Pendant que la Terre subissait un coup de froid, les singes anthropoïdes asiatiques se réfugiaient au chaud au sud du continent. S'il en était besoin, ce nouveau scénario confirme l'idée que les premiers anthropoïdes, les ancêtres de nos ancêtres, sont bien venus d'Asie, et pas d'Afrique.

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    Regardez bien ce visage : il y a 40 millions d'années, Amphipitecus vivait dans ce qui est aujourd'hui l'Asie du sud-est et pourrait bien ressembler aux grands-parents de nos grands-parents...(Université d'Iowa)

    Regardez bien ce visage : il y a 40 millions d'années, Amphipitecus vivait dans ce qui est aujourd'hui l'Asie du sud-est et pourrait bien ressembler aux grands-parents de nos grands-parents...(Université d'Iowa)

    Au nord-est du Pakistan, dans le désertdésert du Balouchistan, sur les collines Bugti, après avoir gratté puis tamisé deux tonnes de sablesable et de cailloux, les paléontologuespaléontologues ont déniché un trésor : quelques dents et des morceaux de mâchoires, de 1 à 2 mm, vieux de 30 millions d'années, dont les caractéristiques sont celles des singes anthropoïdesanthropoïdes. "Nous avons fouillé un ancien fleuve, explique à Futura-Sciences Laurent Marivaux, chercheur à l'université de Montpellier et qui a participé à cette expédition. C'est pourquoi nous ne pouvons pas retrouver de squelettes complets mais des restes de petites tailles et dispersés".

    La région est riche : en 1999 et en 2000, la Mission paléontologique française au Balouchistan, alias MPFB, dirigée par Jean-Loup Welcomme, y a déjà récolté une belle moisson et y a découvert (au milieu de deux tonnes de gravatsgravats, là aussi) le plus grand mammifèremammifère terrestre connu, le baluchitère.

    Sur la trace de la piste asiatique

    Aujourd'hui, l'équipe vient de décrire deux nouveaux genres : le Bugtipithèque et le Phileosimias. Le premier, de la famille des amphipithécidés, ressemble aux actuels ouistitis d'Amérique du Sud.

    Le second, minuscule avec ses 250 grammes, est, lui, proche d'Eosimias, une célébrité de la paléontologiepaléontologie. Découvert en Chine en 1994 par Christopher Beard, ce primateprimate vieux de 45 millions d'années a en effet été considéré comme un anthropoïde primitif, jetant un pavé dans la mare puisqu'à l'époque, on croyait dur comme fer que les anthropoïdes avaient vu le jour en Afrique. Par la suite, l'hypothèse asiatique n'a fait que se confirmer, avec la mise au jour de primates proches des anthropoïdes, en particulier en Thaïlande et au Myanmar (ex-Birmanie).

    "Cette succession est intéressante, détaille Laurent Marivaux. Au Myanmar, nous étudions l'EocèneEocène moyen, en Thaïlande l'Eocène supérieur et au Pakistan l'OligocèneOligocène". Pour ceux qui ont du mal à suivre, rappelons que l'Eocène est la deuxième période du Tertiaire et l'Oligocène la troisième, la limite entre les deux se situant vers 34 millions d'années.

    Un singe en hiver

    Cette période présente un grand intérêt car la Terre d'alors connaît de grands changements climatiqueschangements climatiques : alors que l'Inde, qui bute sur l'Asie, commence à faire pousser l'Himalaya, la planète subit un gros coup de froid. Aux latitudeslatitudes moyennes, les forêts tropicalesforêts tropicales font place à un habitat ouvert, qui ne convient pas du tout aux primates. Du coup, croyait-on, les anthropoïdes ont disparu, seuls subsistant ceux qui avaient eu la bonne idée de crapahuter jusqu'en Afrique.

    Mais comment, alors, ont survécu ces primates asiatiques exhumés d'époques postérieures. "En se réfugiant au sud du continent, dans ce qui est l'Inde actuelle mais qui était à l'époque nettement plus au sud" avance l'équipe. Au passage, l'hypothèse pourrait faire de ces espècesespèces fossilesfossiles les ancêtres des anthropoïdes de l'Asie d'aujourd'hui (orang-outan et gibbons).

    Pour le vérifier, il faut y retourner. Mais l'accès est difficile : après 2001, la guerre en Afghanistan et en Irak en interdisait l'accès et, aujourd'hui, de violentes guerres tribales ensanglantent la région. "Nous sommes partis à temps..." commente Laurent Marivaux.