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Une limace de mer jette son pénis après chaque relation sexuelle

Découverte étonnante, des limaces de mer trouvées au Japon possèdent des pénis jetables à usage unique ! Tout acte de copulation de ces gastéropodes se solde par une période d’abstinence de 24 h, le temps requis pour qu’un nouvel organe reproducteur apparaisse.

Chromodoris reticulata vit dans l’ouest du Pacifique ainsi que dans l’océan Indien. Ce nudibranche, un mollusque marin hermaphrodite, peut atteindre six centimètres de long, se nourrit d’éponges et se reproduit au printemps et au tout début de l’été. © Sekizawa et al., Biology Letters, 2013 Chromodoris reticulata vit dans l’ouest du Pacifique ainsi que dans l’océan Indien. Ce nudibranche, un mollusque marin hermaphrodite, peut atteindre six centimètres de long, se nourrit d’éponges et se reproduit au printemps et au tout début de l’été. © Sekizawa et al., Biology Letters, 2013

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Les nudibranches, des mollusques marins, sont aisément reconnaissables grâce à la présence d’excroissances tégumentaires. Ces papilles sont des branchies dites nues, car elles ne sont pas protégées par une coquille. Elles peuvent de plus abriter des prolongements de la glande digestive. C’est cependant un autre appendice qui attire l’attention depuis quelques jours : le pénis.

Ces limaces de mer possèdent à la fois les organes génitaux mâles et femelles. Comme leurs cousins terrestres les escargots, ces gastéropodes sont donc hermaphrodites, mais ne peuvent pas s’autoféconder. En revanche, deux partenaires se transmettent simultanément du sperme grâce à leur pénis durant un accouplement. C’est en étudiant ce comportement que des chercheurs japonais, dont font partie Ayami Sekizawa (université d’Osaka) et Yasuhiro Nakashima (université Nihon de Tokyo), ont fait une étonnante découverte : certaines espèces jettent leur pénis après usage !

Ce pénis de Chromodoris reticulata (la doris réticulée du Pacifique ouest) a été photographié dans l'eau d'un aquarium après une copulation. Son extrémité est située à la droite de l'image, elle est gonflée. Le nudibranche ayant abandonné cet organe reproducteur mâle en possédera un nouveau 24 h plus tard. © Sekizawa et al., 2013, Biology Letters
Ce pénis de Chromodoris reticulata (la doris réticulée du Pacifique ouest) a été photographié dans l'eau d'un aquarium après une copulation. Son extrémité est située à la droite de l'image, elle est gonflée. Le nudibranche ayant abandonné cet organe reproducteur mâle en possédera un nouveau 24 h plus tard. © Sekizawa et al., 2013, Biology Letters

Une solution pour éliminer le sperme des rivaux ?

L'animal concerné est la doris réticulée du Pacifique ouest, Chromodoris reticulata, comme le précise l’article paru dans la revue Biology Letters. Plusieurs sujets ont été capturés en plongée sur les côtes de l’île d’Okinawa puis placés pour former 108 paires au sein d’aquariums. Chaque couple se composait soit de deux individus préalablement isolés durant 24 h, soit d’un partenaire isolé et d’un autre venant juste de s’accoupler. Dans ce dernier cas, aucune relation sexuelle n’a été observée durant 24 h supplémentaires.

Une fois l’acte accompli, les deux nudibranches tendent à s’éloigner. C’est alors que les chercheurs ont remarqué un fait étrange : le pénis de chaque partenaire traîne littéralement sur le fond durant 20 minutes en moyenne avant de se décrocher. L’animal ne reste pas émasculé très longtemps, puisqu’un nouvel organe reproducteur se développe rapidement. Les nudibranches sont donc contraints à l’abstinence sexuelle par manque d’appendice approprié ! Des phallus en attente de développement, c’est du moins ce que pensent les chercheurs, ont été observés durant des analyses histologiques, mais uniquement chez des mollusques pouvant copuler.

Du sperme a été trouvé sur les pénis, ainsi que sur leurs épines, traînés après la copulation. Selon les auteurs, il pourrait s’agir de la laitance préalablement déposée par un adversaire. Concrètement, le pénis serait aussi utilisé pour évacuer le sperme déjà transmis par des concurrents, puis jeté pour éviter de féconder un nouveau partenaire avec la laitance étrangère collée à l’organe. Des analyses ADN menées sur le sperme trouvé sur les pénis abandonnés devraient bientôt confirmer ou infirmer cette hypothèse.


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