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Buzz : le séisme ressenti à New York n'était pas anormal

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Un séisme de magnitude 5,8 a surpris les Américains de la côte est le mardi 23 août 2011, pas du tout habitués à ce genre de tressautement géologique, contrairement à leurs compatriotes californiens. La théorie de la tectonique des plaques ne semble pas rendre possible un tel tremblement de Terre, mais qu'en est-il réellement ?

Un séisme ressenti à New York... Comment est-ce possible ? © Jleon, Wikipédia

Selon l'USGS, l'épicentre du séisme qui a affecté les villes de New York et Washington ce mardi 23 août à 13 h 51 (17 h 51 GMT) se situait à une soixantaine de kilomètres de Richmond (Virginie, est) et à environ 130 km au sud-ouest de Washington. Avec une magnitude de 5,8 Mw, il n'était pas vraiment dangereux et même s'il a entraîné l'arrêt des deux réacteurs d'une centrale nucléaire de Virginie, il ne semble pas qu'il y ait eu de blessés ni de dégâts graves.

Quiconque connaît quelques rudiments de théorie de la tectonique des plaques ne peut qu'être extrêmement surpris par ce phénomène, pensant en première réaction que son annonce ne peut être qu'un canular. En effet, dans cette théorie, les séismes ne se produisent qu'aux frontières des plaques, là où elles entrent en collision, comme c'est le cas au Japon ou en Californie, ou au contraire, là où elles se séparent, comme dans le cas de l'Afar chère à Haroun Tazzief, ou encore lors des éruptions volcaniques traquées par les « homo vulcanicus » qu'étaient Katia et Maurice Krafft.

Une sismicité intraplaque bien connue mais mal comprise

Mais toute personne qui connaît un peu plus que des rudiments de théorie de la tectonique des plaques sait qu'il existe ce qu'on appelle de la sismicité intraplaque. L'un des exemples les plus récents est celui du tremblement de terre ayant frappé le Gujarat en 2001.

Surtout, de tels tremblements de terre continentaux intraplaques, même s'ils sont rares, sont justement connus pour se produire aux États-Unis, plus généralement non loin de la façade atlantique de l'Amérique du Nord. Ainsi il y a eu des séismes en Virginie en mai 1897 et dans la région du Saint-Laurent au Canada en février 1925. Mieux, les États-Unis sont l'un des endroits du monde où se produisent le plus de séismes intraplaques. Le plus célèbre étant sans doute celui de New Madrid, dans le Missouri, en plein centre des États-Unis, où entre décembre 1811 et février 1812 se sont produits trois séismes de magnitude probablement supérieure à 8 et qui ont été ressentis jusqu'à New York.

Une carte des tremblements de terre en Nouvelle-Angleterre et dans les régions avoisinantes (New York est situé tout en bas à gauche sur la carte). Les données pour 1924-1974 proviennent de l'USGS, et celles pour 1975-2006 sont tirées des archives de l'observatoire Weston dont les données sont enregistrées par le Réseau sismique nord-est des États-Unis. Les magnitudes sont entre 3 et 6,6. © Alan L. Kafka- Boston College

Au Canada, les Grands Bancs de Terreneuve, l'estuaire du Saint-Laurent, la vallée de l'Outaouais et les régions de Niagara et Charlevoix, sont aussi les lieux de séismes intraplaques.

Il n'en reste pas moins que les séismes continentaux intraplaques posent des problèmes aux géodynamiciens et qu'ils ne sont pas faciles à expliquer. En général, on fait intervenir de très anciennes failles, datant d'événements géologiques s'étant produits il y a des dizaines voire des centaines de millions d'années, qui se remettraient à jouer brutalement en réponse à des contraintes accumulées depuis longtemps par les plaques elles-mêmes. On sait bien d'ailleurs que les continents eux-mêmes sont des mosaïques d'anciens morceaux de continents, avec donc de vieilles et profondes sutures.

Une séparation de continent avortée ?

Toutefois, dans le cas de la côte est des États-Unis, plusieurs hypothèses ont été proposées. Ainsi, les Appalaches, la région montagneuse qui borde cette côte, ont-elles une histoire tectonique complexe. Il y a environ 300 à 350 millions d'années, s'est produite ce que l'on appelle l'orogénèse alléghanienne, une des phases de formation des Appalaches dans laquelle le Gondwana, plus précisément le nord-ouest de l'Afrique actuelle, a heurté la Laurasia au cours de la formation de la Pangée. De nombreuses failles se sont produites à cette occasion et c'est peut-être l'une d'entre elles, précisément ici ce qu'on appelle une faille inverse, qui a bougé mardi.

Une autre théorie fait intervenir un processus de rifting avorté, qui tendait à couper les États-Unis en deux en reliant les Grands Lacs au golfe du Mexique, et qui lui aussi aurait formé de nombreuses failles.