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Records battus pour des forages océaniques profonds

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Dans le cadre d'un programme international cherchant entre autres à mieux comprendre les variations du niveau des océans, plusieurs records de forages viennent d'être battus.

La microbiologiste Maria-Cristina Ciobanu et le géochimiste Simon George examinent une carotte. Crédit Consortium for Ocean Leadership

Grâce à la technique de réfraction sismique et aux travaux du grand géophysicien Maurice Ewing, les océanographes et les géologues ont commencé à comprendre la constitution et la structure des fonds océaniques dès la fin des années 1930. On découvrit que la profondeur des couches sédimentaires des bassins océaniques était plus faible que ce que prévoyait la géologie avant la découverte de la tectonique des plaques.

Plus tard, les campagnes destinées à cartographier les champs magnétiques des océans, dont l'intérêt était évident pour le repérage des sous-marins, devaient conduire indirectement à la découverte des fameuses zébrures paléomagnétiques au fond des océans par Frederick Vine et Drummond Matthews. Interprétés rapidement comme des traces des inversions magnétiques passées de l'histoire de la Terre, cette découverte accrédita fortement la thèse de l'expansion des fonds océaniques.

Pourtant, beaucoup de géologues ne furent vraiment convaincus de la dérive des continents qu'à la suite des analyses des carottes prélevées directement dans les fonds marins par les forages océaniques profonds effectués par le Glomar Challenger (pour Global Marine et Challenger, la corvette britannique qui sillonna tous les océans du monde en 1870). Effectués dans le cadre du projet J.O.I.D.E.S (acronyme de Joint Oceanographic Institutions for Deep Earth Sampling) à partir de 1968, ces forages confirmèrent sans l'ombre d'un doute l'expansion des fonds océaniques. De part et d'autre de la dorsale médio-atlantique, les roches ramenées étaient non seulement de plus en plus vieilles au fur et à mesure qu'on s'en éloignait mais aussi en plein accord avec les prévisions des taux d'expansion de la théorie de la tectonique des plaques.


Une vidéo montrant l'importance pour les géosciences des forages océaniques profonds. Crédit Integrated Ocean Drilling Program (IODP)

Près de deux kilomètres sous le fond de l'océan

De nos jours, les forages océaniques profonds continuent dans le cadre du Integrated Ocean Drilling Program (IODP). L'un de ses objectifs scientifiques est de comprendre comment la circulation océanique globale et le niveau des mers ont évolué depuis quelques dizaines de millions d'années (plus précisément 35), en particulier pendant les périodes glaciaires. Les renseignements que l'on en tirera seront précieux aux membres du Giec pour mieux comprendre les conséquences et les mécanismes du réchauffement climatique global.

Actuellement, le navire JOIDES Resolution (JR) parcourt le monde et de multiples reportages dévoilent la vie à bord sur YouTube, présentant parfois les chercheurs comme les équivalents des membres de l'Enterprise dans la mythique série Star Trek.

Récemment, au large de la Nouvelle-Zélande, les membres du JR ont battu des records à l'occasion des forages de l'expédition 317 explorant le bassin Canterbury (IODP Expedition 317 - Canterbury Basin). C'est ainsi que le plus profond forage océanique scientifique a été réalisé, 1.927 m, et le plus profond forage pour des études de microbiologie, 1.925 m (le dernier record dans ce cas précis était de 1.626 m).

Le JR a aussi battu son propre record pour un forage sur un plateau océanique qui était de 1.626 m. Ces types de forages sont particulièrement délicats car en raison de la faible profondeur de l'eau au-dessus du plateau océanique et du caractère sablonneux de la couche de sédiments. En effet, maintenir le bateau parfaitement à la verticale du point de forage n'est pas chose aisée et des moteurs doivent corriger en permanence les mouvements de dérive.