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Les séismes suivis… sur Twitter

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La sismologie citoyenne : c'est l'idée explorée par un centre de sismologie français, le CSEM, qui parvient à détecter les tremblements de terre... en surveillant les accès Internet sur son propre site. Deux nouveaux outils viennent de s'ajouter : l'utilisation des Mac portables des internautes comme des sismomètres et le suivi des événements sismiques sur Twitter.

Les 18 séismes de magnitude supérieure à 4 survenus en 24 heures entre le dimanche 3 avril et le lundi 4 avril. © CSEM
  • Comprendre le phénomène du séisme grâce à notre dossier 

Dès qu'un séisme, même mineur, est signalé quelque part, l'information circule très vite parmi les instituts de sismologie mondiaux. Elle est centralisée au sud de Paris, au CSEM (Centre sismologique euro-méditerranéen), où elle est traitée puis publiée sur Internet. Il y a plusieurs années, l'équipe dirigée par Rémy Bossu a remarqué des pics de connexion très nets sur leur site qui coïncidaient avec certains séismes.

La raison en est simple : lorsqu'ils sentent trembler la terre  et si les secousses ne sont pas trop violentes, de nombreuses personnes se précipitent sur l'ordinateur le plus proche et partent sur le Web à la recherche d'un site de sismologie pour en savoir plus. L'observation a conduit l'équipe à mettre au point un dispositif logiciel sophistiqué pour repérer ces pics de connexions et localiser l'origine des requêtes par l'adresse IP des internautes. Résultat étonnant : aujourd'hui, le CSEM parvient à localiser un tremblement de terre, du moins les effets ressentis, en 90 secondes, une performance excellente en comparaison des outils traditionnels. « Il s'agit d'une information sur le ressenti du séisme, précise Rémy Bossu, et non pas sur ses caractéristiques géophysiques. Ainsi, un séisme de faible magnitude survenu près d'une ville peut être ressenti par de nombreuses personnes, et donc générer un pic de connexions, alors qu'un séisme plus puissant dans une zone peu habitée pourra ne créer aucune hausse de trafic. »

Ce travail a emmené l'équipe vers l'idée d'une « sismologie citoyenne », où chacun pourrait devenir source d'information, grâce à un ordinateur ou à un téléphone mobile, pour signaler une secousse, témoigner des dégâts d'un séisme ou diffuser des photographies. Mais si les internautes aident les sismologues, il faut qu'ils reçoivent quelque chose en échange... Le site du CSEM a été revu complètement pour offrir un maximum d'informations à un public plus large - mais anglophone - alors qu'il était jusque-là destiné aux professionnels. On peut par exemple actuellement y voir un article (en anglais) sur le séisme survenu au Japon, avec notamment un lien vers une étonnante vidéo réalisée pendant le séisme et montrant un effet d'expulsion d'eau du sol en train de se craqueler, un phénomène appelé liquéfaction des sols.

Transformez votre portable Apple en sismomètre... © CSEM

Tous sur Twitter

En cas de séisme largement ressenti, et dès que le pic de connexions est détecté, une bannière défile sur la page et signale la région où la secousse a été ressentie. Pour ces alertes, la zone géographique est limitée au périmètre de la zone euro-Méditerranée, région dans laquelle le site du CSEM est désormais bien connu. Les tremblements de terre en Asie ou dans les Amériques, s'ils peuvent faire l'objet d'articles, ne seront pas détectés par ce « sismomètre citoyen ».

En revanche, dorénavant, l'alerte sera donnée sur le réseau Twitter. Il suffit de suivre le compte du CSEM, baptisé Lastquake, pour être prévenu de la moindre secousse. Les séismes ne sont pas si rares dans nos régions : le dernier, d'une magnitude de 6,0, a eu lieu vendredi 1er avril en Grèce. « En moyenne, il y en a un tous les quinze jours » estime Rémy Bossu. Une fois le séisme repéré, une seconde alerte sera diffusée sur Twitter pour en indiquer la localisation. Sur le site Web, les internautes peuvent aussi laisser des photos, par exemple prises avec un téléphone. L'information pourra très vite être partagée.

Le CSEM a aussi lancé une autre initiative : ShakeMapple. Ce logiciel à télécharger fonctionne sur les portables Mac et utilise leurs accéléromètres pour détecter les vibrations, les transformant littéralement en sismomètres. Le principe n'a rien de farfelu et une expérience de ce type, Quake-Catcher, existe en Californie. « En France, il y a une centaine de sismomètres, explique Rémy Bossu, alors qu'on vend des centaines de milliers de Mac portables par an... » Pour des raisons de sécurité, c'est le portable qui initie la connexion vers les serveurs du CSEM pour transmettre le cas échéant les enregistrements réalisés.

Si le nombre d'enregistrements sur une même zone est suffisant, alors une carte présentant la violence de la secousse pourra être dressée. Le dispositif donne actuellement satisfaction, explique le CSEM, mais la dernière série de tests montre la nécessité d'améliorer la prise en main et l'ergonomie de ShakeMapple avant une diffusion à grande échelle.

Le réseau Internet devient ainsi non seulement un gigantesque sismomètre mais aussi le moyen de fournir et d'obtenir toutes les informations...