En outre, il pourrait s'avérer utile dans le traitement de l'anorexie et agir positivement sur l'inflammation ou sur la pression artérielle. Des recherches se poursuivent pour confirmer ses intérêts thérapeutiques.

Au vu du nombre de consommateurs actuels ou à venir, réguliers ou ponctuels, à des fins récréatives ou thérapeutiques, le marché économique — légal ou illégal, selon les pays — que représente le cannabis se soupèse en milliards d'euros et de dollars. © Saxo, Wikimedia Commons

10 méfaits connus du cannabis sur la santé

Une dépendance, essentiellement psychique, peut s'installer lorsque la consommation de cannabis devient régulière et prolongée, rapportent des études : sensation de manque, stress, troubles physiques, difficulté de concentration. Les réflexes sont amenuisés, les réactions sont diminuées, des hallucinations peuvent survenir et de nombreux accidents de la route seraient une conséquence indirecte de l'usage de la plante. En 2010, 829 accidents mettaient en cause un automobiliste sous l'emprise de cette drogue en France. En outre, sa consommation peut faire pousser les seins des hommes et plusieurs ont dû recourir à une chirurgie esthétique. La consommation du cannabis entraînerait aussi des défaillances sexuelles : sans avoir de problèmes érectiles, les consommateurs quotidiens présenteraient une impossibilité à atteindre l'orgasme multipliée par quatre et une prédisposition à devenir éjaculateur précoce multipliée par trois. On note aussi des troubles plus graves : risque accru de psychose schizophrénique, anatomie du cerveau altérée à l'adolescence ou encore complications cardiovasculaires et risques d'infarctus du myocarde. La consommation du cannabis est aussi potentiellement néfaste sur les bébés de femmes enceintes : les cerveaux embryonnaires pourraient présenter une prédisposition à des troubles du comportement sur l'enfant.

9 pays autorisent l’usage médical du cannabis

L'usage médical du cannabis est d'ores et déjà une réalité, généralisée ou propre à certains patients sur autorisation dans plusieurs pays européens dont l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, les Pays-Bas ou le Royaume-Uni, ainsi qu'en Australie, au Canada, en Israël, en Suisse et dans 23 des 50 États américains. L'Uruguay est le premier pays à légaliser et à dépénaliser complètement cette drogue. La France reste, quant à elle, extrêmement rétive sur ce point. Un médicament antidouleur pour des patients atteints d'une sclérose en plaques pourrait être commercialisé en 2015 et sa délivrance resterait très encadrée.

1,2 million de consommateurs réguliers en France

En Europe et en France, bien que de nouvelles drogues de synthèse apparaissent, le cannabis reste la drogue illégale la plus largement répandue. Dans l'Hexagone, sa consommation représente 80 % de la consommation de l'ensemble des drogues. 13,4 millions de personnes âgées de 11 à 75 ans en ont consommé au moins une fois au cours de leur vie, selon une étude de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies publiée de 2011. Quelque 3,8 millions y ont goûté dans l'année et 1,2 million, au minimum 10 fois dans le mois. À l'âge de 16 ans, les Français sont les premiers consommateurs de cannabis en Europe.

Má, l'idéogramme chinois pour le chanvre, représente deux plantes dans un séchoir. Au IIIe siècle, en Chine, des chirurgiens réalisaient des opérations sous anesthésie par usage médical du chanvre. Le terme chinois pour anesthésie (má zuì) est d'ailleurs composé de l'idéogramme qui désigne le chanvre suivi de celui qui signifie l'ivresse. © Aleks, Wikimedia Commons

10.000 « joints électroniques » fabriqués par jour

Fin juin 2014, la société néerlandaise E-Njoint annonçait la commercialisation du premier « joint électronique », d'ores et déjà produit au nombre de 10.000 exemplaires par jour afin de répondre à la forte demande. La ressemblance de l'objet avec un joint traditionnel est réelle, mais le e-joint ne contient ni substance psychotrope ni nicotine — du moins pour l'heure : deux dérivés en préparation permettront de vapoter du cannabis liquide ou sous forme d'herbe, à des fins thérapeutiques. Pour certains médecins, l'e-joint pourrait aider les malades à consommer plus sainement du cannabis. Une chose est certaine, ce produit promet de relancer le débat sur la dépénalisation de la drogue en Europe.

Un quotidien états-unien s’affiche en faveur de la dépénalisation

Outre-Atlantique, le célèbre journal The New York Times ravive la controverse de la légalisation de la plante sur tout le territoire des États-Unis dans son éditorial du 26 juillet 2014. Les arguments de la rédaction : « La consommation modérée de marijuana ne semble pas présenter un risque pour les adultes en bonne santé », l'addiction et la dépendance au cannabis étant des « problèmes relativement mineurs », en particulier par rapport à l'alcool et au tabac. La société états-unienne pâtit des coûts « immenses » de la pénalisation actuelle du cannabis. La consommation étant légalisée dans près de la moitié des États, sa généralisation à l'ensemble du territoire fédéral favoriserait aussi l'essor de ce marché économique.

La première banque états-unienne ouverte aux entrepreneurs du secteur

Celui-ci se décline déjà en de multiples services et produits, comme le e-joint (qui, aux États-Unis, prend officiellement le nom de cigarette électronique). Cependant, les entrepreneurs rencontrent des difficultés d'accès au système bancaire et au financement car les établissements restent frileux à l'idée de soutenir ce secteur d'activité pourtant estimé juteux. Ce n'est plus le cas de l'un d'entre eux, à savoir la société Numerica Credit Union. Avec 1,3 milliard de dollars d'actifs, la cinquième banque de l'État de Washington a fait savoir qu'elle était la première à offrir aux entrepreneurs du cannabis récréatif de venir grandir dans ses coffres, comme le rapporte Le Monde.