Tech

Le P4P, une fois et demie plus rapide que le P2P ?

ActualitéClassé sous :Internet , informatique , P4P

Face au trafic envahissant des réseaux P2P (peer-to-peer), un groupe d'industriels propose une évolution technique drastique, consistant à introduire un contrôle des échanges. En tenant compte des distances à parcourir et de l'encombrement des réseaux, il conduirait à une nette augmentation des débits, de 60 % si l'on en croit l'expérience qui vient d'être réalisée.

Répartition du trafic Internet entre 1993 et 2006. La part du P2P est montée à 70 %. Le Web, lui, ne représente plus que 25 %. Le courrier (en rouge) et le FTP (orange) sont loin derrière. © CacheLogic/Pando Networks

Les échanges par P2P (peer-to-peer) représenteraient plus des deux tiers du trafic Internet mondial (70 % en 2006 d'après une étude de CacheLogic). A ce rythme inflationniste, des déboires sont à craindre. Un fournisseur d'accès américain, Verizon, a constitué un groupe de travail sur le sujet, réunissant des industriels et des groupes de chercheurs. On y trouve notamment des spécialistes du peer-to-peer (comme Bit Torrent), des fournisseurs d'accès, des centres de recherche (l'université de Yale par exemple) et les entreprises déjà regroupées dans la DCIA (Distributed Computing Industry Association).

La solution qui a émergé est de mettre un peu d'ordre dans les échanges. En gros, les serveurs des réseaux Internet choisiraient les sources de données et les chemins pour minimiser les distances et les temps de transferts. Si plusieurs fichiers conviennent au demandeur, le plus proche géographiquement sera privilégié. Actuellement, le premier trouvé est le bon, ce qui laisse au hasard le soin de réguler le trafic...

Principe du P4P. A gauche, le schéma des échanges selon le mode traditionnel du serveur : un émetteur (le serveur de données) envoie les informations demandées aux postes qui ont établi une communication avec lui. Les données transitent par Internet, les routeurs régionaux et les réseaux de proximité (edge network). Au centre, le P2P actuel, sans gestion (unmanaged P2P). Les échanges ont lieu sans serveurs, entre les ordinateurs eux-mêmes. Les liaisons empruntent des chemins quelconques. Un fichier demandé par un ordinateur marseillais pourra provenir de Buenos Aires même s'il en existe une version identique à Toulon. A droite, le schéma montre le P4P au travail. Les routeurs privilégient les liaisons à courtes distances. L'ordinateur marseillais recevra le fichier toulonnais et ne récupérera à Buenos Aires que les données qui n'existent pas plus près de la Canebière. © Verizon

Optimiser le trafic pour mieux en profiter

Ce principe implique un contrôle intégré à Internet, qui met en jeu à la fois la gestion des réseaux et les applications logicielles. C'est pourquoi elle implique une collaboration entre partenaires industriels. La cinquantaine d'entreprises et d'instituts de recherche ainsi réunis ont fini par accoucher du P4P, alias, selon les documents, Proactive network Provider Participation for P2P, Proactive Provider Assistance for P2P ou Provider portal for P2P.

Un premier test vient d'être réalisé par Verizon et Pando Networks, un fournisseur de services P2P. D'après le communiqué de presse, tout s'est excellemment passé. « Les résultats du test ont été phénoménaux, s'enthousiasme Douglas Pasko, responsable technique de Verizon. [...] Ce nouveau système [...] offre des téléchargements jusqu'à six fois plus rapides. En moyenne, les vitesses de téléchargement, par rapport aux autres méthodes, sont augmentées d'environ 60 % ».

On constate au passage que l'ambiance n'est plus à fustiger les échanges par peer-to-peer mais à en reconnaître l'utilité et même, pour les industriels, à chercher à en tirer profit...