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La pyramide de Snéfrou scannée... avec des rayons cosmiques

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Laurent Sacco, Futura-Sciences

Depuis des dizaines d'années déjà, les muons cosmiques servent à sonder les pyramides mayas et égyptiennes, sans oublier les volcans. Physiciens et égyptologues font de nouveau appel à cette technique pour explorer la pyramide de Snéfrou, espérant y découvrir une chambre secrète ou, au moins, les secrets de sa construction.

La célèbre pyramide rhomboïdale, au sud-ouest de Memphis et à environ 10 km au sud de Saqqarah, doit ce surnom à sa forme, avec une moitié supérieure moins pentue que la base. La première pyramide élevée par le pharaon Snéfrou sur le site de Dahchour doit sans doute cette caractéristique à un problème durant sa construction. À mi-chemin, ses bâtisseurs ont dû craindre que la pyramide ne s'effondre sous son propre poids. © Wikipédia, CC BY-SA 2.5

Le projet Scan Pyramids évoque puissamment la série Stargate SG-1, avec sa technologie issue de la physique des hautes énergies pour percer le mystère des pyramides. Pourtant, l'idée d'utiliser des particules venues des rayons cosmiques pour, en quelque sorte, radiographier l'intérieur des pyramides est ancienne. Au siècle dernier, le prix Nobel de physique Luis Walter Alvarez, qui avait été avec son fils à l'origine de l'hypothèse de l'astéroïde tueur de dinosaures, avait en effet mené les projets Giza en 1968 et Join Pyramid Project de 1967 à 1968. Il s'agissait d'utiliser des détecteurs destinés à mesurer l'énergie et la trajectoire des muons - des cousins lourds et instables de l'électron - dans les accélérateurs de particules, pour une analyse semblable à la tomodensitométrie des scanners à rayons X.

Ces muons sont produits lorsque des rayons cosmiques frappent les noyaux des atomes de l'atmosphère. Ils se déplacent presque à la vitesse de la lumière et leur flux à la surface de la Terre est estimé à environ 10.000 par mètre carré et par minute. Cela signifie donc aussi qu'environ 600 d'entre eux traversent votre corps chaque minute sans encombre.

Le projet ScanPyramids permettra-t-il de percer les mystères des pyramides d'Égypte ? © HIP Institute

Des muons pour sonder les volcans et les pyramides égyptiennes

Bien qu'ils soient très pénétrants, leurs énergies et leur trajectoires sont affectées par la densité et l'épaisseur des matériaux qu'ils traversent. On peut donc se servir de ces caractéristiques pour cartographier la densité à l'intérieur d'objets massifs et y distinguer l'emplacement de cavités. Les volcanologues ont saisi depuis un certain temps le potentiel de cette méthode et se sont associés à des physiciens des particules pour ausculter les volcans. En France, des recherches de ce type sont d'ailleurs menées par les membres du projet ToMuVol.

Il y a plus de 40 ans, Alvarez et ses collègues ont dû s'avouer bredouilles face à la pyramide de Khéphren. Mais, depuis lors, la technologie a progressé, de sorte qu'en novembre 2015 des chercheurs menés par le professeur Kunihiro Morishima, de l'université de Nagoya, ont commencé une série de tests dans la pyramide rhomboïdale de Dahchour. Elle a été construite pour le pharaon Snéfrou, premier roi de la IVe dynastie égyptienne, qui aurait régné de -2575 à -2551 ou -2550 av. J.-C. Cette pyramide présente des points communs avec celle que fit construire le fils de Snéfrou, le célèbre Khéops. On peut en particulier y admirer les restes plutôt bien conservés du revêtement qui couvrait les pyramides à faces lisses.

Les résultats de ces « scans à muons » sont en cours d'analyse et, quels qu'ils soient, la technique sera appliquée à d'autres pyramides. Croisons les doigts pour qu'elle nous révèle des trésors plus précieux encore que ceux de la tombe de Toutânkhamon.

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