La religion activerait les circuits de la récompense dans le cerveau. © Vladyslav Starozhylov, Shutterstock

Santé

Spiritualité et drogues auraient les mêmes effets sur le cerveau

ActualitéClassé sous :vie , cerveau , spiritualité

Par Marie-Céline Jacquier, Futura

La spiritualité active les circuits de la récompense du noyau accumbens, tout comme les drogues ou le sexe. C'est le résultat d'une étude réalisée sur des mormons dont le cerveau était observé par IRM alors qu'ils faisaient l'expérience d'un sentiment spirituel.

 « La religion est l'opium du peuple », affirmait Karl Marx. Il semble que du point de vue des neurosciences cette affirmation trouve tout son sens, avec cette nouvelle recherche de l'université de l’Utah qui paraît dans Social Neuroscience.

Les chercheurs sont partis du constat que les expériences spirituelles partagent des caractéristiques communes, quelles que soient les cultures et les croyances. Les sentiments évoqués dans une pratique religieuse, comme une certaine euphorie, un bien-être intérieur ou en société, peuvent rappeler des sentiments décrits dans l'amour filial ou romantique, ou encore des états induits par des drogues. Tous ces sentiments proches sont-ils liés à des mécanismes neuronaux similaires ?

Les chercheurs ont choisi de travailler sur des mormons car la joie charismatique, vécue au quotidien, est importante dans cette religion. Les mormons sont invités à prier quotidiennement et à reconnaître en eux les sentiments de paix et de proximité avec le divin, des moments considérés comme importants dans leur vie.

Pour savoir quels circuits cérébraux étaient impliqués dans le sentiment spirituel chez les mormons, les chercheurs ont dû créer un environnement propice à l'apparition de ces sentiments. 19 jeunes adultes (7 femmes et 12 hommes) ont passé des IRM fonctionnelles tout en exécutant certaines tâches sur une durée d'une heure. Pendant cette séance, se succédaient un moment de repos, une vidéo sur leur église, des citations de responsables religieux mormons, des lectures de passages du Livre de Mormon...

L'IRM fonctionnelle montre les régions du cerveau actives quand les participants font l'expérience de la spiritualité. © Jeffrey Anderson

Le sentiment religieux active le circuit de la récompense

Pendant la phase où les participants lisaient des citations de dirigeants mormons, ils devaient dire s'ils ressentaient l'"Esprit", sur une échelle allant de "Non" à "Très fortement". Dans une partie de l'expérience, ils avaient la possibilité de pousser un bouton quand ils ressentaient un pic de spiritualité. Les chercheurs ont aussi recueilli les sentiments des sujets : ils décrivaient des sentiments de paix et des sensations physiques de chaleur. Beaucoup étaient en larmes à la fin du scanner.

En se basant sur les scanners d'IRM fonctionnelle, les chercheurs ont trouvé que les sentiments spirituels puissants étaient associés avec l'activation du noyau accumbens, une région du cerveau importante dans le circuit de la récompense et sensible aux drogues. Cette activation précédait les sentiments spirituels de 1 à 3 s. De plus, lorsque les participants ressentaient ces sentiments, leur cœur battait plus vite et leur respiration était plus profonde : il y avait donc une réaction physique apparente.

En plus des circuits de la récompense, les chercheurs ont trouvé que les sentiments spirituels étaient associés au cortex préfrontal médian, une région du cerveau impliquée dans le jugement et le raisonnement moral. Les sentiments spirituels activaient aussi des régions du cerveau associées avec l'attention.

L'étude ne permet pas de savoir si les croyants d'autres religions réagiraient de la même façon que les mormons. Mais pour le neuroradiologue Jeff Anderson, un des auteurs de ces travaux, « nous commençons tout juste à comprendre comment le cerveau participe à des expériences que les croyants interprètent comme spirituelles, divines ou transcendantes ».

Kezako : comment fonctionne une IRM ?  L’IRM, ou imagerie par résonance magnétique, est une technique d’imagerie médicale permettant d’observer l'intérieur du corps de façon non invasive. Contrairement aux rayons X, son utilisation n’est pas néfaste pour l’organisme. Unisciel et l’Université de Lille 1 nous expliquent, avec le programme Kézako, comment fonctionne cet appareil. 

  Les commentaires ne sont pas disponibles pour le moment.