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Un bateau qui tire son énergie des vagues

ActualitéClassé sous :technologie , développement durable , détroit de Kii

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Le Suntory Mermaid II vient de partir pour une croisière de six mille kilomètres. Sans voile ni hélice, il progresse grâce à l'énergie des vagues.

Kenichi Horrie et son bateau, durant les essais dans le détroit de Kii. © Tsuneishi Holdings

C'est l'océan qui le fait avancer. Pas bien vite, certes, puisque le Suntory Mermaid II progresse actuellement à une vitesse de 3 nœuds, soit moins de 6 kilomètres/heure. Parti dimanche dernier de Honolulu (Hawaï), il devrait atteindre le détroit de Kii, sur la côte est du Japon, à la fin du moi de mai, après avoir parcouru quelque six mille kilomètres.

Le skippeur, Kenichi Horrie, 69 ans, est loin d'être un novice. Cet habitué de l'aventure en mer en solo a effectué de multiples traversées, dont l'une sur un bateau à pédales et une autre sur un navire utilisant l'énergie solaire. Il était tout désigné pour tester ce nouveau mode de propulsion, mis au point par Yutaka Terao, un scientifique de la Tokai University (School of Marine Science and Technology).

A la proue du navire est installé un dispositif immergé comprenant deux plaques métalliques (des hydrofoils) dont la section ressemble à celle d'une aile d'avion. Sous l'action des vagues, elles pivotent de part et d'autre du plan horizontal. Leur partie avant est d'abord soulevée par la force de l'eau puis elle redescend et exerce une poussée vers l'arrière, le mouvement évoquant celui de la nage du dauphin.

Sous la proue du navire, deux larges hydrofoils pivotent autour du plan horizontal. © Suntory/Kenichi Horrie

Un principe imaginé au dix-neuvième siècle

L'idée n'est pas nouvelle. D'après le New York Times, qui publie un intéressant schéma du fonctionnement de ce système, le premier brevet sur l'utilisation des vagues pour la propulsion d'un navire daterait de 1895. En 1988, le même Yutaka Terao et son collègue Hiroshi Isshiki avait réalisé un prototype avec l'aide de l'entreprise Hitachi Zosen Corporation (les curieux pourront décrypter un document d'époque décrivant cet appareillage).

L'étude de cette première version, monocoque, n'a pas été poussée plus loin. Yutaka Terao n'a pas pour autant abandonné l'idée et a opté désormais pour la formule catamaran, à deux coques donc. Ainsi est né le Suntory Mermaid II (Suntory étant l'un des sponsors, avec le quotidien Asahi Shimbun), sorti des chantiers de la Tsuneishi Shipbuilding Company. Long de 9,5 mètres et de large de 3,5 mètres, ce navire pèse environ trois tonnes. Par sécurité, il embarque deux autres modes de propulsion : un moteur classique et des voiles.

Ce test grandeur nature ressemble surtout à une - belle - aventure. Il est peu probable que ce mode de propulsion connaisse un grand succès mais la tentative est louable, d'autant que les énergies renouvelables étudiées actuellement concernent rarement les navires. Et qui sait si cette expérience ne donnera pas d'autres idées à des ingénieurs imaginatifs ?