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Censure du Google chinois : d'autres réactions troublantes

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Dans l'affaire de la version chinoise de Google (le moteur américain ayant accepté de s'auto-censurer à la demande des autorités - voir notre actualité), le site de la BBC s'est tourné vers des blogueurs chinois pour recueillir leurs témoignages. Ceux-ci sont contrastés et mettent bien en lumière la complexité du sujet.

Google censuré en Chine

Yan Sham-Shackleton (Hong Kong), Glutter : "Le problème n'est pas que Google censure son service de recherche, il est que la Chine ne jouit pas de la liberté de parole. Mais je suis toujours d'accord pour fustiger les entreprises américaines. Yahoo, Google et Microsoft font parti de 'la grande muraille électronique' (Great Firewall). Ils ont aidé à construire les infrastructures nécessaires au blocage de l'information. Si j'envoie un email à une adresse sur Yahoo.cn qui comporte les mots 'démocratie' ou 'société civile', le message sera rejeté. Ces entreprises sont les gardiens de l'information, au détriment d'un milliard de gens et par appât du gain. Ce qu'on voit avec Google n'est que la dernière manifestation d'une démarche plus globale." (...)

Chinese Loafer (Pékin), Busted in Beijing : "Les médias occidentaux accordent beaucoup trop d'importance à la censure de l'internet en Chine. Les blogueurs expérimentés savent comment utiliser des serveurs proxy pour contourner les pare-feux gouvernementaux et accéder à la version principale de Google en anglais. Jusqu'à présent, j'utilisais le moteur de recherche chinois Baidu. Beaucoup de ses résultats sont de toute façon censurés. Donc quelle différence cela fait-il ?" (...)

Roland Soong (Hong Kong), EastSouthWestNorth : "Je pense que l'idée de boycotter Google est mauvaise. Les chinois ne l'apprécieront pas car tout cela est ésotérique pour eux. Il existe beaucoup de moteurs de recherche et beaucoup de façons de chercher. Les gens veulent davantage de choix. Ne leur dites pas qu'ils sont libres en leur proposant un boycott.
Lorsque vous cherchez certains termes dans le moteur (local) Baidu, il cesse de fonctionner. Si vous essayez avec l'expression '4 juin' (date des événements de la place Tiananmen), non seulement le résultat est 'non trouvé' mais vous ne pouvez plus utiliser le moteur pendant 30 minutes. C'est une expérience très troublante.
Avec Google.cn, il y a beaucoup de façons différentes de trouver des choses et certaines combinaisons subtiles offrent plus de possibilités. Il y a plein de façons différentes selon lesquelles la démocratie Internet peut fonctionner. Il vaut mieux avoir quelque chose que rien."
(...)

Kevin Wen (Pékin), Kevin Wen's Web : "Le fait que Google applique la censure n'est une surprise pour personne. Toute entreprise implantée en Chine doit adapter sa stratégie. Les entreprises chinoises font exactement la même chose et doivent se conformer aux règles du gouvernement.
Tous les chinois savent que leur parole est censurée. Nous n'avons pas besoin que les étrangers nous le rappellent continuellement. Nous ne savons pas comment cela changera, mais nous espérons que ça changera.
Et si vous parlez tout le temps de censure, il est facile d'oublier que nous chinois avons notre vie, faisons beaucoup d'autres choses. (...)
Tout change et les gens tenteront de contourner la 'Grande muraille électronique' pour obtenir des informations. Je ne pense pas que la censure du gouvernement et de Google puisse bloquer toutes les informations et toutes les actualités. Les choses peuvent s'organiser de beaucoup de manières différentes"
. (...)

Ces avis ne sont pas foncièrement différents de celui exprimé il y a quelques jours par Sergey Brin, co-fondateur de Google : "Je ne pensais pas en arriver là mais finalement j'en suis venu à la conclusion que davantage d'information c'est mieux, même si cette information n'est pas aussi complète que ce que nous aurions aimé voir", expliquait-il dans Red Herring.

On constatera toutefois avec Olivier Ertzscheid sur Affordance comment les pages officielles expliquant le fonctionnement du moteur ont radicalement évolué ces derniers jours, depuis l'affaire chinoise. En particulier, le credo jadis clamé par Google, "Nous croyons fermement au caractère démocratique du web pour déterminer l'inclusion et la classement des sites dans nos résultats", a désormais disparu.

En outre, comme le notent plusieurs blogueurs américains, les différences dans les résultats produits par Google selon les versions sont parfois troublantes, y compris en ce qui concerne les images.