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La civilisation maya a-t-elle disparu à cause de changements climatiques ?

Des sécheresses pourraient bien avoir causé la perte de la civilisation maya. Selon une stalagmite trouvée au Belize, plusieurs événements climatiques seraient en effet corrélés à des changements politiques et démographiques rapportés sur des monuments datés. 

Vue depuis le sommet du temple maya Caana à Caracol (Belize). Cette ville possédait trois grands points d'eau. Les sécheresses les ont peut-être asséchés, provoquant alors la mort de la cité ? © Douglas Kennett, Penn State Vue depuis le sommet du temple maya Caana à Caracol (Belize). Cette ville possédait trois grands points d'eau. Les sécheresses les ont peut-être asséchés, provoquant alors la mort de la cité ? © Douglas Kennett, Penn State

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La civilisation maya classique a marqué son temps. Ce peuple qui maîtrisait l’astronomie, leur calendrier en témoigne, a disparu voici près d’un millénaire en nous laissant d’imposantes cités en héritage. Le fonctionnement de cette société est relativement bien connu car de nombreux documents historiques nous sont parvenus. Les événements marquants de l’époque tels que les guerres, les mariages ou les couronnements ont en effet été rapportés avec précision, notamment avec des dates, sur divers monuments. Cette tradition a cependant disparu entre le IXe et le XIe siècle… en même temps que les Mayas.

D’âpres débats tentent toujours d’expliquer ce déclin. Une hypothèse revient néanmoins de plus en plus souvent dans les discussions : des changements climatiques, par exemple des sécheresses, ne pourraient-ils pas tout expliquer ? Plusieurs études vont dans ce sens, mais elles manqueraient, selon certains, d’enregistrements climatiques précis de l’époque. Les méthodes de datation utilisées pour caractériser certains événements, comme une baisse de la pluviométrie, reposeraient en effet sur des analyses par le radiocarbone. Or, cette technique présenterait, avec une marge d’erreur de 100 ans, une trop grande imprécision. 

Douglas Kennett de la Penn State vient, grâce à une nouvelle approche, de réduire ce seuil à maximum 17 ans. Il est de plus parvenu à reconstituer l’historique des pluies tombées sur le centre du territoire maya durant ces 2 derniers millénaires (de -40 à 2006 après J.-C.). De bonnes correspondances ont été trouvées entre ses résultats et plusieurs événements majeurs de l’histoire de cette civilisation. Elles viennent d’être rapportées dans la revue Science.

Intérieur de la grotte de Yok Balum à Belize. Environ 4.200 mesures de l’isotope 18 de l’oxygène ont été réalisées sur une stalagmite prélevée à 50 m de son entrée. Cette colonne aurait grandi continuellement de -40 à 2006 après J.-C., tout en enregistrant dans le calcaire des données sur l’importance des précipitations au cours des différentes périodes de la civilisation maya. © Douglas Kennett, Penn State
Intérieur de la grotte de Yok Balum à Belize. Environ 4.200 mesures de l’isotope 18 de l’oxygène ont été réalisées sur une stalagmite prélevée à 50 m de son entrée. Cette colonne aurait grandi continuellement de -40 à 2006 après J.-C., tout en enregistrant dans le calcaire des données sur l’importance des précipitations au cours des différentes périodes de la civilisation maya. © Douglas Kennett, Penn State

L’histoire des Mayas inscrite dans le calcaire

Cette étude paléoclimatique s’appuie sur l’analyse de la composition en oxygène 18 (18O) des différentes couches d’une stalagmite de 56 cm de haut. Ce bloc de calcaire a été prélevé dans la grotte de Yok Balum au Belize, à environ 1,5 km de l’ancienne cité d’Uxbenká et à moins de 200 km de Tikal. Une méthode de datation à l’uranium-thorium a été utilisée pour caractériser et dater sa croissance avec précision (erreur comprise entre 1 et 17 ans). Il a alors été possible de positionner les différentes teneurs en 18O mesurées, qui trahissent une quantité de pluie tombée, à des périodes précises de l’histoire.

Des précipitations inhabituelles seraient ainsi tombées sur les Basses-Terres mayas entre 450 et 660 ans après J.-C. Or, un boom démographique a été observé à la même époque. L’eau pourrait avoir favorisé le développement de l’agriculture et donc la mise à disposition d’une plus grande quantité de nourriture. Des villes comme Tikal, Copan et Caracol auraient alors connu leur plus forte croissance.

La situation aurait changé à partir de 660 avec l’installation d’une période relativement sèche qui dura 4 siècles. Certaines années furent de plus marquées par de sévères sécheresses, ce qui aurait provoqué une chute de la productivité agricole, la fragmentation des sociétés (à partir de 760 après J.-C.) et la disparition de nombreux systèmes politiques (50 % en moins entre 775 et 800 après J.-C.). Ce dernier point s’expliquerait par la baisse de pouvoir et d’influence des grands monarques face aux problèmes rencontrés. Les inscriptions laissées sur les monuments en attestent. Enfin, 2 épisodes particulièrement secs survenus en 1020 et 1100 après J.-C. pourraient avoir définitivement causé la perte des Mayas.

Toutes ces données pourraient maintenant, selon l'auteur, être utilisées afin de prévoir la réaction de nos sociétés face aux changements climatiques en cours. 


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