Pour protéger la Terre des astéroïdes, l'ONU veut un effort mondial. Les instruments actuels permettraient, techniquement, de repérer tous les géocroiseurs. Mais il n’y a pas un astronome derrière chaque cliché... Lorsqu'un astéroïde est détecté à proximité de la Terre, on s’aperçoit, dans la plupart des cas, que l’objet avait déjà été photographié plusieurs années auparavant. © ESA

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Pour protéger la Terre des astéroïdes, l'ONU veut un effort mondial

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La Terre reste vulnérable face à la menace des astéroïdes. Les Nations Unies avaient réclamé la mise en place d'un partenariat entre les pays disposant d'une agence spatiale pour coordonner les moyens d'alerte et de prévention.

Interview : la Terre menacée par des astéroïdes ?  Depuis quelques années les scientifiques étudient la menace possible des géocroiseurs pour notre Planète. À l’image du scénario de l’extinction des dinosaures, ces astéroïdes sont-ils une menace pour la vie sur Terre ? Futura-Sciences a interviewé Jean-Pierre Luminet, astrophysicien de renom, afin d’en savoir plus. 

Protéger la Terre face à la menace des astéroïdes est l'une des préoccupations majeures des agences spatiales qui envisagent ainsi des missions de déviation d'astéroïde. Il existe d'ailleurs des comités, mis en place au niveau mondial, qui tentent de résoudre cette problématique. La combinaison de trois facteurs (l'ampleur potentiellement catastrophique du phénomène, la prévisibilité des évènements et la possibilité d'intervenir) contraint en effet la communauté internationale à mettre en place une réponse coordonnée à la menace que représentent ces objets.

Ainsi, le Comité des utilisations pacifiques de l'espace extra-atmosphérique de l'ONU (Copuos) a créé en 2001 une « équipe sur les objets géocroiseurs », dite Équipe 14, formée de représentants des 14 grandes agences spatiales en activité dans le monde. L'idée de ce comité est qu'en raison d'un « fait peut-être unique dans le domaine des risques naturels, il est possible de prévenir des impacts d'objets géocroiseurs en agissant en temps opportun », explique Detlef Koschny, directeur du segment des objets géocroiseurs de l'Agence spatiale européenne (ESA).

Les leçons de la météorite de l'Oural

Mais, depuis la chute de la météorite de l'Oural, survenue à Tcheliabinsk, en Russie, en février 2013, la situation n'est plus la même. Cet évènement a mis une nouvelle fois en évidence la vulnérabilité de la Terre face aux objets qui pourraient entrer en collision avec notre Planète. Et, depuis cet évènement, les choses ont changé. La météorite de Tcheliabinsk a attiré l'attention du monde entier, non pas en raison des dégâts qu'elle a provoqués tout au long de son passage au-dessus de cette région de la Russie, mais plus par le fait que, malgré nos moyens de détection et de surveillance du ciel, personne n'a été capable de prédire l'arrivée de cette météorite : cela en a surpris plus d'un !

Bien sûr, aucune agence spatiale n'aurait pu la détourner de sa trajectoire de collision avec la Terre, mais une détection suffisamment tôt aurait peut-être permis de gagner du temps et, ainsi, de prendre des mesures de protection des populations et des infrastructures publiques.

Le risque d’un impact catastrophique d'astéroïde avec la Terre est très faible mais les conséquences possibles seraient graves. © idé

Un réseau international d’alerte aux astéroïdes

Ainsi, compte tenu des enjeux humains, sécuritaires, économiques et environnementaux à l'échelle d'un pays, d'un continent, voire de la Planète, l'ONU s'est saisie du problème. Son comité, le Copuos, a ainsi créé un groupe consultatif pour la planification des missions spatiales (SMPAG) qui a pour but d'élaborer une stratégie sur la façon de réagir à une éventuelle menace de collision avec un astéroïde. En raison de sa nature et de ses conséquences, la menace que représentent les astéroïdes et les comètes ne concerne pas seulement une région. Toute prise de décision doit donc se faire au niveau mondial et de façon coordonnée.

D'où cette initiative de l'ONU, la première du genre au niveau mondial, à laquelle se sont associées l'ESA et la Nasa. Elle vise à obtenir des États membres de l'ONU qui ont des agences spatiales ou des activités spatiales, une politique commune lorsqu'il s'agira d'apporter une réponse face à la découverte d'un astéroïde filant droit sur la Terre.

En 2012, 46 pays coordonnaient plus ou moins bien leurs efforts de surveillance du ciel. Visiblement, cela n'a pas suffi : en 2013, la chute de la météorite de l'Oural a surpris tout le monde. © Copuos

De plus, pour réduire cette menace, il faudra également agir et coordonner les activités de plusieurs pays. Ce groupe pourra donc être amené à élaborer une stratégie de défense commune, voire à pousser les agences spatiales vers une collaboration internationale étendue aux programmes de recherche et développement en matière de protection de la Terre par réduction de la menace grâce à la déviation ou la destruction.

À la suite d'une recommandation de l'Équipe 14 et du Copuos, un réseau international d'alerte aux astéroïdes (IAWN) a vu le jour. Il a pour but de favoriser et coordonner les efforts réalisés au niveau mondial pour détecter, suivre et caractériser physiquement les géocroiseurs qui présentent un risque de collision avec la Terre. L'objectif est de déterminer l'heure, le lieu et la gravité d'un potentiel impact d'astéroïde pour en informer la communauté mondiale.