Gare à l'automédication ! En bonne place sur la liste noire des médicaments à éviter, figurent des « stars antirhumes » comme Actifed Rhume, Dolirhume et Nurofen Rhume. © PeopleImages, Istock.com

Santé

Automédication : les médicaments à éviter

ActualitéClassé sous :médecine , automédication , médicament

Le magazine 60 millions de consommateurs révèle les résultats de son enquête menée sur 62 médicaments disponibles sans ordonnance et traitant rhume, toux, maux de gorge et troubles intestinaux. Près de la moitié font partie de la liste noire des médicaments à éviter...

  • D'après 60 millions de consommateurs, 28 médicaments sur les 62 testés sont à proscrire.
  • Les antirhumes contenaient parfois des produits puissants, avec risque de surdosage.
  • Des médicaments contre les maux de gorge avaient aussi des effets indésirables.

Sur 62 médicaments passés au crible sous le contrôle du professeur Jean-Paul Giroud, pharmacologue clinicien reconnu, membre de l'Académie de médecine, et Hélène Berthelot, pharmacienne, seuls 21 % d'entre eux (13) sont « à privilégier », comme Vicks Vaporub, Imodiumcaps, Gaviscon menthe, Forlax 10 g, Maalox sans sucre (mais Xolaam, son jumeau méconnu, est vendu environ deux fois moins cher). « Ils ont un rapport bénéfice/risque favorable », indique le magazine dans un hors-série consacré aux médicaments sans ordonnance. « De toute façon, la durée d'utilisation doit être courte », souligne le professeur Giroud.

Un tiers est classé « faute de mieux » : leur efficacité est faible ou non prouvée mais ils n'ont pas, peu ou très rarement d'effets indésirables, poursuit le journal de l'Institut national de la consommation (INC).

En revanche, parmi ces 62 médicaments, près d'un sur deux (28) est tout simplement « à proscrire », le rapport bénéfice/risque étant défavorable en automédication. En bonne place sur cette liste noire, figurent des stars antirhumes comme Actifed Rhume, Dolirhume et Nurofen Rhume. Ce sont des cocktails de deux à trois composés actifs : un vasoconstricteur (nez bouché), un antihistaminique (nez qui coule) et du paracétamol ou de l'ibuprofène (mal de tête). Ces tout-en-un cumulent des risques de surdosage et d'effets indésirables gravissimes (accidents cardiovasculaires et neurologiques, vertiges...), selon 60 millions de consommateurs.

« En somme, pour décongestionner un nez bouché, on met un bazooka à la disposition des malades », selon ce hors-série qui évoque notamment la pseudoéphédrine, un produit que le gérant d'une pharmacie bordelaise refuse par exemple de vendre, relate le journal. « Cette substance expose à des risques d'accidents cardio-vasculaires et d'AVC », observe le professeur Giroud, qui qualifie ces médicaments à proscrire de « dangereux »« Ils devraient être retirés du marché », dit-il à l'AFP. Selon lui, des médicaments à base de pseudoéphédrine par voie orale sont vendus sans ordonnance alors qu'ils délivrent jusqu'à 30 fois la dose de ceux qui s'administrent par voie nasale et qui sont accessibles seulement sur ordonnance.

Les médicaments contre le rhume contiennent parfois un cocktail impressionnant de molécules. © ladysuzi, Fotolia

Des médicaments contre le rhume et la toux pas vraiment anodins

Pour les médicaments destinés à soulager la toux, le bilan de 60 millions de consommateurs n'est guère meilleur, avec seulement un médicament à privilégier et 60 % à proscrire. « C'est l'hécatombe par rapport à l'étude que nous avions réalisée en 2015, où il y avait 35 % de médicaments à privilégier et — seulement — 50 % à proscrire », écrit la revue.

Cette dégradation provient du fait que, depuis juillet, les sirops ou comprimés à base de dextrométhorphane (dérivé opioïde), une substance efficace contre certaines toux sèches et fatigantes, ne sont plus accessibles sans ordonnance. Et ce en raison d'un détournement « marginal » de cette substance par des ados (via des cocktails purple drank mêlant sodas et produits pharmaceutiques), explique à l'AFP Adeline Trégouët, rédactrice en chef déléguée du magazine.

Le public ne connaît les médicaments que par la publicité. Or, celle-ci n'est pas véritablement informative.

Il y a 4.000 médicaments en vente sans ordonnance, chiffre incluant par exemple des bouteilles de sirop de tailles différentes ou des boîtes avec plus ou moins de comprimés, et, parmi eux, près de 600 sont en accès direct en pharmacie, d'après le professeur Giroud, auteur d'Automédication. Le guide expert (édition La Martinière, 2017). « Il y a un problème d'information. Le public ne connaît les médicaments que par la publicité. Or, celle-ci n'est pas véritablement informative », déplore le pharmacologue.

Le magazine épingle, parmi d'autres produits, des pastilles pour la gorge à base d'anti-inflammatoires comme Strefen sans sucre, qui présente inutilement un risque d'hémorragies digestives. Également dans le collimateur : des fluidifiants bronchiques qui n'ont jamais fait la preuve de leur efficacité et peuvent être source d'allergie et d'irritation du tube digestif, selon le professeur Giroud. Plus généralement, « si le risque zéro n'existe pas, malheureusement, l'efficacité zéro, elle, est indiscutable pour plus de 55 % des médicaments d'automédication » disponibles sur le marché, s'indigne ce spécialiste.

Pour en savoir plus

Automédication pour le reflux gastro-œsophagien

Article paru le 1er janvier 2010

Le Pantozol Control, un médicament contre le reflux gastro-œsophagien (RGO) des laboratoires Nycomed, a obtenu une autorisation européenne de mise sur le marché.

Un nouveau traitement est aujourd'hui disponible en automédication pour traiter les symptômes du reflux gastro-œsophagien (RGO). Il s'agit du Pantozol Control 20 mg qui appartient à la classe des inhibiteurs de la pompe à protons.

Rappelons qu'en France, 36 % de la population adulte souffre du RGO et 44 % se plaint d'une altération importante de sa qualité de vie. À raison d'un comprimé par jour, ce nouveau traitement soulage les troubles liés au RGO.

Mais attention, si au bout de quinze de jours de traitement, les symptômes persistent, il est vivement conseillé de consulter son médecin traitant.

Contrefaçon : gare aux médicaments vendus sur Internet  La contrefaçon touche tous les secteurs, même celui des médicaments. Des copies imitent le nom et la forme des traitements existants mais ne contiennent pas de principe actif. Pire, certaines peuvent même être dangereuses. L’Institut de recherche anti-contrefaçon de médicaments (IRACM) nous en parle durant cette vidéo.