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La déforestation de l’Amazonie est aussi un mirage économique

On connaissait déjà l’impact sur l’environnement, au Brésil et à l'échelle de la planète, de la déforestation accélérée de l’Amazonie au profit de quelques exploitants. Mais on sait aujourd’hui que cette industrie ne profite aucunement aux populations locales, bien au contraire.

La déforestation en Amazonie vue par satellite. Source : Nasa La déforestation en Amazonie vue par satellite. Source : Nasa

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Adopté et utilisé par les Nations-Unies, l’IDH (Indice de Développement Humain) est calculé sur la base de trois critères essentiels à la prospérité d’une population : l’espérance de vie, le niveau de vie et le taux d’alphabétisation. Il permet d’évaluer l’impact d’une action entreprise par les hommes sur l’évolution d’une population, d’une nation, ou même localement.

Pour l’Amazonie, l’IDH a été calculé en divers endroits (286 municipalités exactement), répartis le long de la ligne de déforestation ainsi qu’en amont, dans les zones censées avoir été converties en territoires prospères et exploitables.

L’étude, conduite par une équipe internationale de recherche et publiée dans la livraison du 12 juin de la revue Science, révèle que si l’IDH évolue souvent plus rapidement le long de la ligne de déboisement, il retombe tout aussi rapidement à son niveau antérieur, voire plus bas, dans les zones déboisées.

Le mirage de l’Amazonie

Nombre de migrants sont pourtant attirés par le chant des sirènes largement diffusé par les exploitants. Colons, petits fermiers, exploitants en quête de terre, commerçants en tout genre, forestiers et même chercheurs d’or sont attirés par cet Eldorado. Généralement moins démunis que la population locale, ceux-ci ont un effet immédiat sur l’IDH, mais ils sont aussi souvent à la fois plus pauvres tandis que leur taux d’alphabétisation est quasi nul, étant moins éduqués que les autochtones eux-mêmes. Résultat, l’apport de richesse et l’augmentation du développement local résulte presque exclusivement de l’exploitation forestière elle-même, accélérée par la construction de nouvelles routes goudronnées ainsi qu’à l’implémentation d’un réseau éducatif et sanitaire de la part du gouvernement.

Mais les ressources forestières, presque exclusivement dépendantes du commerce du bois, s’épuisent rapidement et la ligne de déboisement se déplace. Le déclin des activités entraîne celui de l’IDH tandis que les nouveaux pâturages se dégradent eux aussi. Selon l’étude, 75% des terres déboisées étaient initialement vouées à l’élevage, mais plus d’un tiers ont déjà été abandonnées.

L’étude s’arrête toutefois en 2000, année où ont été publiés les derniers recensements. Interviewée par Le Monde,  elle conclut : « l'actuel mode de développement de l'Amazonie est très loin d'être désirable, qu'il s'agisse des hommes ou de la nature ».

Ana Rodrigues, du Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive au CNRS de Montpellier, co-auteure de l’étude, estime essentiel de réduire le déboisement et de mieux mettre en valeur les régions déjà déboisées. Parallèlement à cela, il est nécessaire de promouvoir la reforestation en encourageant les populations locales à mener des actions de développement durable, par exemple en rémunérant les habitants de la forêt pour services rendus à l’écosystème, comme cela se pratique déjà en d’autres endroits du Brésil.

Les éleveurs de bétail pointés du doigt

Selon Greenpeace, les éleveurs de bétail pratiquant l’élevage intensif sont responsables du déboisement à hauteur de 80%. Il ne faut donc pas s’étonner que les ressources des pâturages s’épuisent rapidement et que les troupeaux se déplacent avec la ligne de déboisement. « Au cours des dernières années, un hectare de forêt a été détruit toutes les 18 secondes par les éleveurs de bétail », accuse l’association écologiste, tout en soulignant qu’un tiers du tonnage mondial de viande de bœuf est aujourd’hui d’origine brésilienne.


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