Un des scénarios envisagés par l'Agence spatiale européenne, en 2006, de ce qu'aurait pu être l'exploration robotique et humaine de la Lune. © Esa, Medialab

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Un village sur la Lune : l'étonnante vision de l'Esa

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Rémy Decourt, Futura-Sciences

Plus de 17 ans après les deux premiers modules de la Station spatiale internationale, les agences spatiales vont plancher sur le programme qui pourrait lui succéder. Parmi les idées dans l'air : le village lunaire, un concept avancé par l’Agence spatiale européenne. Franco Bonacina, de l'Esa, nous explique cette idée facsinante, qui pourrait devenir un projet international.

Succès politique et technologique sans précédent dans l'histoire spatiale, le programme de la Station spatiale internationale touche à sa fin. Le temps des idées pour le remplacer est arrivé. Certes, la Station est encore en activité et d'autres modules vont continuer à l'agrandir cette année et les suivantes, avec notamment la structure gonflable de Bigelow Aerospace, en février 2016, et le module russe Nauka en 2017. Mais sa fin est programmée en 2024, voire 2028.

À moins que la Russie décide de récupérer le segment russe, ce qui sera tout de même très complexe à réaliser, il est peu probable que la durée de vie de l’ISS soit étendue au-delà de la décennie 2030. Bien que la Station soit conçue pour durer jusqu'en 2028, elle commence à montrer des signes de vieillissement.

Pour l'après-Station, les États-Unis donnent la priorité aux vols habités et à l'exploration robotique et humaine de Mars et du satellite Phobos. La Nasa souhaiterait réaliser un vol habité à destination de la Planète rouge durant la décennie 2030. Quant à l'Europe, son horizon est moins lointain. Elle veut rester à proximité de la Terre et coloniser la Lune qui, bien que proche de nous, a encore beaucoup à nous apprendre sur les longs séjours hors de la Terre.

Un concept architectural d'une base lunaire habitée envisagé dans le cadre du programme Aurora. © Esa, P. Carril

Une boîte à idées pour l'exploration de la Lune

Ainsi, Jan Woerner, le directeur général de l'Agence spatiale européenne (Esa), en place depuis le premier juillet 2015, est un fervent partisan d'un « village lunaire » international qui se construirait par étapes robotiques et humaines. Pour l'instant, il s'agit encore d'une vague idée, qu'il ne faut pas prendre au pied de la lettre. Il est moins question de construire une ville que de permettre à chaque partenaire d'y apporter sa touche avec différents systèmes et des missions variées, et peut-être en plusieurs endroits. L'expression village lunaire ne signifie pas « que l'on va construire sur la Lune un village avec des écoles, des maisons et une mairie », nous explique Franco Bonacina, le porte-parole du directeur général de l'Esa.

L'idée de Jan Woerner est de fédérer des idées sur l'exploration de la Lune, de façon à coordonner en bonne intelligence de futures activités lunaires robotiques et humaines à partir de 2024. « Il faut être prêt à faire quelque chose dès la fin de la Station spatiale ». Cette « autre chose », qui reste à définir, pourrait être l'installation d'un télescope sur la face cachée de la Lune, « mais ce n'est qu'un exemple parmi d'autres tant le champ des possibilités est grand ». Autre exemple plus concret, les prochaines missions robotiques lunaires de la Russie, prévues d'ici la fin de cette décennie, avec la participation de l'Esa pour deux d'entre elles, « pourraient avoir l'étiquette de village lunaire ». Côté européen, une première mission de quelque 300 millions de dollars à la fin des années 2020 pourrait devenir une réalité.

Le concept de village lunaire peut également être coordonné avec le rêve martien de la Nasa. Comme le souligne astucieusement Franco Bonnacina, « un voyage peut être fait d'étapes, et rien n'interdit à la Nasa de s'arrêter sur la Lune ou dans son voisinage pour réaliser des opérations en commun puis, dans un second temps, rejoindre Mars ».

L'idée sera présentée aux ministres chargés des affaires spatiales des États membres de l'Agence spatiale européenne lors de la session du Conseil de l'Esa au niveau ministériel qui se tiendra en fin d'année. Si elle reçoit un écho favorable, et si le financement suit, une première mission européenne d'envergure (environ 300 millions d'euros) pourrait être sérieusement envisagée à partir de la deuxième moitié de la décennie 2030.

Cet intérêt européen pour la Lune n'est pas soudain. En 1994, un scénario avait été présenté. Il prévoyait une présence robotique permanente sur la Lune, voire un avant-poste lunaire habité. En 1995, la mission Leda (Lunar European Demonstration Approach) était approuvée, comme le fut EuroMoon en 1997, qui envisageait une exploration robotique du pôle sud de la Lune. Suivra en 2002 le programme Aurora et ses missions habitées à destination de la Lune et de Mars. Au final, seule une mission lunaire a été lancée. Ce fut Smart-1, un démonstrateur de technologies avancées, avec notamment un moteur ionique et un système de navigation autonome.

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