Expert Sciences

Yvette Ngono-Ravache

Ingénieur chercheur chimie

Classé sous :chimie
Lorsque l'on se pose des questions sur le « comment » ou le « pourquoi » de certains processus et que l'on ne peut pas forcement trouver dans son environnement immédiat les interlocuteurs qu'il faut, il est intéressant de savoir qu'il existe des sites comme « Futura-Sciences » où l'on trouvera des dossiers scientifiques de même qu'un espace de discussion sérieux comme le sont les différents forums du site. La connaissance scientifique hors des laboratoires de recherche ou comment rendre les sciences accessibles.
Yvette Ngono-Ravache, Ingénieur chercheur chimie

Biographie

Je suis arrivée en France après un BAC C (en 1991), pour intégrer les classes préparatoires aux grandes écoles, grâce à une bourse de mérite du gouvernement Camerounais.

Après un diplôme d'ingénieur chimiste de l'ENSCCF(1996), une thèse en physico-chimie des polymères préparée au CEA Grenoble (1999) et un stage post-doctoral à l'INRA (2000), j'ai été embauchée par le CEA, en février 2001, pour travailler au CIRIL.

° CIRIL : Centre Interdisciplinaire de Recherche Ions Lasers. Laboratoire mixte CEA/CNRS/ENSICAEN

Métier

Les journées se suivent mais ne se ressemblent pas. Bonne nouvelle car se serait sacrément ennuyeux. Je vous présente ici deux journées type : une journée hors et une journée en période d'irradiation.

Après une petite semaine de préparation de l'expérience : préparation d'échantillons de polymères, vérifications et calculs divers et montage du dispositif expérimental, voilà le grand jour. Le début de notre période de faisceau. Tout est sur les rails, le dispositif est installé, tout fonctionne parfaitement, la salle d'irradiation est fermée, le faisceau est parfaitement aligné, l'étalonnage des différents détecteurs est fait ; l'irradiation peut commencer.

L'irradiation se fait par doses successives (ou pas de dose) et après chaque pas de dose, un spectre Infrarouge est enregistré. Aujourd'hui, nous travaillons sur l'expérience d'irradiation à très basse température permettant de suivre l'influence de la mobilité radicalaire dans le vieillissement des polymères soumis aux rayonnements ionisants. Une vingtaine de minutes plus tard, c'est la fin du premier pas de doses. Un spectre Infrarouge est collecté. C'est l'effervescence. Nous utilisons un faisceau d'ions différent de celui de la précédente expérience. Que se passe-t-il ? Y a-t-il de nouvelles raies ? Où sont-elles positionnées ? Quelle peut être leur attribution et quelle est leur intensité ?

Pendant tout ce questionnement, nous avons lancé le deuxième pas de dose. Au fil des pas de dose, nous relevons les différences entre les spectres, les intensités de raies et réfléchissons aux attributions potentielles. Le tableau préparé avant « la manip » commence à se remplir. Bon il serait peut-être temps de faire un planning pour la soirée et le lendemain. Ah! Demain nous serons dimanche et en fonction des organisations familiales, tel collègue préfère travailler de minuit à 6h alors que tel autre préfère la période de 20h - minuit ou encore le matin plutôt que l'après-midi. Ainsi s'écoule la semaine d'expériences sous faisceau.

Voici que se termine « la manip » comme est couramment appelée cette période d'expérimentation sous faisceau.

Un peu de repos pour certains et journée de travail normale pour d'autres. Bien évidemment tout n'a pas été exploité pendant « la manip » Il faut dépouiller les spectres et au besoin faire des traitements mathématiques pour séparer des raies d'absorption trop proches.

Euh, il y a plus d'une centaine de spectres à traiter pour chaque polymère et nous en avons irradié trois. Pas de panique, commençons par les soustraire du spectre du polymère non irradié pour mieux visualiser les modifications survenues dans le polymère et poursuivons par le relevé des intensités de raies avant d'arriver à l'étude plus approfondie des spectres et à l'ébauche des premières hypothèses sur les mécanismes de formation des défauts.

Nous appelons défaut tout groupement apparaissant ou consommé pendant l'irradiation. Bon il est 10 heures, c'est la pause café, je reprendrai 10 minutes plus tard. Finalement non, aujourd'hui il n'y aura pas de pause café. Un collègue a une question de chimie assez urgente.

Petit détour avant le retour au dépouillement d'expériences. Ainsi se passe la journée, la tête dans le guidon mais disponible pour les collègues. Il est 18h30 et c'est la fin d'une journée de travail plutôt remplie qui ne ressemblera sûrement pas à celle du lendemain.