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Les monts sous-marins cachent une faune bien plus riche que prévu

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Anciens volcans ou montagnes, les monts sous-marins, avec moins de 1 % des sites explorés, sont les dernières terrae incognitae de la planète. On les croyait isolés, séparés par de très grandes distances infranchissables par les organismes qui y vivent, et donc peuplées d'espèces endémiques. Pas du tout : une vaste campagne, de l'Alaska à la Nouvelle-Calédonie, vient de démontrer le contraire.

Une colonie de Chrysogorgia sp. observée in situ avec le robot télé-opéré Deep Discoverer. Cette photo a été prise à 2.542 mètres de profondeur sur le mont sous-marin Physalia, en Atlantique nord-ouest. © NOAA Okeanos Explorer Program, Our Deepwater Backyard : Exploring Atlantic Canyons and Seamounts 2014

Une hypothèse scientifique postulait que la faune des monts sous-marins était constituée d'espèces endémiques, c'est-à-dire propres à un mont ou une chaîne de monts. Pour tester cette hypothèse, les chercheurs ont analysé plus de 760 spécimens de coraux du genre Chrysogorgia, récoltés au niveau de monts sous-marins de Nouvelle-Calédonie, de Nouvelle-Zélande, des Caraïbes, d'Alaska et de Taïwan.

Une grande partie de ces échantillons a été prélevée lors de 11 campagnes océanographiques françaises du programme Tropical Deep Sea Benthos (ex-Musorstom), menées conjointement par l'IRD et le MNHN depuis 40 ans. « La large distribution de nos échantillonnages est un des points forts de notre étude », commente Éric Pante, biologiste au laboratoire LIENSs (LIttoral ENvironnement et Sociétés, CNRS, université de La Rochelle).

Gros plan sur les polypes d’une colonie de Chrysogorgia sp. observée avec le robot Deep Discoverer sur le mont Physalia. © NOAA Okeanos Explorer Program, Our Deepwater Backyard : Exploring Atlantic Canyons and Seamounts 2014

Une biodiversité insoupçonnée

Grâce à « un travail intégratif » combinant à la fois des critères morphologiques et génétiques (et non l'un ou l'autre contrairement aux études antérieures menées au sein de ce genre), les chercheurs ont mis en évidence que la diversité des monts sous-marins analysés était bien plus importante que celle observée dans d'autres groupes taxonomiques.

Les données montrent qu'en moyenne, un cinquième des espèces échantillonnées était apparemment inféodé à un seul mont sous-marin. Plus que la géographie ou le type d'habitat, ce serait la profondeur qui semble structurer ces communautés benthiques. De plus, alors qu'une seule espèce de Chrysogorgia était connue des eaux calédoniennes avant ces travaux, les chercheurs en ont identifié une trentaine d'espèces de ce genre encore jamais décrite. « La découverte de cette diversité et de cette rareté des espèces de Nouvelle-Calédonie est cruciale dans la gestion des habitats profonds du parc naturel de la mer de Corail », souligne Sarah Samadi.

Publiés dans la revue Journal of Biogeography, ces travaux participeront à l'établissement d'un plan de gestion des habitats profonds du parc naturel de la mer de Corail, en Nouvelle-Calédonie.