Le développement de l’intelligence artificielle Flow Machines, de Sony, s’est fait avec la collaboration de musiciens professionnels. © isak55, Shutterstock

Tech

Pourquoi Sony fait appel à l'intelligence artificielle pour composer de la musique

ActualitéClassé sous :intelligence artificielle , Sony , Computer Science Laboratory

Situé dans le cinquième arrondissement de Paris, le Computer Science Laboratory (CSL), créé il y a 20 ans par le Japonais Sony, travaille sur des projets de recherche inédits. Parmi eux, le développement d'une intelligence artificielle appelée Flow Machines capable de composer un morceau de musique en se passant presque complètement d'une intervention humaine. Fiammetta Ghedini, membre du CSL impliquée dans ce projet, nous en a expliqué les détails.

Il y a un mois de cela, des chercheurs du Computer Science Laboratory (CSL), de la firme Sony, ont diffusé ce qu'ils ont présenté comme la première chanson intégrale composée par une intelligence artificielle (IA). Intitulée « Daddy's Car », elle reprend le style caractéristique des Beatles dont elle s'est inspirée après avoir analysé 45 morceaux des Fab Four. Écoutez ce morceau en cliquant sur le player ci-dessous et vous constaterez qu'il y a effectivement une ressemblance...

Contre toute attente, ce n'est pas au Japon qu'est installé le CSL, mais à Paris, dans le cinquième arrondissement. Ce laboratoire, qui fête ses 20 ans cette année, planche sur des projets de recherche et développement qui n'ont officiellement pas de finalité commerciale et sont parfois même très éloignés des domaines d'activité de Sony. « Nous avons des gens qui travaillent sur le cancer, le langage, l'agriculture. Nous accueillons aussi des chercheurs issus de projets européens qui ne sont pas salariés de Sony », nous a expliqué Fiammetta Ghedini, en charge de la communication pour la branche musique du CSL.

Cette IA, nommée Flow Machines, réalise des compositions automatiques en puisant dans une base de données riche de 13.000 partitions de morceaux de musique. « Un musicien commence par indiquer à l'IA des styles musicaux. Cette dernière va ensuite lui proposer une chanson comprenant une mélodie et des harmonies. Afin d'éviter les risques de plagiat, nous ajoutons des contraintes de structure », précise notre interlocutrice.

Ce morceau intitulé « Daddy’s Car » a été composé par l’intelligence artificielle de Sony en s’inspirant de 45 chansons des Beatles. Pour cela, le programme analyse des partitions de musique qu’il puise dans une vaste base de données. © Sony CSL Paris

L’IA de Sony a créé un morceau inspiré de Duke Ellington

Cette dernière nous a expliqué que l'intelligence artificielle s'appuie sur une chaîne de Markov (modèle statistique couramment utilisé pour la reconnaissance des formes, l'analyse du langage naturel et donc, aussi, l'intelligence artificielle) qui lui permet d'observer l'enchaînement des contenus pour en assurer la cohérence. Quelques instants suffisent pour créer un morceau. Le programme a composé un autre titre intitulé « Mr. Shadow » inspiré des œuvres d'Irving Berlin, Duke Ellington, George Gershwin et Cole Porter (à écouter via YouTube).

En revanche, si Flow Machines travaille vite, elle est limitée sur un point essentiel : « Elle ne peut pas créer de style, elle a besoin qu'un humain lui fournisse cette information », souligne Fiammetta Ghedini. Aujourd'hui, l'IA est plutôt à l'aise avec le jazz ou la pop, des styles où la partition musicale est importante. Mais elle a plus de mal à dégager un sens avec les styles où le son est primordial.

Pour cette expérience, le CSL collabore avec le chanteur compositeur Benoit Carré, qui travaille avec d'autres musiciens à la création d'un album complet dont la sortie est prévue en 2017. Par ailleurs, Flow Machines sera en concert le jeudi 27 octobre à La Gaîté Lyrique (Paris 3e) pour célébrer les 20 ans du CSL. On pourra y écouter les chansons créées par la machine et assister à une composition en direct de l'IA accompagnée par un chanteur.

Fiammetta Ghedini a créé une bande dessinée en ligne racontant le projet, avec une bande-son composée par l’IA Flow Machines. © François Pachet, Fiammetta Ghedini, Sony CSL

Flow Machines pourrait créer de la musique au mètre

Au-delà de la performance technique, la question qui vient à l'esprit est de savoir ce que Sony compte faire de cette technologie. Battant en brèche l'idée que l'IA pourrait se substituer aux artistes, le CSL le présente comme un outil censé donner aux artistes des idées nouvelles, leur ouvrir des voies inconnues. « C'est un peu comme de travailler avec quelqu'un d'autre », estime Fiammetta Ghedini.

Mais la tentation n'est-elle pas grande de recourir à une IA pour produire de la musique à peu de frais et très rapidement ? « Cela pourrait être le cas pour faire de la musique au mètre, par exemple pour les bandes-son des jeux vidéo », admet-elle « mais si un musicien n'intervient pas pour apporter une vision artistique, je doute que l'on obtienne des résultats très intéressants ». Le CSL a l'intention de poursuivre le développement de Flow Machines afin de lui faire développer un sens critique qui lui confèrera plus d'autonomie. « Nous voulons lui apprendre ce qui est intéressant et ce qui ne l'est pas ». De quoi glisser un peu de subjectivité humaine au cœur de la machine... 

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour.

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !

Cela vous intéressera aussi

Interview : comment est née l'intelligence artificielle ?  L’intelligence artificielle vise à mimer le fonctionnement du cerveau humain, ou du moins sa logique lorsqu’il s’agit de prendre des décisions. Jean-Claude Heudin, directeur du laboratoire de recherche de l’IIM (Institut de l’Internet et du multimédia), nous explique l'origine de ces recherches.