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L’allaitement exclusif : jusqu'à 4 ou 6 mois ?

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Si les bienfaits de l'allaitement et du lait maternel ne sont pas discutés, c'est l'âge de la diversification de la nourriture qui ouvre aujourd'hui le débat. Alors que l'OMS recommande un allaitement exclusif jusqu'à l'âge de 6 mois, des études montrent que l'apport d'autres aliments dès 4 mois serait bénéfiques pour l'enfant.

L'allaitement est bon pour l'enfant et sa mère, mais la diversification des aliments serait aussi bénéfique pour contrer les allergies et les carences. © DR

L'allaitement n'est pas seulement un moment privilégié entre la mère et son enfant, c'est aussi un geste hautement bénéfique. Le lait maternel est naturellement riche en nutriments (protéines, glucides, lipides), dans des concentrations adaptées et évolutives en fonction de l'âge de l'enfant. De plus, l'enfant qui ne possède pas encore de système immunitaire bien développé acquiert une protection grâce aux anticorps contenus dans le lait. Des études récentes avaient même mis en évidence la présence de bactéries dans le lait maternel, assurant un apaisement des muscles du système digestif des bébés, souvent fragile.

Tous ces bienfaits sont alors difficiles à compenser par du lait en poudre, pourtant seule solution lorsque l'allaitement n'est pas possible. L'apport d'aliments complémentaires ne serait pas non plus nécessaire avant l'âge de 6 mois. Depuis 2001, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) prône ainsi l'allaitement maternel exclusif jusqu'à l'âge de 6 mois et la poursuite de l'allaitement jusqu'à l'âge de 2 ans, voire plus.

Un grand nombre de gouvernements européens avaient alors adopté ces recommandations, dont la France dans son programme national nutrition santé (PNNS), qui ne voit donc « pas de raison nutritionnelle d'introduire d'autre aliment que le lait avant l'âge de six mois ». Mais ce n'est pas l'avis de tout le monde et le débat ne cesse d'être relancé au sein des institutions et des médecins pédiatres.

Pourtant, l'OMS se basait sur les conclusions de chercheurs qui avaient analysé 16 études, dont 7 ont été réalisées dans des pays en développement. Allaités exclusivement pendant 6 mois, les enfants ne présentaient pas de déficit de croissance, ne développaient pas davantage d'allergies, et les mères parvenaient plus rapidement à perdre le poids acquis au cours de la grossesse.

Des risques d’anémie et d’allergie

D'après la revue British Medical Journal (BMJ), qui s'appuie sur différentes études menées depuis 2001, les arguments de l'OMS perdent de leur valeur. D'un point de vue nutritionnel, l'allaitement exclusif pose problème car les mères sont souvent incapables de palier les besoins énergétiques de leur enfant jusqu'à 6 mois. Les risques de développer une anémie (carence en hémoglobine et en ferritine) sont alors plus élevés que chez les enfants exclusivement nourris au sein jusqu'à 4 ou 5 mois, et ces carences peuvent provoquer des effets négatifs irréversibles à long terme sur le développement moteur, mental et social de l'enfant.

En ce qui concerne les allergies, il est étonnant de constater une augmentation des allergies alimentaires, alors que l'exposition aux aliments allergènes est de plus en plus retardée. Selon le BMJ, « le développement de la tolérance immunitaire à un antigène peut nécessiter une exposition répétée, peut-être dans un créneau temporel précoce critique, et peut-être modulé par d'autres facteurs alimentaires incluant l'allaitement ». Pour le gluten par exemple, des études montrent qu'il devrait être introduit entre le troisième et le sixième mois pour limiter les risques d'allergie, de maladie cœliaque et de réaction auto-immune liée au diabète. Le blé, lui aussi, devrait être introduit avant l'âge de 6 mois, sous peine d'augmenter les risques de déclencher une allergie à l'âge de 14 ans.

En revanche, les infections seraient moins fréquentes chez les enfants exclusivement allaités pendant 6 mois. Pneumonies, otites récurrentes et gastro-entérites frapperaient davantage les enfants à la nourriture précocement variée, mais les risques d'hospitalisation ne seraient pas de beaucoup supérieurs.

En conclusion, aucune solution n'est idéale. Si l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a elle-même conclu en 2009 que les aliments complémentaires peuvent être apportés de façon sûre chez les enfants âgés de 4 à 6 mois, le mieux est peut-être d'adapter l'alimentation à l'enfant au cas par cas, en fonction de son poids, de sa taille mais aussi de la qualité du lait maternel, ce que font déjà naturellement les parents en pratique.