Les tatouages soignés qui ornent le cou et les épaules de cette Égyptienne qui a vécu il y a plus de 3.000 ans seraient des motifs religieux. De son vivant, cette femme était peut-être une prêtresse qui jouait de ses tatouages lors de rituels inconnus. © Anne Austin

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Une momie égyptienne tatouée étonne les chercheurs

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Des babouins, la déesse Hathor et les yeux de Ouadjet : les tatouages repérés à l'infrarouge sur une femme égyptienne momifiée il y a plus de 3.000 ans seraient des motifs religieux. Ils diffèrent profondément des formes géométriques connues jusque-là.

Une équipe de l'université de Stanford a présenté, lors d'un colloque, son étude d'une momie datant de la XXe dynastie, dont le corps porte de nombreux tatouages, de formes très variées. Elle avait été trouvée en 2014 lors des fouilles de l'Institut français d’archéologie orientale sur le site de Deir el-Médineh, un village connu, où résidaient des artisans chargés de construire les tombeaux des pharaons pendant le Nouvel empire égyptien (1550 à 1070 avant J.-C.). Les tombeaux dateraient de 1300 à 1070 avant J.C., donc après Akhénaton et Toutânkhamon. Plusieurs corps momifiés y avaient été découverts, et d'autres sont tatoués, mais n'avaient pas été étudiés de près.

Anne Austin, archéologue de Stanford, a pu récemment examiner les 23 tatouages du corps d'une femme auquel il manquait les jambes, à l'aide de lumière infrarouge, plus pénétrante que la lumière visible et permettant de mieux suivre les contours. Conclusion : il ne s'agit pas de signes géométriques, le cas le plus fréquent, mais de dessins soignés présents sur les bras, les épaules, le cou et le dos. Les égyptologues y voient des babouins assis, des cobras, deux vaches représentant la déesse Hathor et des yeux de Ouadjet (ou Oudjat).

Ces symboles sont sans doute religieux, explique Anne Austin, pour le journal ABC News, et dans un article détaillé publié par Nature News, avant une publication scientifique dans Nature. Pour elle, ce corps tatoué doit probablement être celui d'une religieuse, et les tatouages devaient servir lors de cérémonies. « Quelle que soit la direction selon laquelle vous regardez le corps, vous voyez une paire d'yeux divins dirigés vers vous ». Certains tatouages sont plus visibles que d'autres, ce qui peut s'expliquer par le fait qu'ils ont été réalisés à différents âges. Anne Austin en conclut que le statut religieux de cette femme a dû évoluer au cours de sa vie. De quoi emmener les égyptologues dans un domaine mal connu, qu'ils pourront peut-être explorer avec d'autres momies tatouées.