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La taurine : clé de la toxicité d'un anti-épileptique de l'enfant ?

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Utilisé pour soigner l'épilepsie, le vigabatrin, alias Sabril, a chez l'enfant un terrible effet secondaire qui conduit souvent à une perte définitive de la vision. Une équipe française de l'Inserm vient de repérer un élément clé de cette toxicité, une découverte qui permet d'envisager des solutions immédiates pour atténuer cet effet secondaire et laisse espérer à terme un moyen de de le réduire ou de l'empêcher.

Le champ visuel et ses différentes zones dans un plan horizontal. Le rétrécissement de ce champ est un symptôme fréquent après la prise du vigabatrin. D'après Panero et Zelnik (Human dimension and interior space, Whitney Library of design, Architectural press Ltd, Londres, 1979).

Le vigabatrin (commercialisée en France sur le nom de Sabril), molécule de première intention pour le traitement de l'épilepsie de l'enfant, produit dans de nombreux cas des effets secondaires conduisant à une perte irréversible de vision. Serge Picaud, directeur de recherche à l'Inserm et ses collaborateurs de l'Institut de la vision viennent de trouver l'origine de cet effet secondaire et des stratégies pour le limiter. Ils ont montré que le vigabatrin entraîne une forte diminution du taux sanguin d'un acide aminé, la taurine, avec pour conséquence une dégénérescence des cellules de la rétine induite par la lumière.

Les chercheurs proposent alors de diminuer l'exposition à la lumière et de s'assurer d'une alimentation riche en taurine afin de limiter immédiatement les effets secondaires chez les enfants sous traitement. La validation d'un traitement alternatif associant vigabatrin et taurine prendra quant à elle plusieurs années de développement. Ces travaux sont publiés dans la revue Annals of neurology.

L'épilepsie affecte 1% de la population mondiale. Chez l'enfant, sa prise en charge reste très restreinte et le vigabatrin dispose d'une autorisation de mise sur le marché pour les enfants de moins de 2 ans. Cet anticonvulsivant, qui se voit également administré aux adultes après échec, des autres traitements est parallèlement en cours d'évaluation pour le traitement des addictions à l'héroïne, à la cocaïne, et aux métamphétamines.

Toutefois, les effets secondaires importants de ce médicament peuvent induire une altération de la rétine et entraîner une restriction du champ visuel constatée pour 10 à 40% des patients selon les études.

Modifier l'alimentation pour compenser la carence en taurine

Afin de comprendre les modes d'action de ce médicament et surtout le mécanisme d'altération de la fonction visuelle, les chercheurs de l'Inserm ont dans un premier temps administré durant plusieurs mois du vigabatrin à des rats et analysé l'influence de l'exposition à la lumière pendant le traitement. Les résultats montrent que les lésions de la rétine sont absentes lorsque les animaux sont maintenus dans l'obscurité pendant toute la durée du traitement.

Par ailleurs, de précédents travaux ayant montré qu'une déficience de l'organisme en taurine déclenche la dégénérescence des photorécepteurs (cellules de la rétine qui convertissent la lumière en signal nerveux), les chercheurs ont mesuré, chez les rongeurs, le taux plasmatique de dix neuf acides aminés. Alors que la concentration de la plupart des acides aminés était identique chez les animaux sous vigabatrin et chez les rats non traités, le taux de taurine s'est révélé 67% inférieur chez les animaux traités.

La taurine est essentiellement apportée par l'alimentation. En fournissant une alimentation supplémentée en taurine à certains animaux sous traitement, les chercheurs ont constaté que leur acuité visuelle était supérieure à celle des animaux non supplémentés. De plus, les dosages en acides aminés effectués chez six enfants sujets à des crises d'épilepsie régulières et sous vigabatrin révèlent un niveau de taurine très inférieur aux valeurs normales rapportées pour des enfants du même âge, voire indétectable.