Il existe différents perturbateurs endocriniens. Les phtalates, qui se trouvent dans certains plastiques et cosmétiques, le bisphénol A, souvent présent dans les revêtements de conserves et interdit dans les contenants alimentaires en France depuis janvier 2015, et les pesticides sont des exemples de perturbateurs endocriniens. © aryfahmed, Fotolia

Santé

Les perturbateurs endocriniens impliqués dans le diabète et l'obésité

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Le 4 juillet dernier, l'Union européenne a adopté une définition des perturbateurs endocriniens, des substances omniprésentes dans notre environnement et qui miment ou bloquent des hormones naturelles, entravant leur fonctionnement. Cette définition a été jugée trop laxiste par beaucoup d'associations et de scientifiques. Les risques potentiels connus sont nombreux, comme en témoigne cette étude de 2015, affirmant qu'ils sont aussi liés au risque de diabète et d'obésité.

Article paru le 30 septembre 2015

Les perturbateurs endocriniens interfèrent avec l'action des hormones naturelles. En altérant le développement et la croissance cellulaire, ils entraînent différents problèmes de santé. Parmi eux figurent par exemple le bisphénol A, présent dans les revêtements de boîtes de conserve, les phtalates des plastiques et des cosmétiques, ainsi que les pesticides.

En 2008, l'Endocrine Society, une organisation dédiée à la recherche dans le domaine de l'endocrinologie, avait passé en revue les effets de ces molécules sur la santé humaine, ce qui a donné lieu à une première déclaration en 2009. En 2015, les experts se sont penchés sur les nouvelles preuves de l'action de ces molécules sur les systèmes endocriniens ; de nouvelles recherches ont ainsi trouvé que cette exposition était associée à une augmentation du risque de développer un diabète et de l'obésité. Les perturbateurs endocriniens sont aussi liés à l'infertilité, aux cancers associés aux hormones et à certains désordres neurologiques.

Des experts internationaux sont actuellement réunis à l'International Conference on Chemicals Management (ICCM4) de Genève pour aborder ces questions. Pour Andrea Gore, président du groupe de travail qui a élaboré la déclaration parue dans Endocrine Reviews, « les preuves sont plus définitives que jamais ». Les perturbateurs endocriniens représentent un risque pour la santé humaine : « Des centaines d'études aboutissent à la même conclusion, qu'elles soient des études épidémiologiques à long terme chez l'Homme, de la recherche fondamentale chez les animaux et les cellules, ou bien de la recherche dans des groupes spécifiques de personnes avec une exposition professionnelle connue à des produits chimiques ».

Les perturbateurs endocriniens représentent un risque sérieux pour les enfants à naître. © Teza Harinaivo Ramiandrisoa, Flickr, CC by-sa 2.0

Des risques lors de la vie prénatale

Les études publiées ces cinq dernières années ont apporté une meilleure compréhension des mécanismes d'action au niveau cellulaire et moléculaire. Des études chez l'animal ont trouvé que certains perturbateurs endocriniens ciblent des cellules du pancréas, des cellules de graisses et du foie, ce qui peut conduire à une résistance à l'insuline. Or, les quantités d'insuline trop importantes dans l'organisme représentent un facteur de risque de diabète de type 2.

La menace est particulièrement préoccupante quand des enfants sont exposés dans le ventre de leur mère. Les études chez l'animal ont trouvé qu'une exposition à de faibles niveaux de perturbateurs pendant la vie prénatale peut favoriser l'obésité plus tard. Pour Jean-Pierre Bourguignon, professeur de pédiatrie à l'université de Liège en Belgique, « l'exposition à des produits chimiques perturbant le système endocrinien pendant le développement précoce peut avoir des conséquences durables, voire permanentes ». Il ajoute : « La science est claire et il est temps pour les décideurs politiques de prendre en compte cette quantité de preuves dans l'élaboration de la législation ».

Les scientifiques demandent donc que des mesures soient prises pour réduire l'exposition à ces molécules, d'autant plus que de nouveaux produits chimiques sont continuellement introduits sur le marché : des tests sont nécessaires pour identifier les nouveaux perturbateurs endocriniens. De plus, les experts appellent à ce que plus de recherches soient réalisées pour mettre en évidence les relations de cause à effet entre l'exposition aux perturbateurs endocriniens et les problèmes de santé.

Le bisphénol A a une dent contre nos dents  D’après une étude scientifique dirigée par Sylvie Babajko, le bisphénol A altérerait l’expression de deux gènes impliqués dans la formation de l’émail des dents chez le rat. L’extrapolation à l’Homme semble tout à fait plausible.