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Transhumanisme : l’Homme du futur sera-t-il amélioré ?

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Entre craintes et fantasmes, les adeptes du transhumanisme, c'est-à-dire de l'Homme amélioré, se sont réunis à Paris pour débattre de l'avenir de l'humanité. À quoi devons-nous nous attendre ? Et surtout devons-nous le souhaiter ?

L'Homme modifié deviendra-t-il la règle dans le futur ? Neil Harbisson, que l'on voit sur l'image, est le premier cyborg de l'histoire, du moins le premier à être reconnu par un gouvernement grâce à son implant oculaire. Le transhumanisme pourrait se banaliser dans les décennies à venir. © Carlos Ramirex, Wikipédia, DP

Quasi-immortalité, avenir de cyborg : l'Homme est-il condamné à intégrer des nanopuces dans son cerveau pour ne pas devenir obsolète ? Désireux d'améliorer l'espèce, les transhumanistes hésitent entre promesses de futurs qu'ils jugent meilleurs et crainte d'une apocalypse.

Issu d'une frange de la cyberculture californienne, ce mouvement mise sur une évolution rapide des progrès de l'informatique, des bio et nanotechnologies et de la connaissance du cerveau.

Grâce à ces techniques, il s'agirait non seulement d'augmenter les capacités de l'Homme (d'où le nom Humanity + choisi par le mouvement à l'échelle internationale), mais aussi de préparer la transition vers des posthumains, sortes de cyborgs (organismes cybernétiques) qui succéderaient à notre espèce.

L’intelligence artificielle en complément

Le scientifique américain Ray Kurzweil, apôtre du transhumanisme, prédit que dès 2029 l'intelligence artificielle égalera celle de l'espèce humaine. Pour l'auteur du livre Humanité 2.0, dès 2045, l'Homme devra fusionner avec une intelligence artificielle, ce qui lui permettra d'augmenter son intelligence un milliard de fois. Un tel destin de cyborg fait pour lui figure d'aboutissement.

À l'extrême, Hugo de Garis, chercheur australien en intelligence artificielle, promet un avenir plus noir. Avant la fin du siècle, une guerre exterminatrice risque d'opposer les êtres humains face aux machines intelligentes et aux « groupes qui veulent construire ces dieux », a-t-il mis en garde lors d'une conférence organisée dimanche dernier à Paris par l'Association française transhumaniste (AFT Technoprog).

Bientôt, un condensé de nanotechnologies de la taille d'un grain de sable intégré dans le cerveau pourrait suffire à faire d'un humain un cyborg aux capacités mentales des milliards de fois supérieures, assure de Garis qui a effectué des recherches dans un laboratoire de l'université de Xiamen (Chine).

À l'avenir, on aura de quoi se perdre entre les robots humanoïdes et les hommes robotisés. Y a-t-il des limites à ne pas franchir avec l'intelligence artificielle ? Et avec l'intelligence humaine ? © Gregoryperez, Flickr, cc by nc sa 2.0

Le transhumanisme : paradis ou enfer ?

Il imagine qu'en 2070, une jeune mère pourrait être face à un dilemme : transformer ou non son bébé en cyborg. Le faire reviendrait à « tuer son enfant » puisqu'il deviendrait « complètement différent », avertit-il.

D'ici quelques décennies, l'humanité devra, selon lui, choisir si elle « reste l'espèce dominante » en fixant une limite à l'intelligence artificielle ou si elle construit des supercerveaux.

Sans partager l'extrémisme de Hugo de Garis, le président de l'AFT Marc Roux relève qu'à « la différence d'une bonne partie du courant transhumaniste outre-atlantique », en France « le questionnement sur les risques » est mis en avant. D'où le thème de la conférence : « Futurs transhumanistes : paradis ou enfer ? »

Faire de l’Homme une créature immortelle

Créée voici deux ans, l'association française qui se veut technoprogressiste, d'où son nom Technoprog, avec le « souci de l'équilibre social », ne compte qu'une vingtaine de cotisants et quelque 200 participants actifs sur ses forums en ligne, selon Marc Roux.

Cet historien de formation pense que « la perspective historique de Kurzweil est fausse », car les repères choisis sont arbitraires : dire que l'émergence de l'intelligence artificielle forte ou de la conscience artificielle est « pour dans vingt ou trente ans, ça me paraît être à la limite du raisonnable ».

L'accent est mis sur la prolongation de la durée de vie en bonne santé, un thème plus apte à séduire le public.

Sans aller jusqu'à affirmer, comme le Britannique Aubrey de Grey, que l'Homme pourrait vivre jusqu'à 1.000 ans grâce à la génétique et aux nanotechnologies, Didier Coeurnelle, vice-président de l'AFT, déclare se situer « dans le même type d'optique ».

D'ici quelques décennies, le vieillissement pourrait être repoussé de trente ans, l'objectif final étant de le « repousser indéfiniment », selon Aubrey de Grey qui prophétise une quasi-immortalité.