Une étude menée sur 15 années semble montrer que les soutiens-gorges ne sont pas aussi utiles qu’on nous l’a fait croire, pour lutter contre le mal de dos ou favoriser la posture. Bien au contraire précise Jean-Denis Rouillon, le médecin du sport français à l’origine de ce travail.

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    Les soutiens-gorges pourraient bien souvent ne pas être utiles aux femmes : ils dénatureraient les tissus de soutien des seins. Serait-ce un peu comme les chaussures qui rendent nos pieds très sensibles au moindre caillou ? © Out fox em, Wikipédia, cc by sa 3.0

    Les soutiens-gorges pourraient bien souvent ne pas être utiles aux femmes : ils dénatureraient les tissus de soutien des seins. Serait-ce un peu comme les chaussures qui rendent nos pieds très sensibles au moindre caillou ? © Out fox em, Wikipédia, cc by sa 3.0

    Des générations de femmes dans l'erreur ? Depuis l'Antiquité, les soutiens-gorges, ou des vêtements jouant la même fonction existent. Leurs objectifs sont multiples : éviter que les seins ne tombent, lutter contre les maux de dos ou favoriser une posture bien droite. Pourtant, ces sous-vêtements seraient « une fausse nécessité » pour Jean-Denis Rouillon, médecin du sportmédecin du sport au CHU de Besançon et professeur à l'université de Franche-Comté.

    Ce médecin vient d'achever une étude sur l'utilité du soutien-gorge, menée auprès de 330 femmes depuis 1997. Ne faisant pas (encore ?)) l'objet d'une publication, ce travail apporterait des arguments attestant du manque d'intérêt d'un tel accessoire de lingerie. Si ce n'est pour les amatrices de dentelle...

    Les sujets féminins de cette recherche avaient entre 18 et 35 ans, et parmi eux, on dénombre au moins une sportive de haut niveau. Des données importantes à préciser car, de l'aveu même de Jean-Denis Rouillon, l'échantillon n'est pas représentatif et il est prématuré de conclure.

    Le soutien-gorge dénature les tissus suspenseurs des seins

    Néanmoins, ces femmes ayant retiré leur soutien-gorge au quotidien racontent désormais se sentir mieux sans, un sentiment d'oppression s'emparant d'elles lorsque leur poitrine est de nouveau artificiellement maintenue. Les mesures anatomiques vont dans le même sens : le médecin, armé d'une règle, a constaté que les mamelons remontaient de 7 mm par an par rapport à l'épaule lorsque les seins n'étaient pas enfermés dans un soutien-gorge. Globalement même, la poitrine aurait tendance à se raffermir et les vergetures à disparaître.

    Les soutiens-gorges ou équivalents sont-ils apparus pour le confort des femmes ou pour d'autres raisons, comme l’adaptation à un canon esthétique ? © Sodakan, Wikipédia, cc by sa 3.0

    Les soutiens-gorges ou équivalents sont-ils apparus pour le confort des femmes ou pour d'autres raisons, comme l’adaptation à un canon esthétique ? © Sodakan, Wikipédia, cc by sa 3.0

    Le spécialiste y va de son hypothèse. Selon lui, le fait de soutenir les seins par un sous-vêtement dès lors qu'ils se mettent à pousser entraînerait, sur le long terme, la distension des tissus suspenseurs, voire leur dégradation. Un peu comme un élastique devenant peu à peu inopérant. Ainsi, les femmes se créent cette dépendance, alors qu'en laissant faire la nature, elles n'auraient peut-être jamais eu besoin d'en porter.

    Restons tout de même modérés : dans certains cas, le soutien-gorge s'impose, et Jean-Denis Rouillon ne le nie pas. D'ailleurs, une étude de 2007 menée sur 132 femmes précisait que cette lingerie n'empêchait pas les seins de tomber. Les auteurs avaient même conclu que trois paramètres influençaient principalement ce phénomène : l'âge, le passé tabagique et le nombre de grossesses. Ainsi, une mère de 50 ans ayant mis au monde trois enfants aura davantage besoin d'un soutien-gorge qu'une jeune femme de 20 ans. D'autre part, comme on l'a récemment constaté pour le pénis, la taille peut aussi compter. Un bonnet D a plus de chances de pointer vers le sol qu'un bonnet B. Ce paramètre doit aussi être pris en compte afin de considérer l'utilité ou non de relever ses seins.

    Pourquoi inventer le soutien-gorge ?

    Cette thèse se défend si l'on prend un peu de recul sur l'histoire de l'humanité. En considérant qu'avec les squelettes Omo 1 et 2, Homo sapiens a environ 200.000 ans et que le soutien-gorge est porté depuis 2.500 ans, les femmes se sont donc passées de bustier durant l'essentiel du temps : le corps féminin semble donc adapté pour vivre sans.

    Néanmoins, ce sous-vêtement a un jour ou l'autre été fabriqué. Pourquoi ? Était-ce parce que les seins généraient un inconfort contre lesquels certaines femmes ont voulu lutter ? Pour des critères esthétiques ? Pour d'autres raisons ? Des études supplémentaires s'imposent. D'ici à ce qu'elles apportent toutes les réponses, le soutien-gorge semble avoir encore de beaux jours devant lui.

    Chronique Science décalée

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    Pourquoi une rubrique Science décalée ? Cette chronique hebdomadaire a pour ambition de montrer que la science peut aussi être drôle et inattendue, et surtout qu’elle brasse vraiment tous les domaines possibles et imaginables. Ainsi, on peut faire du sérieux avec du farfelu, et de l’humour avec des sujets à priori peu risibles. Chaque semaine donc, nous sélectionnons l’info la plus étrange ou surprenante pour vous la faire partager le dimanche, entre le fromage et le dessert.