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Cancer du sein : des chercheurs accusent des substances chimiques

Un groupe de chercheurs viennent de présenter au parlement européen un rapport accusateur. Un certain nombre de produits chimiques, œstrogènes, pesticides, peintures, matières plastiques... seraient d'importants facteurs de risque pour l'apparition d'un cancer du sein. Pour ces scientifiques, il faudrait mieux évaluer la toxicité des produits de synthèse.

Evolution des cancers du sein dans le pays européens. En 1970, l'incidence était de 30 à 50 pour 100.000, et de 50 à 170 en 2006. La France est en violet foncé. © World Health Organisation (WHO) Evolution des cancers du sein dans le pays européens. En 1970, l'incidence était de 30 à 50 pour 100.000, et de 50 à 170 en 2006. La France est en violet foncé. © World Health Organisation (WHO)

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Pourquoi le nombre de cancers du sein augmente-t-il aussi vite dans les pays développés ? Une femme sur dix en est atteinte à un moment de sa vie. Aujourd'hui bien soigné, il est souvent guéri et le nombre de décès provoqués par la maladie n'augmente pas. Tous les pays européens sont logés à la même enseigne, mais à des degrés divers. La récente étude française de l'Institut de veille sanitaire sur les cancers en France montrait les mêmes tendances.

Pour Andreas Kortenkamp, responsable du service de toxicologie de l'université de Londres, qui étudie cette question depuis plusieurs années, l'environnement joue un rôle déterminant dans la hausse des cas constatés. Son travail, condensé dans un rapport, vient d'être présenté ce mercredi 2 avril 2008 aux députés européens par l'alliance pour la santé et l'environnement (HEAL, Health and Environment Alliance) et l'association CHEM Trust, qui le propose en téléchargement en format PDF (Breast cancer and exposure to hormonally active chemicals). Deux autres rapports, dont il existe des versions françaises, sont également disponibles : Cancer du sein : éviter ce qui peut être évité et Facteurs qui influencent le risque de cancer du sein.

Le rapport de Andreas Kortenkamp cite une recherche scandinave qui établit à 27 % le risque de cancer lié à des facteurs génétiques et à 67 % celui de l'environnement. Le cas de migrants japonais aux Etats-Unis est également versé au dossier. Alors que l'incidence du cancer du sein est faible au Japon, la population nipponne émigrée atteint progressivement le taux moyen observé aux Etats-Unis.

Parmi les produits les plus dangereux figurent les œstrogènes. Cette hormone, liée à l'ovulation, est déjà un facteur de risque à l'état naturel puisque l'on observe, explique Andreas Kortenkamp, que l'apparition précoce des règles et l'arrivée tardive de la ménopause augmentent l'incidence de la maladie. La pilule contraceptive, qui contient de telles hormones, augmente légèrement le risque (mais celui-ci s'amenuise dans les années qui suivent l'arrêt de la pilule). Les traitements contre la ménopause sont aussi pointés du doigt.

Un environnement chimique mal évalué

Mais ils ne sont pas les seuls. De nombreuses substances chimiques, très présentes dans notre environnement, sont mises en accusation. Des insecticides, notamment, font partie de la liste. Le DDT est en tête. Il n'est plus utilisé en France mais ses sous-produits se promènent encore dans la nature donc dans les aliments. Le rapport cite également les pyréthroïdes et le méthoxychlore, qui agissent sur les récepteurs à l'œstrogène. La liste est longue et comprend, entre autres : les conservateurs, les anti-oxydants, les produits anti-UV des crèmes solaires, les alkylphénols que l'on trouve dans de nombreux produits (encres, détergents, peintures, plastiques).

La liste n'est pas close. Andreas Kortenkamp souligne qu'un « nombre étonnamment peu élevé de produits chimiques de synthèse utilisés aujourd’hui ont été dûment évalués en ce qui concerne leur sécurité et leur toxicité ». Le rapport explique également l'inquiétant effet cocktail. Différents produits peuvent additionner leurs effets alors qu'ils semblent complètement inoffensifs lorsqu'ils sont étudiés isolément au laboratoire. Il coviendrait donc, expliquent les scientifiques qui ont déposé ces pièces à conviction au Parlement de l'UE, de renforcer énergiquement l'évaluation des produits de synthèse utilisés dans notre environnement immédiat, dans nos domiciles, sur les lieux de travail ou dans l'industrie agro-alimentaire.

Que feront les élus européens de ce rapport alarmiste ? Pour l'instant, ils sont en train de le lire...


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