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Mer d'Aral : comment inverser une catastrophe écologique

Qu'une mer recouvrant plus de 66 000 km², en fait la quatrième plus grande étendue d'eau intérieure au monde, puisse disparaître en moins de trente ans, voilà qui aurait rendu sceptiques tous les océanologues et géographes du milieu du siècle dernier. C'est pourtant ce qui est arrivé à la mer d'Aral, à la frontière entre l'Ouzbékistan et le Kazakhstan. Mais un second évènement, tout aussi surprenant, est en train de se produire : la mer est de retour !

Carte de la région superposée à une image satellite (2004). Crédit NASA. Carte de la région superposée à une image satellite (2004). Crédit NASA.

Mer d'Aral : comment inverser une catastrophe écologique - 3 Photos

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Alors que la région entourant la mer d'Aral jouissait d'une certaine richesse, sorte d'oasis dans le désert animé par le port d'Aralsk vers lequel convergeaient quantité de bateaux de pêche, les eaux ont commencé à se retirer dans les années 1970. En cause, une irrigation exagérée et irréfléchie des plaines longeant le Syr Daria et l'Amou Daria, les deux grands fleuves alimentant la mer, afin d'intensifier la culture du coton et du riz. Dame nature ne s'est pas laissée conter et la mer d'Aral, dont l'apport en eau se réduisait de 60 km³ par an en 1950 à 1,3 km³ en 1986, s'est réduite en peau de chagrin, ses côtes reculant de 80 kilomètres et laissant ses bateaux naviguer sur une mer… de sable. Nous avons tous vu ces images consternantes.

La mer d'Aral en 1985, vue depuis une navette spatiale. Crédit NASA.
La mer d'Aral en 1985, vue depuis une navette spatiale. Crédit NASA.

Et ce qu'il en restait début 2005. Crédit NASA.
Et ce qu'il en restait début 2005. Crédit NASA.

Mais aujourd'hui, en de nombreux endroits autrefois désolés et conquis par l'herbe folle, le clapotis des vagues se fait à nouveau entendre. Et des bateaux de pêche ont repris la mer, ramenant à nouveau limandes, daurades et barbeaux vers le port. Certes on est encore loin des 60 000 tonnes annuelles d'un passé relativement récent, mais l'espoir renaît.

L'explication d'un miracle

A quoi cela est-il dû ? Apparemment à l'association de pêcheurs Aral Tenesi (la Mer d'Aral), représentée par une petite femme, Zhannat Makhambetova. En 1977, devant l'ampleur de la catastrophe, son père a quitté la région pour aller pêcher sur le lac Balkach, à l'est du pays. Mais il avait refusé que sa famille le suive, dont Zhannat, alors âgée de dix ans. Quelques années plus tard elle se met à militer et attire l'attention des autorités… et du monde par le biais de l'ONU.

Une digue entre les deux bassins auxquels s'est réduite la mer d'Aral est construite à partir de 1989, l'idée étant alors d'empêcher les eaux apportées par le Syr Daria de se perdre dans le sud. Mais la construction est stoppée lors de l'effondrement de l'URSS en 1991.

Les travaux reprennent et s'achèvent enfin en 1996. Pas de subsides, mais des dons : tous les habitants avaient accepté de donner 1 % de leurs revenus, se souvient Zhannat Makhambetova. Et le miracle se produit : la mer se remplit à nouveau et le niveau remonte lentement. Jusqu'en 1999, où une tempête détruit l'ouvrage.

Le gouvernement Kazakh passe alors un accord avec la Banque Mondiale, et obtient un subside de 85 millions de dollars qui permettra de reconstruire la digue, en plus solide, ainsi que plusieurs ouvrages de régulation d'eau. L'ensemble du dispositif est mis en route en 2005, et la mer d'Aral se remplit à nouveau, à un rythme qui étonne les experts par sa rapidité. Et enfin, en 2006, les pêcheurs ramènent plus de 2000 tonnes de poissons dans leurs filets.

"Les différents travaux ont permis d'ajouter environ 1,3 milliard de mètres cubes aux quelque 3 milliards qu'apportait annuellement le Syr Daria", annonce fièrement Joop Stoutjesdijk, coordonateur de l'intervention de la Banque mondiale.

La deuxième phase de l'opération peut maintenant débuter. Elle prévoit une nouvelle digue pour le bassin d'Aralsk, au sud, et de nouveaux travaux afin d'encore augmenter encore le débit du Syr Daria. Aralsk devrait ainsi redevenir un port en 2011, démontrant par là qu'une catastrophe écologique n'est pas forcément irréversible, si l'on veut se donner la volonté d'agir.


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