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Censure d'Internet : la Grande Muraille de Chine

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 Du 16 au 18 novembre, Tunis a accueilli la deuxième phase du Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI). A cette occasion, l'association Reporters sans frontières a clairement désigné quinze « ennemis de l'internet », et épinglé une dizaine de pays dont la politique en matière de réseau est jugée préoccupante. Outre l'exemple paradoxal de la Tunisie, c'est la Chine, avec 42 cyberdissidents en prison, un contrôle des fournisseurs d'accès à Internet et plus de 300 000 sites bloqués, qui a bâti l'une des plus grandes murailles contre Internet.

Reporters sans frontières
Internet sous contrôle ? (Crédit : Reporters sans frontières)

D'après Reporters sans frontières, « les 15 ennemis de l'Internet sont les pays les plus répressifs de la liberté d'expression en ligne : ils censurent les sites d'information indépendants et les publications d'opposition, surveillent le Net pour faire taire les voix dissidentes, harcèlent, intimident et parfois emprisonnent les internautes et les bloggers qui s'écartent de la ligne officielle. » (source : Reporters sans frontières)

Le paradoxe tunisien

Comme tient à le signaler RSF, la cas de la Tunisie est assez paradoxal. En effet, si elle a été choisie par l'Union internationale des télécommunications pour accueillir la deuxième phase du Sommet mondial sur la société de l'information, elle est accusée d'avoir instauré un dispositif de surveillance et de censure d'Internet, mais surtout d'emprisonner régulièrement les internautes qui s'opposent au régime.

RSF explique dans son rapport que le président Ben Ali « a mis en place un système très efficace de censure d'Internet. Toutes les publications de l'opposition sont bloquées, de même que de nombreux sites d'information. Les autorités cherchent par ailleurs à dissuader les internautes d'utiliser des webmails, plus difficiles à surveiller que les comptes mails classiques.» Et d'ajouter « qu'en avril 2005, l'avocat démocrate Mohammed Abbou a été condamné à trois ans et demi de prison pour avoir critiqué le Président sur un site Internet. »

En noir, les 15 "ennemis de l'Internet" pointés du doigt par RSF (Crédit : Reporters sans frontières)

La Grande Muraille de Chine

L'Internet explose en Chine : tous les ans, le nombre de sites est doublé et le nombre d'internautes est multiplié par quatre. Mais, parallèlement, la censure et la mainmise du gouvernement sur la toile s'accélèrent. Aujourd'hui, en Chine, une myriade de lois liberticides entravent la liberté d'expression, 42 cyberdissidents sont en prison (données de RSF) et près de 300 000 sites sont bloqués.

Petit historique de la construction de la Grande Muraille électronique de Chine :

  • Janvier 2001 : l'agence de presse officielle Xinhua annonce que « toute personne impliquée dans des activités d'espionnage telles que voler, découvrir, acheter ou divulguer des secrets d'Etat, grâce entre autres à Internet, risque une condamnation à mort ou une peine de prison allant de dix ans à la perpétuité. »
  • Janvier 2002 : Instauration par le ministre de l'information et de la Technologie d'une surveillance de l'Internet, notamment des sites d'actualités et... des forums !! Les fournisseurs d'accès de ces « domaines stratégiques et sensibles » sont tenus de consigner les renseignements sur leurs visiteurs, comme leurs adresses postales et leurs numéros de portables, mais aussi de mettre en place un système de surveillance des courriels et de bloquer les messages qui contiendraient des propos « subversifs ». Sans oublier que les FAI sont contraints de dénoncer tout comportement abusif aux services du ministère de l'Information et de la Technologie.
  • 15 Novembre 2002 : une loi ratifiée par le gouvernement concerne directement les cybercafés : les exploitants sont tenus responsables des pages visitées par leurs clients, et peuvent donc, le cas échéant, voir leur commerce fermer.
La Grande Muraille électronique de Chine en construction ?

La chasse aux cyberdissidents est ouverte !

Outre le développement du dispositif de surveillance et de censure chinois, depuis 2001, la chasse aux cyberdissidents est ouverte. En effet, les foudres de l'autorité chinoise fulgurent sur les webmasters jugés « hors-la-loi » et les internautes qui tentent de s'informer librement, ou d'utiliser la toile pour critiquer ouvertement le Parti communiste.

Au printemps 2001 : Liu Weifang, accusé d'avoir publié sur son forum des articles fustigeant les réformes économiques entreprises à l'époque par le gouvernement, a été condamné à trois ans de prison.

Mais l'exemple qui est sur toutes les lèvres actuellement reste celui de Huang Qi, qui a commis, à la veille du onzième anniversaire du massacre de Tiananmen, l'erreur irréparable de publier des articles « étrangers » qui évoquaient clairement la responsabilité de la Chine dans cet événement sanglant. Arrêté le 3 Juin 2000, il a été condamné à cinq ans d'emprisonnement pour « subversion ».

A l'occasion du Sommet de Tunis, sa femme a pris le risque de braver l'interdit et d'accorder une interview à un journaliste étranger. S'ils restent sujets à caution, ses propos sont déconcertants : « Oui, il a été battu. Il a une longue cicatrice sur le front et une dent en moins (...) Une fois, il est tombé dans le coma pendant quelques jours après avoir été roué de coups. Des anciens codétenus m'ont précisé qu'ils l'avaient frappé sur les parties génitales. » Et de surenchérir : « Il refuse d'arrêter d'écrire en prison donc les gardiens le frappent régulièrement. Je pense qu'il y a des ordres de la hiérarchie de le battre. »

Les quinze "ennemis de l'Internet"

Voici la liste des quinze pays pointés du doigt par Reporters sans Frontières. Pour la plupart, ils étaient présents au Sommet de Tunis...

  • Arabie Saoudite
  • Bélarus
  • Birmanie
  • Chine
  • Corée du Nord
  • Cuba

  • Iran

  • Libye
  • Maldives

  • Népal

  • Ouzbékistan

  • Syrie

  • Tunisie

  • Turkménistan

  • Vietnam

  Alors, après avoir publié cet article, Futura-Sciences rejoindra-t-il les sites de Reporters sans Frontières, Amnesty International, CNN.com et BBC.co.uk sur la liste noire des sites bloqués par la Chine ?